Lecture de l’émission JOURNAL AFRICA sur TV5MONDE : entre recomposition de la mission onusienne, calculs de Moscou et de Washington et limites du passage de l’acquis diplomatique au règlement politique
L’émission JOURNAL AFRICA, diffusée sur TV5MONDE le 1er novembre 2026, n’a pas seulement abordé le sort des personnels des Nations Unies déployés au Sahara après l’expiration du mandat de la MINURSO. Le débat s’est rapidement déplacé vers l’avenir du référendum, le veto russe, les relations entre Moscou et Alger, les limites du rapprochement stratégique entre Washington et Rabat, ainsi que le risque de voir la région privée de mécanismes onusiens de surveillance.
L’ordre des questions était révélateur de la nature du moment politique examiné. Après trente-cinq années d’existence de la mission, le Conseil de sécurité n’a pas réussi à s’accorder sur une nouvelle formule de prorogation de son mandat. Le désaccord ne portait pas simplement sur la poursuite ou non de la présence des Nations Unies, mais sur la forme que cette présence devrait prendre et sur le cadre politique appelé à orienter la suite du processus.
L’émission a accueilli l’analyste géopolitique Djilali Ben Shaban. Ses interventions ont principalement porté sur les stratégies russe et américaine. Mais comprendre ce qui s’est joué exige de dépasser les seules interprétations avancées en plateau et de revenir aux documents de l’ONU, aux négociations ayant précédé le vote et aux déclarations officielles publiées après l’échec des deux projets.
Le vote n’était pas un événement isolé. Il intervenait au terme d’un processus engagé plusieurs semaines auparavant, dont les principales étapes figuraient déjà dans les documents des Nations Unies.
De la révision du mandat à l’affrontement de deux projets au Conseil de sécurité
Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2797, prorogeant le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026. Cette résolution ne s’est pas limitée à renouveler la mission. Elle a également introduit une orientation politique importante concernant le processus de négociation.
Elle a placé l’initiative marocaine d’autonomie au fondement des négociations que le Secrétaire général et son Envoyé personnel sont appelés à faciliter. Elle a invité les parties à s’engager dans ces discussions sans conditions préalables et a relevé qu’une véritable autonomie pouvait constituer l’une des solutions les plus réalisables, dans le cadre d’un règlement politique définitif mutuellement acceptable garantissant l’autodétermination.
Le paragraphe 5 de cette résolution demandait également au Secrétaire général de présenter une revue stratégique de l’avenir du mandat de la MINURSO, en tenant compte des résultats des négociations.
Ce paragraphe constitue une entrée essentielle pour comprendre le projet américain d’octobre 2026.
La revue stratégique n’était pas une initiative secondaire. Elle répondait à une demande formulée par le Conseil de sécurité lui-même. Le Secrétaire général a transmis le document correspondant sous la référence S/2026/811, le 13 octobre 2026.
Parallèlement, le rapport du Secrétaire général sur la situation au Sahara occidental, référencé S/2026/781, avait été transmis au Conseil le 1er octobre.
Lorsque le Conseil s’est réuni le 30 octobre, il ne se trouvait donc pas devant une proposition américaine apparue soudainement pour modifier le nom de la mission. Il disposait d’une résolution antérieure demandant une révision de son avenir, d’un rapport sur la situation politique et sur le terrain, d’une revue stratégique et, enfin, de deux projets concurrents définissant les modalités de la période suivant l’expiration du mandat.
La discussion sur la MINURSO était ainsi passée de la question du renouvellement annuel à une interrogation plus profonde : la mission devait-elle conserver sa structure, son nom et ses fonctions historiques, ou être réorganisée à la lumière du cadre politique progressivement installé par la résolution 2797 ?
Le projet américain S/2026/868 proposait de proroger la mission jusqu’au 31 octobre 2027, tout en changeant son appellation en Mission des Nations Unies au Sahara occidental, MINUSO, à compter du 1er novembre 2026. Cette modification supprimait la référence explicite au référendum contenue dans l’ancien acronyme.
