L’annonce venue de New York le 16 septembre n’a pas eu besoin de longues formules diplomatiques pour montrer que les relations maroco-israéliennes entraient dans une phase différente. Le Maroc et Israël ont convenu, en présence des États-Unis, d’élever leur représentation diplomatique au niveau des ambassades et de nommer des ambassadeurs, tout en élargissant les liaisons aériennes et en travaillant à la conclusion de nouveaux accords économiques et d’investissement. La réunion a réuni le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita et son homologue israélien Gideon Sa’ar, sous l’égide de l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz.
Mais la formulation de l’accord annoncé ne signifie pas que tous les dossiers ayant accompagné la relation depuis plusieurs années ont été réglés lors de cette seule réunion. Le document rendu public indique surtout que les trois pays ont renoué avec l’architecture mise en place dans la déclaration maroco-américano-israélienne du 22 décembre 2020, tandis que Rabat et Tel-Aviv ont décidé de passer à l’étape des ambassades, de reprendre les vols directs et de renforcer leurs relations économiques et commerciales, avec notamment des travaux autour d’accords portant sur la protection des investissements et la prévention de la double imposition.
Ce détail compte, parce que la réunion de New York n’apparaît pas comme un épisode isolé de l’histoire récente de la relation. En décembre 2020, le Maroc, les États-Unis et Israël avaient annoncé l’établissement de relations diplomatiques complètes, pacifiques et amicales, la réouverture des bureaux de liaison, le lancement de liaisons aériennes ainsi qu’une coopération dans le commerce, l’investissement, la technologie, l’énergie et d’autres secteurs. Cette dynamique s’était accompagnée de la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara.
Donald Trump quitta la Maison-Blanche quelques semaines plus tard. La reconnaissance américaine fut maintenue sous l’administration de Joe Biden, mais plusieurs éléments du processus n’atteignirent pas le niveau auquel Rabat pouvait s’attendre. Les ambassades restèrent en suspens, tout comme le dossier du consulat américain à Dakhla, annoncé dans la déclaration de 2020 mais jamais concrétisé dans la forme initialement envisagée.
Le retour de Trump à la présidence a replacé le facteur américain au centre de la séquence. Le 1er août 2026, le Cabinet royal marocain avait rendu publique une lettre du président américain au Roi Mohammed VI réaffirmant la position américaine sur la souveraineté du Maroc sur le Sahara et son soutien à l’initiative d’autonomie comme base d’une solution juste et durable.
Entre la déclaration de 2020 et cette lettre d’août 2026, le cadre onusien dans lequel Rabat mène son action avait lui aussi évolué.
La résolution 2797, adoptée par le Conseil de sécurité le 31 octobre 2025, n’a pas réglé définitivement le statut du Sahara. Elle a toutefois introduit une évolution importante dans le langage des négociations. Le texte appelle les parties à engager des négociations sans conditions préalables, sur la base de la proposition marocaine d’autonomie, afin de parvenir à une solution politique définitive et mutuellement acceptable garantissant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Il ajoute qu’une véritable autonomie pourrait constituer l’une des issues les plus réalisables et prolonge le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026.
C’est cette formulation qui donne à la prochaine échéance d’octobre une portée différente d’un simple renouvellement périodique du mandat de la mission onusienne. La résolution précédente a placé la proposition marocaine d’autonomie au cœur de la négociation, mais elle a maintenu la recherche d’un règlement final dans le cadre d’un accord entre les parties et du principe d’autodétermination mentionné dans le texte. Le passage de la résolution 2797 à une nouvelle résolution dépendra donc autant de la position américaine que des négociations qui se dérouleront au sein du Conseil de sécurité.
Les sources diplomatiques citées dans le rapport initial vont plus loin. Elles affirment que les contacts ayant précédé la réunion de New York ne se limitaient pas au dossier diplomatique et que Washington avait été présent à plusieurs étapes importantes des discussions entre Rabat et Tel-Aviv. Selon ces mêmes sources, les échanges ont porté sur l’économie, l’investissement et la technologie, mais également sur la coopération militaire et les industries liées à la défense.
Ces sources ajoutent que Bourita a eu des discussions approfondies avec Sa’ar en présence du représentant permanent du Maroc auprès des Nations unies, Omar Hilale, et que les échanges ont porté sur des arrangements de défense, de nouveaux contrats ainsi que des projets d’industrie militaire au Maroc fondés sur des technologies et une expertise israéliennes.
