Ce que Meryam Touzani a exprimé lors du Festival International du Film de Marrakech cette année n’était pas une simple déclaration. C’était presque un aveu rare, de ceux que les réalisateurs hésitent à partager face aux caméras. Lorsqu’on lui demande : « D’où viennent vos histoires ? », sa réponse désarmante, « Je ne sais pas moi-même », ouvre le vrai dialogue.
On sent, en l’écoutant, que Touzani ne voit pas le cinéma comme un métier mais comme une respiration vitale. Elle n’écrit pas parce qu’elle a déjà une histoire ou un message, mais parce qu’elle ne peut pas ne pas écrire.
Cette écriture, instinctive et intuitive, commence dans le corps : dans un frisson, dans une douleur, dans un souvenir qui refuse l’oubli.
Une honnêteté rare
Dire qu’elle ignore l’origine de ses histoires n’est pas un aveu d’ignorance mais un acte de vérité artistique :
« Ce ne sont pas moi qui invente les histoires… ce sont elles qui frappent à ma porte. »
Tandis que beaucoup de réalisateurs construisent l’image du créateur omniscient, Touzani choisit la sincérité et la proximité avec le spectateur.
Mais… l’instinct suffit-il ?
Cette créativité instinctive séduit les critiques, mais pose une question essentielle :
Le cinéma peut-il toujours se nourrir uniquement de l’émotion ?
Ou toute impulsion intérieure a-t-elle besoin d’une structure consciente, d’une forme qui la guide ?
C’est cette tension délicieuse qui fait la singularité de son parcours.
Touzani dans le cinéma marocain
Dans un contexte cinématographique qui oscille entre expérimentation et engagement social, la démarche de Touzani pose la question : le cinéma doit-il exprimer le soi ou le monde ?
Sa préférence va clairement au soi, au mouvement intérieur, au silence avant la lumière. Cela confère à ses films une sensibilité particulière et la place dans un dialogue constant sur le sens même du cinéma.
Que révèle ce besoin ?
Quand tout commence par un “besoin” et non une idée, on ressent un appel non exprimé, une obsession ou un murmure intérieur :
Est-ce le besoin de reconnaissance ?
De protection ?
D’affronter une faiblesse personnelle ?
Ou de dire ce qui ne peut être dit socialement ?
Voilà ce qui fait la singularité de sa démarche.
Conclusion
Les paroles de Meryam Touzani ne révèlent pas seulement sa méthode d’écriture, mais sa relation à elle-même, à son histoire et aux espaces émotionnels qui deviennent films.
Il y a dans ses mots du poétique, de l’inquiétude et de l’aveu—ce qui rend l’analyse de son expérience essentielle pour comprendre non seulement ses films, mais aussi les transformations du cinéma marocain contemporain.