Le projet comportait également une évolution des dimensions militaire et politique de la mission et liait davantage le processus de négociation à l’initiative marocaine d’autonomie.
Le projet russe S/2026/870 proposait, pour sa part, une formule plus proche du renouvellement traditionnel : conserver l’appellation MINURSO et proroger son mandat d’une année supplémentaire sans procéder à une restructuration substantielle.
La différence entre les deux textes ne pouvait donc pas être réduite à une question de prolongation technique.
Lors du premier vote, le projet américain a recueilli onze voix favorables, mais s’est heurté au veto russe. Lors du second vote, le projet russe n’a obtenu que trois voix favorables, celles de la Russie, de la Chine et de la Somalie, contre une voix américaine défavorable et onze abstentions.
Aucun des deux projets n’a été adopté. Le mandat de la mission a expiré le 31 octobre sans nouvelle prorogation.
Ce qui mérite attention n’est pas uniquement le fait que Moscou ait bloqué le projet américain. Washington a, à son tour, empêché l’adoption du projet russe. Les deux puissances n’ont donc pas réussi à faire accepter leur propre conception de la continuité de la mission, ni à élaborer une troisième formule consensuelle.
Présenter cet épisode comme une victoire russe ou américaine serait réducteur. Sur le plan institutionnel, le Conseil de sécurité s’est retrouvé dans une impasse.
La lettre R devenue le symbole d’une confrontation politique
Dans l’émission de TV5MONDE, la suppression de la lettre R de l’appellation MINURSO a occupé une place importante. Cette lettre, renvoyant au référendum, a été présentée comme le symbole du désaccord sur l’avenir de la mission. Pourtant, la question dépasse largement celle de son nom.
Le référendum prévu dans le cadre du plan de règlement de 1991 n’a jamais été organisé, en raison de désaccords persistants concernant notamment l’identification du corps électoral, les conditions de participation et les options soumises au vote.
Créée par la résolution 690 de 1991, la mission ne se limitait pas à porter une appellation historique. Elle disposait de responsabilités opérationnelles, politiques et sécuritaires, notamment en matière de surveillance du cessez-le-feu et d’accompagnement du processus onusien.
Le projet américain cherchait à traduire l’évolution du cadre politique en transformation institutionnelle. La suppression de la référence au référendum devait refléter le passage de la mission initiale à une formule davantage orientée vers le processus politique.
Mais supprimer cette référence dans le nom de la mission ne revient pas, en soi, à supprimer le principe de l’autodétermination du cadre onusien.
La résolution 2797 avait précisément associé deux éléments : placer l’initiative marocaine d’autonomie au centre des négociations et maintenir la référence à l’autodétermination dans la formulation du règlement politique définitif.
Cette articulation rend la lecture du processus onusien plus complexe qu’une simple opposition entre référendum et autonomie.
Pour le Maroc, le déplacement du centre de gravité des négociations vers son initiative d’autonomie constitue une évolution importante de la manière dont la communauté internationale aborde le dossier. Mais la transformation de cette évolution en règlement définitif reste liée aux négociations et aux garanties politiques et juridiques qui pourraient accompagner un accord.
Il faut distinguer le changement du cadre de négociation de l’annonce d’un règlement définitif.
Moscou n’a pas seulement voté contre Washington : que disent les justifications russes ?
Au cours de l’émission, le veto russe a été interprété comme une manifestation de la volonté de Moscou de préserver sa place dans l’ordre international et d’empêcher Washington de définir seul les règles du règlement.
Cette lecture a également été rapprochée des relations russo-algériennes et du souvenir de l’intervention en Libye en 2011.
La consultation des déclarations officielles russes apporte toutefois des éléments plus précis.
Le représentant permanent de la Russie auprès des Nations Unies, Vassili Nebenzia, a expliqué le 30 octobre que Moscou considérait que le règlement du dossier du Sahara n’était pas achevé et que toute solution définitive devait être acceptable pour le Maroc et le Front Polisario.
