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dimanche, mars 8, 2026

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Reconnaître pour stabiliser ? Les ambiguïtés d’un choix israélien controversé

Session d’urgence du Conseil de sécurité sur la reconnaissance israélienne du « Somaliland » : initiative diplomatique ou reconfiguration silencieuse d’équilibres régionaux fragiles ?

Le Conseil de sécurité des Nations unies tient ce lundi à New York une session d’urgence, à la demande officielle du gouvernement somalien, consacrée aux répercussions de l’annonce par Israël de sa reconnaissance du Somaliland comme « État indépendant et souverain ». Une initiative sans précédent qui a immédiatement suscité une vague de rejets régionaux et internationaux, tout en ouvrant un débat plus large sur ses motivations profondes, son timing et ses implications juridiques et géopolitiques.

En devenant le premier État membre de l’ONU à franchir ce pas, Israël rompt avec un consensus international établi depuis plus de trois décennies, selon lequel le Somaliland demeure une partie intégrante de la République fédérale de Somalie, malgré la réalité administrative et sécuritaire instaurée par l’entité depuis sa déclaration unilatérale d’indépendance en 1991.

Devant l’ONU, le représentant permanent israélien, Danny Danon, a assuré que son pays continuerait d’agir « de manière responsable » au sein du système international, mettant en avant la coopération avec des partenaires considérés comme des acteurs de la stabilité régionale. Un discours qui se veut rassurant, mais qui laisse en suspens des interrogations essentielles quant au fondement juridique de cette reconnaissance et à ses effets sur un ordre régional déjà fragilisé.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a, pour sa part, inscrit la décision dans ce qu’il a qualifié de « l’esprit des Accords d’Abraham », tentant de l’intégrer au processus plus large de normalisation régionale. Une analogie qui interroge, tant le contexte de la Corne de l’Afrique, marqué par des enjeux de souveraineté et de fragmentation étatique, diffère profondément des dynamiques moyen-orientales ayant encadré ces accords. L’invitation officielle adressée au président du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi, pour une visite en Israël, renforce cette volonté de donner une traduction politique concrète à l’annonce.

À l’inverse, la position américaine s’est voulue prudente. Le président Donald Trump a déclaré que les États-Unis n’entendaient pas suivre l’exemple israélien, exprimant ses doutes quant aux dimensions géographiques et politiques du Somaliland, et laissant transparaître une réserve stratégique, malgré l’alignement traditionnel de Washington avec Tel-Aviv.

La sensibilité du dossier s’est accrue avec la diffusion, dans certains médias israéliens, dont la chaîne 14, d’informations évoquant un possible lien entre cette reconnaissance et des hypothèses de réinstallation de populations palestiniennes de Gaza dans la région. Bien qu’aucune confirmation officielle n’ait été apportée, ces spéculations ont suffi à provoquer une vive inquiétude régionale, compte tenu de ce qu’elles impliqueraient en matière de droits fondamentaux et de respect de la souveraineté des États africains concernés.

Dans ce contexte, l’Égypte a intensifié ses démarches diplomatiques. Le ministre des Affaires étrangères, Badr Abdel Aati, a mené une série de consultations avec ses homologues somalien, turc et djiboutien, débouchant sur une position commune rejetant catégoriquement la décision israélienne et toute tentative visant à déplacer les Palestiniens hors de leurs territoires.

Mogadiscio, de son côté, a adopté un ton ferme. Le ministre somalien de la Défense, Ahmed Moalim Fiqi, a affirmé que son pays n’accepterait « en aucune circonstance » une atteinte à son intégrité territoriale, qualifiant toute évocation d’un transfert de Palestiniens vers des terres somaliennes de violation manifeste du droit international.

L’Autorité palestinienne a également condamné la démarche israélienne, y voyant une extension de politiques coloniales menaçant la paix et la sécurité internationales, et mettant en garde contre toute instrumentalisation du Somaliland comme alternative territoriale à Gaza.

La session du Conseil de sécurité apparaît ainsi comme un test majeur de la capacité de la communauté internationale à réaffirmer les principes du droit international face aux faits accomplis. Elle met également en lumière l’imbrication croissante des crises de la Corne de l’Afrique et du conflit israélo-palestinien, avec le risque de voir des zones déjà instables devenir le théâtre de nouvelles recompositions géopolitiques aux conséquences difficilement maîtrisables.

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