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samedi, mars 7, 2026

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Exécution à Jénine… quand le terrain devient une zone suspendue hors du droit

La déclaration du Bureau des droits de l’homme de l’ONU n’était pas un communiqué diplomatique de plus : elle a sonné comme un cri intérieur de l’institution internationale — stupéfaction, effroi et la qualification lourde d’« exécution extrajudiciaire ». Une expression forte dans l’échelle des relations internationales, mais qui, hélas, tend à devenir une manière récurrente de décrire ce qui se passe en Cisjordanie, et particulièrement à Jénine, devenue ces dernières années la scène d’un relâchement manifeste du contrôle de l’usage de la force.

Le récent épisode — la mort de deux Palestiniens abattus par la police israélienne lors d’un raid — révèle un glissement profond dans la logique d’action : de l’affrontement au triomphe de la mise à mort ciblée. Les images diffusées par la télévision palestinienne montrent, selon toute apparence, deux hommes non armés et en position de reddition. Pourtant, leur vie s’est interrompue en quelques secondes, sous les caméras, dans un climat où ceux qui exercent la force semblent convaincus qu’aucune sanction ne les attend.

1. Au-delà de l’événement : un effritement progressif de l’ordre juridique international

Lorsqu’un porte-parole onusien, Jeremy Laurence, qualifie l’action d’« exécution hors du cadre judiciaire », il met le doigt sur la blessure : le droit international n’apparaît plus comme un cadre contraignant mais comme un langage moral impuissant. Cette dénonciation, malgré sa portée verbale, révèle surtout l’impuissance de l’ONU : les occurrences se répètent, et les institutions internationales paraissent parfois plus archivistes d’atrocités que protectrices des droits.

2. Le contexte social : une génération qui vit quotidiennement dans une zone grise entre vie et mort

Le cas de Jénine n’est pas isolé ; il cristallise des accumulations sociales profondes. Une jeunesse palestinienne grandit dans l’étau du blocus, du chômage et de la répression continue — elle côtoie la violence comme condition ordinaire d’existence. Côté israélien, la radicalisation d’une partie de la jeunesse et la banalisation des discours sécuritaires favorisent la déshumanisation de l’autre. Ce frottement quotidien entre deux sociétés qui prennent des directions opposées nourrit un terreau propice à la répétition des exécutions.

3. Dimension politique : militarisation du comportement étatique et érosion de l’horizon politique

Depuis plusieurs années, la trajectoire politique israélienne va vers une militarisation accrue de la gestion de la Cisjordanie. Les gouvernements de plus en plus droitiers redéfinissent la « sécurité » en légitimant l’emploi d’une force excessive. Sans perspective politique crédible, la Cisjordanie est traitée comme un simple dossier sécuritaire — et les opérations nocturnes se muent, parfois, en dispositifs de liquidation ciblée.

4. L’image comme champ de bataille : qui détient la narration du droit ?

Les séquences vidéo montrant les deux hommes en position de reddition ne sont pas seulement des preuves ; elles font partie intégrante d’un affrontement narratif. Depuis les débuts du conflit, l’image pèse autant que les munitions. La présence de caméras, loin d’être un rempart automatique contre l’injustice, se fait parfois témoin impuissant : la visibilité ne suffit pas toujours à déclencher la responsabilité.

5. Les implications onusiennes : effroi ou point de bascule ?

La « stupeur » exprimée par le Bureau des droits de l’homme recouvre deux sens ambivalents :

  • d’une part, l’aveu qu’un palier illégal a été franchi ;

  • d’autre part, la reconnaissance d’un échec institutionnel à protéger les civils.

Reste la question clé : une parole internationale forte suffit-elle à enrayer la répétition ? Ou bien la « stupeur » est-elle devenue un rituel protocolaire inscrit dans le registre des condamnations sans suite ?

Conclusion analytique

L’événement de Jénine n’est pas un incident isolé ; il traduit un changement structurel dans la gestion israélienne du dossier palestinien, qui tend à effacer la frontière entre droit et réalité, entre sécurité et châtiment, entre État et forces de fait. L’expression « exécution hors du droit » dépasse le vocabulaire juridique : elle décrit une expérience quotidienne vécue par des Palestiniens — une existence dépendante d’une décision brutale et instantanée prise par un agent armé, opérant dans un espace où la responsabilité est suspendue.

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