Il a également contesté ce qu’il considérait comme une tentative d’imposer une solution unilatérale sans consultations suffisantes et sans prise en compte de la position de l’autre partie.
En défendant le projet russe, il a soutenu que son texte s’appuyait sur le langage de la résolution 2797, sans introduire d’éléments nouveaux incompatibles avec le cadre antérieur, et qu’il visait à préserver la présence des Nations Unies et la continuité de la mission.
Ces déclarations permettent de comprendre la position russe à partir des arguments publiquement avancés par Moscou, plutôt que de s’en tenir aux interprétations relatives à ses motivations.
La Russie n’a pas déclaré rejeter l’initiative marocaine comme base des négociations. Elle n’a pas non plus affirmé adopter intégralement la position algérienne. Son objection portait principalement sur la méthode de préparation du projet américain, sur ce qu’elle considérait comme un déséquilibre dans les consultations et sur le risque qu’une modification du mandat anticipe le résultat du règlement.
Un autre élément du vote mérite toutefois d’être relevé : la Russie a présenté un texte alternatif, mais celui-ci n’a obtenu que trois voix.
Ce résultat impose de distinguer la capacité de Moscou à bloquer le projet américain par son veto de sa capacité à réunir une majorité autour de sa propre conception du maintien de la MINURSO. Le premier objectif a été atteint, le second non.
Les onze abstentions sur le projet russe ne signifient pas nécessairement que les pays concernés aient adopté toutes les dispositions américaines. Elles montrent cependant qu’ils n’ont pas accordé au texte russe le soutien nécessaire à son adoption.
La position chinoise apporte une autre nuance. Pékin s’est abstenu sur le projet américain, puis a voté en faveur du projet russe. Dans son explication de vote, son représentant a notamment évoqué l’insuffisance des consultations sur le texte américain et la nécessité de ne pas utiliser le mandat de la mission comme instrument de pression politique.
Ce comportement ne permet pas de placer automatiquement la Chine dans un camp russe, mais il montre ses réserves quant à la méthode américaine de restructuration de la mission.
La comparaison avec la résolution 1973 sur la Libye, adoptée en 2011, mérite également de la prudence.
La Russie s’était abstenue lors du vote autorisant des mesures de protection des civils en Libye. Elle a ensuite critiqué la manière dont l’intervention militaire avait été conduite, estimant que le mandat de l’ONU avait été dépassé.
Cette expérience peut faire partie des éléments historiques qui expliquent la méfiance russe envers les textes susceptibles de donner aux puissances occidentales une large marge d’interprétation. Elle ne prouve cependant pas que le veto d’octobre 2026 constituait une revanche contre l’épisode libyen, ni que cette considération ait été le facteur déterminant du vote.
Les éléments les plus solides restent les objections russes officiellement formulées à l’encontre du texte américain.
L’Algérie dans l’équation : les relations avec Moscou n’expliquent pas à elles seules le vote
La question de savoir si le veto russe constituait un service rendu à l’Algérie figurait parmi les interrogations centrales de l’émission.
La réponse ne peut se limiter au constat que l’Algérie entretient avec la Russie des relations militaires, économiques et diplomatiques importantes.
Les relations entre États ne se traduisent pas nécessairement par un alignement automatique sur chaque dossier international, surtout lorsqu’il s’agit du Conseil de sécurité et des intérêts stratégiques des grandes puissances.
La position russe officiellement exprimée le 30 octobre était centrée sur le refus d’une solution imposée unilatéralement et sur la nécessité de prendre en considération la position du Front Polisario. Cette approche rejoint certains éléments de la position algérienne, qui refuse de voir l’initiative marocaine devenir le fondement des négociations, mais elle ne suffit pas à établir que Moscou a pris sa décision exclusivement pour servir Alger.
Il faut également rappeler que la Russie s’était abstenue lors du vote sur la résolution 2797, en octobre 2025, laquelle avait placé l’initiative marocaine d’autonomie au fondement des négociations.
