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vendredi, août 28, 2026

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**Le ministre espagnol de l’Intérieur : le Maroc ne savait rien de l’incursion à Sebta.. Nos enfants et nos jeunes sont agressés et terrorisés.. Qui protège les Marocains ?**

Sebta occupée… Madrid parle de « confiance » avec Rabat, mais qui protège les Marocains des violences dans la rue ?

Le paradoxe qui mérite aujourd’hui d’être observé à Sebta occupée ne réside pas seulement dans la manière dont des dizaines de milliers de personnes ont réussi à entrer dans la ville en quelques heures, ni dans l’échec des services de renseignement espagnols et marocains — selon la version espagnole — à anticiper la scène. Le paradoxe est ailleurs : Madrid affirme que sa coopération avec Rabat repose sur la « confiance » et que le Maroc n’est pas responsable de l’opération, tandis qu’un autre spectacle se déroule dans la ville elle-même : des Marocains pris pour cible, poursuivis et agressés, des campements incendiés, des aides humanitaires empêchées, et des vidéos qui documentent une partie de cette escalade.

C’est là que commence la deuxième histoire de Sebta.

Une crise qui a changé de nature

Près d’un mois après l’entrée massive de migrants à Sebta occupée, la crise est entrée dans une autre phase. Il ne s’agit plus seulement de frontières, de chiffres ou de savoir si les services de renseignement espagnols avaient anticipé l’opération. Désormais, la rue elle-même est devenue un terrain de confrontation.

Au cours des derniers jours, des manifestations de résidents locaux ont dégénéré en violences visant des migrants, parmi lesquels des Marocains, mais aussi des bénévoles de la Croix-Rouge, des journalistes et même des citoyens musulmans de la ville. Des médias espagnols ont diffusé des images montrant la destruction et l’incendie de tentes installées par des migrants sur la plage de Benítez, après que des manifestants eurent franchi le dispositif de sécurité. Dans d’autres cas, des protestataires ont tenté d’empêcher l’acheminement d’une aide alimentaire destinée aux migrants.

Ces faits n’exigent pas de qualification politique excessive. Les images diffusées, ainsi que les éléments rapportés par la police et les médias espagnols, suffisent à montrer que la contestation a dépassé le cadre du débat sur la politique migratoire pour entrer dans celui de l’hostilité et de la violence contre des personnes en raison de leur statut de migrants, et parfois de leur origine ou de leur apparence.

C’est ici qu’apparaît une question différente de celle à laquelle le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a répondu vendredi devant la commission de l’Intérieur du Congrès.

Marlaska cherchait à refermer l’un des dossiers les plus sensibles pour le gouvernement de Pedro Sánchez : les services de l’État savaient-ils à l’avance qu’une opération de cette ampleur allait se produire ?

Sa réponse a été claire : non.

Selon lui, les services de renseignement espagnols — notamment le Centre national de renseignement, CNI, les services de renseignement des forces armées, CIFAS, ainsi que les services d’information de la Police nationale et de la Garde civile — ne disposaient pas d’éléments permettant d’anticiper une entrée collective d’une telle ampleur.

Des rapports faisaient état de préoccupations habituelles concernant l’immigration irrégulière, mais rien, affirme-t-il, ne permettait de prévoir l’arrivée de dizaines de milliers de personnes dans un laps de temps aussi court.

Le Maroc écarté de la responsabilité

Le plus important est peut-être ailleurs : le ministre n’a pas désigné le Maroc comme responsable.

Bien au contraire.

Marlaska a défendu la coopération avec Rabat, qu’il a qualifiée d’« essentielle » et fondée sur la « confiance ». Il a rappelé que les autorités marocaines, jusqu’au 30 juillet, avaient intercepté de nombreuses tentatives d’entrée à la nage et mené d’importantes opérations de contrôle.

Dans son intervention devant le Parlement espagnol, il a insisté sur le fait que cette coopération avait continué à fonctionner pendant le mois de juillet et qu’elle avait contribué au retour d’une grande partie des personnes entrées dans la ville.

Mais cette version fait surgir une autre question.

Si le Maroc est, pour Madrid, un partenaire sécuritaire fiable, et si l’Espagne affirme qu’elle ne considère pas Rabat comme l’auteur ou le complice de la crise, pourquoi des milliers de Marocains présents à Sebta se retrouvent-ils ensuite confrontés à des agressions dans la rue de la part de certains groupes de résidents ?

Il faut ici séparer deux niveaux.

Le premier concerne la responsabilité dans l’entrée des migrants.

Le second concerne la responsabilité de l’État à l’égard des personnes présentes sur son territoire.

L’Espagne peut affirmer que les événements des 30 et 31 juillet étaient imprévisibles. Elle peut défendre ses dispositifs frontaliers. Elle peut également enquêter sur les crimes éventuellement commis par certains migrants.

Mais rien de cela ne donne à quiconque le droit de se substituer à la loi.

Et cette distinction n’est plus seulement une lecture journalistique.

Le ministre espagnol de la Politique territoriale, Ángel Víctor Torres, a lui-même condamné les violences visant les migrants, les citoyens musulmans, les bénévoles de la Croix-Rouge, les journalistes et les responsables politiques, appelant à un message clair contre la violence.

Marlaska a également appelé à la fin de toutes les violences, affirmant que la violence ne pouvait constituer une solution à la crise.

