Rachid Fakkak n’est pas seulement un acteur marocain respecté : il est l’une de ces voix discrètes mais décisives qui ont contribué à façonner la scène artistique nationale, oscillant avec aisance entre théâtre, télévision et cinéma. Sa carrière, marquée par une grande fidélité au jeu authentique et à la rigueur du texte, a souvent fait de lui un interprète capable d’incarner des personnages denses, habités, et profondément ancrés dans les réalités sociales du pays.
Lors de cette édition du Festival national du film, Fakkak est apparu égal à lui-même : humble dans le discours, exigeant dans la vision. Il a salué la qualité des films en compétition, la fluidité de l’organisation et surtout, « l’atmosphère créative » qui a enveloppé l’ensemble des projections et rencontres. Une atmosphère, dit-il, où le cinéma retrouve sa mission première : interroger, transmettre, déranger parfois, mais toujours éclairer.
Fakkak porte sur la scène cinématographique un regard qui dépasse l’événementiel. Pour lui, un festival n’est pas qu’un lieu de vitrines et de projecteurs ; c’est un laboratoire vivant où se renouvellent les écritures, où émergent de nouvelles sensibilités, où les jeunes cinéastes peuvent briser les frontières classiques de la narration filmique. C’est dans cet esprit qu’il suit les mutations du 7e art au Maroc, notamment la montée des films introspectifs, documentaires ou hybrides, qui revisitent la mémoire collective et l’identité marocaine sous des angles plus personnels.
Sa présence dans le film « La Terre des Anges », projet où se croisent quête intime et mémoire historique, illustre parfaitement cette orientation. Fakkak y mobilise une palette de jeu nuancée, plus intérieure que démonstrative, offrant au public un personnage façonné par les fractures du passé et la nécessité de se reconstruire. Ce rôle marque également son retour après une période d’absence volontaire qu’il décrit non pas comme un retrait, mais comme un « moment de respiration » nécessaire à la maturation de projets plus ambitieux.
Pourquoi Rachid Fakkak compte aujourd’hui dans le paysage cinématographique marocain ?
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Parce qu’il fait du cinéma un espace de mémoire : ses choix artistiques réactivent des pans entiers de l’histoire sociale ou humaine souvent absents des récits dominants.
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Parce qu’il conserve l’exigence du théâtre : sa formation scénique nourrit un jeu organique et discipliné, rarement spectaculaire mais toujours juste.
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Parce qu’il croit à la transformation des structures : lorsqu’il évoque les festivals, les écoles de cinéma ou les centres de création, c’est en artiste conscient du rôle de l’institution dans la consolidation d’une véritable industrie.
En définitive, Rachid Fakkak fait partie de cette génération d’acteurs pour qui le cinéma n’est pas seulement un métier mais un espace de réflexion, un acte de transmission et un engagement envers ce que signifie être artiste dans un pays qui se redécouvre continuellement à travers ses images.