Il est donc difficile de présenter le comportement russe comme un rejet systématique de toute formule donnant une place centrale à l’initiative marocaine. Ce qui a changé en 2026, c’est le texte soumis au vote, la manière de restructurer la mission et les garanties politiques que Moscou estimait insuffisantes.
De son côté, Washington n’aborde pas le Maroc et l’Algérie sous un angle unique. Le Maroc est un partenaire stratégique dans les domaines de la sécurité, de la défense et de la coopération régionale. L’Algérie demeure un acteur important dans les équilibres énergétiques, sécuritaires et diplomatiques du Sahel et de l’Afrique du Nord.
Mais évoquer une volonté américaine de ménager les deux pays ne doit pas conduire à conclure, sans éléments supplémentaires, que Washington serait disposé à abandonner le cadre qu’il a soutenu au Conseil de sécurité.
Ce qui est établi, c’est que les États-Unis ont présenté un projet visant à restructurer la mission autour de l’initiative marocaine et que ce projet a recueilli onze voix avant d’être bloqué par le veto russe.
Les considérations plus larges de Washington à l’égard de Rabat et d’Alger relèvent de l’analyse géopolitique. Elles ne peuvent être déduites directement du résultat du vote.
La position marocaine : le communiqué du Cabinet royal va au-delà du non-renouvellement du mandat
Après l’échec des deux projets, le Cabinet royal a publié, le 30 octobre 2026, un communiqué considérant l’absence de renouvellement du mandat de la MINURSO comme une évolution importante et une étape vers la clôture définitive du dossier du Sahara marocain aux Nations Unies.
Le communiqué ne s’est pas limité à saluer l’absence de prorogation. Il a inscrit cette évolution dans une orientation politique plus large, visant à passer de la gestion du différend à la modification des paramètres de son traitement international.
Il a également considéré que la présence de la mission dans les provinces du Sud du Royaume, y compris ses personnels, ses véhicules, ses équipements et ses symboles, devait prendre fin dans les jours suivants.
Plus significatif encore, le communiqué a abordé une dimension institutionnelle plus large en appelant à mettre fin à l’examen périodique du dossier par le Conseil de sécurité, ainsi qu’aux rapports périodiques du Secrétaire général et aux briefings de son Envoyé personnel. Il a également évoqué des démarches similaires au sein d’autres instances onusiennes.
Dans le même temps, le communiqué a réaffirmé l’engagement du Maroc en faveur du cessez-le-feu, de la préservation de sa sécurité nationale et de son intégrité territoriale, ainsi que de la poursuite de son action diplomatique aux niveaux bilatéral et régional.
Cette lecture officielle marocaine doit être présentée dans toute son ampleur, et non réduite à la seule information de l’expiration du mandat.
Sur le plan institutionnel, il reste toutefois indispensable de distinguer l’orientation politique annoncée par le Cabinet royal de ce que le Conseil de sécurité a effectivement décidé.
Le Conseil n’a adopté aucune résolution retirant le dossier du Sahara de son ordre du jour. Il n’a pas non plus adopté de décision supprimant les rapports des Nations Unies ou mettant fin aux fonctions de l’Envoyé personnel du Secrétaire général.
Le fait établi est l’absence d’adoption des deux projets de prorogation et, par conséquent, l’expiration du mandat fixé par la résolution 2797 au 31 octobre.
Cette distinction ne diminue pas la portée de l’évolution pour le Maroc. Elle permet de mieux comprendre ce qui a été décidé et ce qui reste à accomplir sur le plan institutionnel.
Le Royaume a annoncé une orientation politique qui dépasse la continuité de l’ancien dispositif. Sa traduction en réalité institutionnelle au sein des Nations Unies suppose toutefois de nouvelles évolutions et, le cas échéant, des décisions supplémentaires.
Que disent les autres institutions des Nations Unies ?