Quand la rue commence à faire sa propre loi

C’est peut-être le développement le plus préoccupant de cette séquence.

Dans certains quartiers de Sebta, des appels à expulser les migrants auraient circulé via des groupes WhatsApp, avec des messages appelant à les poursuivre et à les faire sortir des quartiers par la force.

D’autres informations font état d’agressions contre des habitants, de journalistes pris à partie alors qu’ils couvraient les manifestations, et de tensions qui ne se limitent plus aux migrants eux-mêmes.

Dans un épisode particulièrement révélateur, les forces de sécurité espagnoles ont dû intervenir pour empêcher des centaines de manifestants d’atteindre les lieux où se concentraient les migrants.

Des tentes ont été incendiées sur la plage de Benítez.

Dans le même temps, des convois de la Croix-Rouge transportant de la nourriture destinée aux migrants ont été empêchés de passer et ont dû être escortés par la police.

À ce stade, la question n’est donc plus uniquement celle des migrants.

C’est celle de l’autorité de l’État.

L’expression « coopération fondée sur la confiance », répétée par Marlaska, prend ici une autre dimension.

Du point de vue de Madrid, le Maroc est attendu sur un terrain précis : empêcher les départs et limiter les tentatives de franchissement de la frontière. Une fois les personnes entrées sur le territoire espagnol, c’est à l’Espagne de gérer leur présence, d’appliquer la loi et de les protéger contre les agressions.

Ce n’est pas une équation diplomatique particulièrement complexe.

C’est la responsabilité d’un État.

Et si Madrid veut convaincre Rabat que les événements de juillet n’étaient pas une opération préparée du côté marocain, le moyen le plus convaincant ne réside pas seulement dans les chiffres des interceptions maritimes ou dans les déclarations sur la coopération sécuritaire.

Il réside aussi dans sa capacité à démontrer, sur le terrain, que le Marocain présent à Sebta occupée reste soumis au droit espagnol, et que l’agresser ne devient pas acceptable parce qu’il est entré illégalement.

Le silence de Rabat devient lui aussi une question

La question est d’autant plus sensible que Sebta n’est pas une ville espagnole ordinaire dans le contexte politique marocain.

Le Maroc revendique sa souveraineté sur Sebta et Melilla, tandis que l’Espagne les administre comme faisant partie de son territoire.

Dans ce contexte, toute agression visant des Marocains à Sebta ne reste pas facilement cantonnée à un simple fait divers. Elle entre rapidement dans la mémoire politique des relations entre les deux pays.

C’est là que réside le paradoxe le plus profond de la crise de juillet.

L’Espagne affirme que le Maroc est un partenaire essentiel. Elle dit qu’il n’était pas responsable de l’opération. Elle souligne que sa coopération a contribué au retour d’un très grand nombre de personnes vers le Maroc.

Et, dans le même temps, des images montrent à Sebta des Marocains poursuivis ou agressés, leurs tentes détruites ou incendiées, tandis que des aides alimentaires qui leur sont destinées sont empêchées.

La crise n’est donc plus seulement de savoir qui a ouvert la route vers Sebta. Elle est aussi de savoir ce qui arrive à ceux qui l’ont franchie.

Le danger est plus grand encore lorsque l’État n’est plus le seul acteur à prétendre décider de ce qui est permis.

Lorsqu’un groupe de citoyens commence à déterminer qui mérite de recevoir de la nourriture, qui doit quitter un quartier et qui peut être pris à partie dans la rue, la crise dépasse la question migratoire.

Elle touche au monopole même de la loi.

Pour l’instant, le gouvernement espagnol affirme vouloir empêcher cette évolution. Marlaska a dénoncé les groupes qui chercheraient à « provoquer la haine et la confrontation », tandis que Torres a appelé à la fin des violences.

Mais une question s’imposera dans les prochains jours : l’État espagnol est-il capable de conserver le monopole de la force et de la loi dans une ville où certains groupes de résidents commencent à agir comme s’ils avaient eux-mêmes le pouvoir de décider du sort des migrants dans la rue ?

C’est probablement le véritable test de cette nouvelle phase.

Et pour Rabat, un autre problème apparaît.

Son silence, ou la relative faiblesse de sa réaction face aux images d’agressions visant des Marocains à Sebta occupée, soulève à son tour une interrogation : si Madrid considère que sa coopération avec Rabat repose sur la « confiance », cette confiance inclut-elle aussi la protection de la dignité des citoyens marocains lorsqu’ils se trouvent à Sebta, ou la coopération s’arrête-t-elle, dans les faits, à la frontière ?

La crise du 30 juillet a révélé, selon le récit du ministre espagnol de l’Intérieur, une défaillance dans l’anticipation sécuritaire espagnole.

La crise d’août en teste une autre dimension : la capacité de l’État espagnol à empêcher que la colère autour de l’immigration ne se transforme en violence contre des personnes, mais aussi la capacité de Rabat à ne pas laisser ses citoyens seuls face à cette situation.

C’est là que se dessine, derrière l’histoire de l’entrée massive à Sebta, une autre histoire.

Une histoire où la question n’est plus seulement celle d’une frontière qui a cédé, mais celle d’une ville où, après l’effondrement momentané du contrôle frontalier, le respect de la loi et la protection des personnes deviennent eux-mêmes l’enjeu.

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