Les douanes marocaines et russes ont tenu, mardi 15 septembre 2026 à Rabat, la première session de leur groupe de travail bilatéral, une instance opérationnelle qui vient couronner un long parcours de partenariat stratégique et ouvrir une page prometteuse de coopération concrète entre les deux pays.
- Un partenariat solide qui se renouvelle
Le socle bilatéral remonte à la Déclaration de partenariat stratégique signée en 2002. Le 15 mars 2016, à l’occasion de la visite officielle de Sa Majesté le Roi Mohammed VI en Fédération de Russie, ce cadre a été élevé d’un cran au Kremlin : la Déclaration de partenariat stratégique approfondi, paraphée par le Souverain et le président Vladimir Poutine, fixait des objectifs communs dans les domaines politique, économique, agricole, énergétique, halieutique, touristique, technologique et sécuritaire. Une quinzaine d’accords sectoriels en étaient sortis, jetant les bases d’une coopération multiforme.
Aujourd’hui, ce partenariat franchit une nouvelle étape : c’est dans le domaine douanier qu’il trouve son canal opérationnel, reflétant une volonté partagée de traduire les engagements en réalisations concrètes.
- Le Corridor vert : un projet ambitieux au cœur des priorités
Dès la visite royale de mars 2016, un protocole avait été paraphé entre l’Administration des Douanes et impôts indirects (ADII) et le Service fédéral des douanes russe (FTS) sur l’échange d’informations préalables à l’arrivée des marchandises et des véhicules : le « Corridor vert ». Signé par Mohamed Boussaid, ministre de l’Économie et des Finances, et Vladimir Boulavine, alors chef du FTS russe, il visait à fluidifier les flux, surtout agricoles et halieutiques frais, via une plateforme d’échange sécurisée et un allègement des formalités. Ce projet constitue aujourd’hui l’un des chantiers sur lesquels les deux parties travaillent activement, dans le cadre d’une approche progressive destinée à surmonter les obstacles techniques et à le transformer en réalité tangible au service des opérateurs économiques des deux pays.
- Une dynamique accélérée : protocoles de 2025 et groupe de travail de 2026
En octobre 2025, le rythme s’est nettement accéléré : un protocole sur l’échange de documents et d’informations relatifs à la valeur en douane des marchandises, et un second sur la coopération et l’entraide dans le cadre du régime unifié de préférences tarifaires de l’Union économique eurasiatique (UEE), ont été signés à Moscou. Ce dernier ouvre la voie à la vérification électronique de l’authenticité des certificats d’origine des produits et, à terme, à la dispense du support papier. C’est une avancée qui renforce la transparence et simplifie les procédures. Quelques mois plus tard, la 8ᵉ session de la Commission mixte intergouvernementale maroco-russe, tenue à l’approche du dixième anniversaire, planifiait la mise en place du groupe de travail douanier qui s’est réuni pour la première fois ce mardi, ajoutant ainsi un nouveau maillon à la chaîne de la coopération institutionnelle entre les deux pays.
- Un agenda opérationnel riche
La session a transformé ce cadre juridique en agenda opérationnel ambitieux. Au programme : reconnaissance mutuelle des opérateurs économiques agréés (AEO), partage d’expertise sur la formation des cadres, numérisation de l’administration douanière, déploiement de l’intelligence artificielle et des techniques de contrôle non intrusif (scanners, inspection à distance). Une attention particulière a été portée à la lutte contre les trafics illicites, renforçant ainsi la sécurité des échanges et la fiabilité des chaînes logistiques.
- Une feuille de route à l’horizon 2027
Principal livrable de la journée : la signature d’un plan d’action sur la reconnaissance mutuelle des programmes AEO marocain et russe. Ce document constitue une feuille de route dont l’objectif est l’aboutissement, d’ici fin 2027, des négociations en vue d’un accord bilatéral de reconnaissance mutuelle. Si l’échéance est tenue, les entreprises certifiées OEA des deux pays pourraient à terme voir leurs cargaisons traitées en priorité, avec contrôles allégés et mainlevée accélérée. C’est un pas concret vers la fluidification des échanges. Le groupe de travail, qui doit se réunir à intervalles réguliers, en sera l’instrument de suivi. Rabat et Moscou semblent décidés à transformer les déclarations politiques en résultats douaniers tangibles.