Un élément important n’a pas reçu toute l’attention qu’il méritait dans l’émission : la poursuite de l’examen de la question du Sahara occidental au sein de l’Assemblée générale des Nations Unies.
Le 15 octobre 2026, soit environ deux semaines avant le vote sur l’avenir de la MINURSO, la Quatrième Commission de l’Assemblée générale a adopté le projet de résolution A/C.4/81/L.4 par 152 voix pour, deux voix contre et sept abstentions.
Ce vote s’inscrivait dans les travaux de la commission chargée des questions politiques spéciales et de la décolonisation, au titre du point relatif à la décolonisation.
Cette évolution mérite d’être prise en compte lorsqu’on examine l’annonce du Cabinet royal concernant la fin de l’examen périodique du dossier par le Conseil de sécurité et les démarches envisagées au sein d’autres instances onusiennes.
L’Organisation des Nations Unies ne se réduit pas au Conseil de sécurité. Elle comprend également l’Assemblée générale, sa Quatrième Commission, le Comité spécial chargé d’étudier la situation en matière d’application de la Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux, ainsi que d’autres organes ayant leurs propres compétences et procédures.
La non-prorogation du mandat d’une mission de maintien de la paix n’entraîne donc pas automatiquement la disparition de toutes les voies institutionnelles onusiennes concernant le dossier.
Le vote de la Quatrième Commission montre que la question continuait d’être examinée au sein d’une autre instance des Nations Unies au moment même où le Conseil de sécurité ne parvenait pas à s’accorder sur le devenir de la MINURSO.
Pour le Maroc, la transformation du mécanisme de traitement du dossier au Conseil de sécurité ne dispense pas de poursuivre l’action diplomatique dans les différentes institutions internationales, de suivre les résolutions et recommandations adoptées et de maintenir une présence active dans les débats.
Cela ne signifie pas que le vote de la Quatrième Commission équivaut à une décision sur la souveraineté ou annule les évolutions intervenues au Conseil de sécurité. Chaque organe possède ses compétences et ses procédures. Mais cela montre que la perspective d’une clôture du dossier aux Nations Unies doit être précisée institution par institution.
La mission a perdu son mandat, mais qu’en est-il de la surveillance sur le terrain ?
Dans l’émission, le débat est passé des références politiques au sort des personnels des Nations Unies. La possibilité d’une prorogation technique a été évoquée comme un moyen d’éviter un vide.
Ce déplacement n’était pas secondaire. La mission exerçait des fonctions opérationnelles qui dépassaient la préparation du référendum, notamment la surveillance du cessez-le-feu et les communications relatives à la situation sécuritaire.
Lors de la réunion du Conseil de sécurité, la France a averti qu’une fermeture brutale de la mission serait particulièrement préoccupante dans un contexte de tensions persistantes. Le Royaume-Uni a également estimé que le veto russe risquait de compromettre la continuité du déploiement et de peser sur le processus politique.
Le représentant américain Mike Waltz a, pour sa part, indiqué que Washington était disposé à travailler avec les Nations Unies afin d’assurer une réduction ordonnée et stable de la présence onusienne, en protégeant les personnels et en tenant compte des besoins sécuritaires et humanitaires.
Des informations publiées par la presse marocaine ont également fait état de consignes adressées aux personnels de la mission leur demandant de rester à leur domicile et de suspendre l’utilisation des véhicules officiels, sur la base d’une communication interne consultée par le média Hespress. Cette information doit toutefois rester attribuée à sa source journalistique et ne peut être présentée comme une annonce officielle des Nations Unies confirmant l’achèvement du retrait.
La distinction entre expiration du mandat et retrait physique de la mission est essentielle.
La fin du mandat met un terme à la base juridique qui permettait à la mission d’exercer ses fonctions en vertu de la résolution précédente. Le retrait des personnels et des équipements, la fermeture des bureaux et l’organisation des responsabilités logistiques et sécuritaires constituent des opérations distinctes qui nécessitent des dispositions pratiques.