Cette dernière dimension impose toutefois de maintenir une distinction entre ce qui a été officiellement annoncé et ce qui relève des informations attribuées aux sources diplomatiques. Le communiqué public de la réunion de New York a mis l’accent sur le renforcement des relations diplomatiques, économiques et commerciales ainsi que sur les liaisons aériennes. Il n’a pas publié de détails sur de nouveaux contrats de défense ni sur des projets précis d’industrie militaire. Ces éléments restent donc, à ce stade, liés aux informations rapportées par les sources du dossier.
La coopération de défense entre les deux pays, elle, est bien antérieure à la réunion de New York. Le Maroc et Israël avaient signé en 2021 un mémorandum d’entente dans le domaine de la défense, qui a établi un cadre de coopération militaire. D’autres développements ont suivi dans les domaines de la formation, du renseignement et de l’industrie de défense, avec plusieurs accords et acquisitions intervenus au cours des années suivantes.
Ce que les sources attribuent aux négociations actuelles, s’il devait être confirmé ultérieurement par des accords ou des annonces officielles, constituerait donc davantage une évolution de la nature de cette coopération qu’un commencement. Il s’agirait de passer progressivement de l’acquisition de systèmes et d’équipements à la production locale, au transfert de technologie et à la construction d’une base industrielle liée à la défense.
Le dossier le plus sensible se situe toutefois au-delà de la relation bilatérale.
Les sources diplomatiques citées dans le rapport affirment que Rabat attend de Washington un rôle important dans la préparation de la prochaine résolution du Conseil de sécurité et souhaite voir renforcée la place de l’autonomie marocaine comme base de négociation. Mais aucun texte américain définitif concernant cette future résolution n’est, à ce stade, publiquement disponible pour permettre d’affirmer que cette formulation est arrêtée.
Ce qui est établi, c’est que Washington a réaffirmé en août sa reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara et son soutien à l’initiative d’autonomie, tandis que le Conseil de sécurité avait déjà placé la proposition marocaine au cœur du processus de négociation dans sa résolution précédente. Ce qui sera adopté en octobre dépendra des discussions au Conseil, des positions de ses membres et de l’évolution du processus politique.
מברך את שר החוץ גדעון סער @gidonsaar, שר החוץ המרוקאי, נאסר בוריטה @Marocdiplo_EN ושגריר ארה״ב לאו״ם, מייק וולץ @michaelgwaltz, על המהלך החשוב להעמקת היחסים הדיפלומטיים בין ישראל למרוקו.
השבוע ציינו יחד עם שגרירים מארה״ב, איחוד האמירויות, בחריין, מרוקו וקזחסטן שש שנים להסכמי… pic.twitter.com/OGajxSFD9D
— Danny Danon 🇮🇱 דני דנון (@dannydanon) September 17, 2026
Même l’annonce concernant les ambassades porte en elle un élément révélateur de la nouvelle étape. Rabat et Tel-Aviv ne parlent plus seulement de maintenir une relation, mais d’en renforcer les institutions : ambassades, ambassadeurs, vols directs, accords d’investissement et développement des échanges commerciaux. Le gouvernement israélien a également annoncé des visites de haut niveau dans les prochains mois.
L’accord de New York apparaît ainsi comme une remise en marche plus complète du processus engagé en 2020 après plusieurs années de ralentissement, avec des éléments économiques et d’investissement qui ont depuis gagné en maturité.
Quant à savoir si cette dynamique débouchera sur de nouveaux arrangements concernant le Sahara, la réponse apparaîtra davantage dans les textes qui suivront que dans les formules diplomatiques accompagnant l’annonce. Les États-Unis disposent d’une position officielle et renouvelée sur la souveraineté marocaine et l’autonomie, et le Conseil de sécurité a placé la proposition marocaine à la base des négociations. Mais la résolution elle-même n’a pas réglé définitivement le conflit.
C’est entre ces trois niveaux que se situe désormais la diplomatie marocaine : une relation bilatérale qui passe des bureaux de liaison aux ambassades, un partenariat avec Washington dont l’un des éléments les plus sensibles vient d’être réaffirmé, et un processus onusien qui s’apprête à entrer dans une nouvelle séquence en octobre.
Les informations relatives aux nouveaux contrats de défense, à l’industrie militaire et à une éventuelle intervention américaine en faveur d’une nouvelle formulation onusienne devront, elles, être confirmées par des accords et des documents publics pour passer du registre des sources diplomatiques à celui des faits établis. L’annonce de New York suffit néanmoins à confirmer que le processus lancé en décembre 2020 n’a pas disparu. Elle ne révèle pas encore tout ce qui se négocie dans les dossiers conduits loin de la tribune officielle.