À la date de préparation de cette analyse, les informations officielles accessibles ne permettent pas d’établir l’existence d’un calendrier onusien détaillé et définitif de retrait complet.
Par ailleurs, la disparition de l’ancien mécanisme de surveillance ne signifie pas automatiquement qu’un affrontement militaire va se produire. Elle soulève néanmoins une question opérationnelle : quelle instance pourra vérifier les incidents sur le terrain, comment les informations seront-elles échangées et quels mécanismes pourront prévenir les erreurs d’appréciation ?
Cette question ne doit pas servir à amplifier artificiellement les risques, mais elle mérite un suivi attentif. La stabilité sur le terrain relève des intérêts nationaux du Royaume autant que de la responsabilité internationale en matière de prévention des tensions.
Le Polisario et l’Algérie : le rejet du projet américain ne met pas fin au différend
Le 31 octobre, le Front Polisario a publié une déclaration sur la réunion du Conseil de sécurité. Il a présenté l’absence d’adoption du projet américain comme un résultat favorable à sa position et a réaffirmé son attachement au processus des Nations Unies ainsi qu’à ce qu’il qualifie de droit à l’autodétermination et à l’indépendance.
Il a également critiqué le projet américain, qu’il a considéré comme le reflet des positions américaine et marocaine.
Cette réaction montre que l’échec du projet américain n’a pas mis fin au désaccord politique sur la nature du règlement. Les parties restent confrontées à des références et à des objectifs différents.
Pour le Maroc, ces positions ne remettent pas en cause l’importance de la résolution 2797 ni la place acquise par l’initiative d’autonomie dans les délibérations internationales.
Il serait néanmoins imprudent de supposer que l’absence de nouvelle résolution sur la MINURSO conduira automatiquement les autres parties à accepter le cadre défendu par Rabat.
L’action diplomatique ne s’arrête pas au moment du vote. Elle doit désormais transformer les évolutions observées dans les positions internationales en négociations et en résultats susceptibles d’être mis en œuvre.
Ce que révèle la confrontation entre l’analyse de TV5MONDE et les documents internationaux
En revenant sur l’intervention de Djilali Ben Shaban, trois éléments méritent d’être examinés.
Le premier concerne son interprétation du veto russe comme une manifestation de la volonté de Moscou de ne pas être marginalisée dans la recomposition de l’ordre international. Cette lecture trouve des éléments d’appui dans les déclarations russes, qui ont explicitement contesté la formulation américaine et l’insuffisance des consultations. Elle ne démontre toutefois pas que les considérations géopolitiques générales aient constitué l’unique motivation du veto.
Le deuxième concerne l’idée que la position russe traduit davantage une convergence circonstancielle avec les préoccupations algériennes qu’un alignement complet sur Alger. Cette interprétation peut être examinée à la lumière des votes de 2025 et de 2026, mais elle demeure une lecture politique et ne doit pas être présentée comme une information officielle sur la nature des accords russo-algériens.
Le troisième élément est la reconnaissance des raisons dont dispose le Maroc pour considérer cette évolution comme importante, accompagnée d’une mise en garde contre une interprétation excessive des résultats. Cette distinction est essentielle entre acquis politique et résultat juridique, entre soutien à un projet de résolution et adoption effective de celui-ci.
La discussion aurait toutefois gagné à accorder davantage de place à la revue stratégique S/2026/811, au contenu de la résolution 2797 et au vote de la Quatrième Commission du 15 octobre.
Ces trois éléments permettent de comprendre les événements comme une transition entre plusieurs processus institutionnels qui se croisent, plutôt que comme une simple confrontation entre Moscou et Washington autour de la lettre R.
La question finale de la présentatrice sur l’avenir du Sahara dans un an — nouvelle mission, vide onusien ou risque de reprise des tensions — aurait également pu être prolongée par une interrogation plus concrète : quelle solution de remplacement pourrait garantir la surveillance et la stabilité si le Conseil de sécurité ne parvient plus à s’entendre sur le renouvellement de la mission ?
L’avenir du dossier ne dépend pas uniquement du sort de la MINURSO. Il dépend également de la capacité de la diplomatie à produire un cadre de négociation qui dépasse la gestion permanente de la crise sans perspective politique.
Que doit suivre la diplomatie marocaine après le 30 octobre ?
La prochaine étape impose de suivre trois voies parallèles.
Première voie : consolider la référence politique marocaine.
La résolution 2797 de 2025 demeure la dernière résolution adoptée concernant le mandat de la MINURSO. Elle a placé l’initiative marocaine d’autonomie au fondement des négociations.
La non-prorogation du mandat n’annule pas la résolution précédente et n’efface pas les orientations politiques qu’elle contient. La priorité reste donc de préserver cet acquis et de poursuivre les efforts pour que l’initiative marocaine devienne un cadre opérationnel de négociation, et non une simple formule bénéficiant de soutiens dans les déclarations internationales.
Deuxième voie : poursuivre l’action dans les différentes institutions des Nations Unies.
Les évolutions au Conseil de sécurité ne signifient pas la disparition de tous les processus au sein de l’ONU. Le vote de la Quatrième Commission montre que le dossier reste présent dans d’autres instances.
Toute démarche marocaine visant à réorganiser les relations avec les institutions onusiennes doit donc s’appuyer sur une analyse juridique et institutionnelle précise, distinguant ce qui peut être modifié de ce qui nécessite de nouvelles décisions et de ce qui relève toujours des compétences d’autres organes.
Troisième voie : gérer l’après-MINURSO.
L’expiration du mandat oblige à traiter les questions liées à la surveillance sur le terrain, à la présence internationale, à la sécurité des personnels, aux mécanismes de communication et à la prévention des tensions.
La position marocaine réaffirmant son engagement en faveur du cessez-le-feu constitue une base claire pour gérer cette période. Les dispositions pratiques nécessitent néanmoins un suivi et une coordination avec les Nations Unies.
Au terme de l’émission, le début d’une nouvelle épreuve diplomatique
Le débat de JOURNAL AFRICA sur TV5MONDE montre que le dossier du Sahara marocain est entré dans une phase où trois dimensions se croisent : l’évolution du cadre politique des négociations, la compétition entre les grandes puissances pour définir les références onusiennes et l’avenir des mécanismes chargés de gérer la présence internationale sur le terrain.
Le veto russe a empêché l’adoption du projet américain, mais le projet russe n’a pas davantage obtenu les voix nécessaires. La MINURSO est ainsi entrée dans le 1er novembre sans mandat renouvelé, tandis que la résolution 2797 demeure la dernière référence adoptée concernant son avenir et le processus de négociation.
Pour le Maroc, l’évolution saluée par le Cabinet royal prend son importance dans le prolongement du changement de langage du Conseil de sécurité à l’égard de l’initiative marocaine d’autonomie. Elle ne tient pas uniquement à l’expiration du mandat d’une mission créée en 1991.
La prochaine période permettra de mesurer la capacité des différentes parties à s’adapter à cette nouvelle situation et la volonté des grandes puissances de parvenir à une formule dépassant le blocage observé lors du dernier vote.
Ce que la presse marocaine doit suivre ne se limite pas au nombre de pays soutenant l’initiative marocaine. Il faut également examiner ce que ces pays déclarent au sein des institutions internationales, la manière dont ils votent, les formulations qu’ils acceptent dans les textes officiels et celles auxquelles ils s’opposent, ainsi que la capacité de leurs positions politiques à se transformer en dispositions de négociation et en résultats juridiques.
Le Royaume a accumulé ces dernières années des acquis diplomatiques qui doivent être préservés et développés. Le véritable enjeu est désormais de passer de la consolidation de l’initiative marocaine comme base des négociations à la construction des conditions d’un règlement préservant les intérêts supérieurs du Royaume et son intégrité territoriale.


