Il semble que le Conseil de sécurité des Nations unies, sur le point de voter le projet de résolution modifié concernant le dossier du Sahara marocain, ouvre la voie à un tournant qualitatif dans la manière dont la communauté internationale aborde ce conflit régional ancien. Le projet de résolution, dont une version a fuité, fait clairement référence à « l’autonomie sous souveraineté marocaine comme cadre de négociation », et ne se limite pas à un langage diplomatique neutre : il introduit une nuance qui fait de ce concept la solution la plus viable.
Cette nouvelle formulation n’apparaît pas par hasard. Elle reflète des décennies d’efforts politiques et diplomatiques marocains. Depuis que le Maroc a présenté sa proposition d’autonomie le 11 avril 2007, sous l’égide du Roi Mohammed VI, Rabat a adopté une approche réaliste plutôt que rhétorique, fondée sur le principe d’une solution pratique, durable et digne, garantissant la sécurité et le bien-être des populations locales tout en préservant l’unité territoriale. Aujourd’hui, cette approche semble progressivement s’imposer parmi les membres du Conseil de sécurité, y compris ceux qui préféraient jusque-là une formulation vague.
Mais la question qui se pose est la suivante : assistons-nous à un véritable tournant de la position onusienne, ou à une simple adaptation linguistique en fonction des équilibres du moment ?
L’insertion explicite de l’expression « l’autonomie réelle sous souveraineté marocaine » dans le texte représente une première. Elle relie pour la première fois la notion de solution équitable à celle de souveraineté nationale, donnant au Maroc un avantage diplomatique stratégique et déstabilisant le discours séparatiste qui misait sur l’ambiguïté.
Par ailleurs, le prolongement du mandat de la MINURSO jusqu’en octobre 2026, combiné à l’appel des parties à engager des négociations directes sans conditions préalables, traduit la volonté de l’ONU de passer de la gestion du conflit à la recherche sérieuse d’un règlement définitif. La communauté internationale semble désormais consciente que maintenir le statu quo n’est plus une option, et que le contexte régional — y compris les évolutions en Algérie et dans la zone du Sahel — impose une approche réaliste.
La formulation liant le droit à l’autodétermination des populations sahraouies au cadre de l’autonomie est particulièrement ingénieuse : elle garantit que le choix démocratique des populations s’exerce à l’intérieur du cadre marocain, et non en dehors.
Une question profonde s’impose donc au lecteur attentif :
Le Maroc a-t-il remporté une victoire diplomatique, ou la communauté internationale commence-t-elle simplement à s’accommoder de la logique géopolitique et de la réalité sur le terrain ?
Le positionnement de plusieurs pays — de Washington à Madrid, de Berlin à La Haye — n’est pas un simple geste de courtoisie diplomatique : il reflète la reconnaissance que le Maroc est le seul acteur capable d’assurer la stabilité régionale dans une zone marquée par l’instabilité sécuritaire et idéologique. Ainsi, la proposition d’autonomie n’est plus seulement une initiative marocaine, mais devient un instrument international de reconstruction de la sécurité en Méditerranée occidentale et au Sahel.
En définitive, si le Conseil de sécurité semble désormais placer l’autonomie sous souveraineté marocaine au centre du règlement, la prochaine phase exigera de Rabat une gestion habile des négociations, sachant que les victoires diplomatiques se construisent autant sur le texte que sur la capacité à transformer la reconnaissance politique en réalité économique et développementale dans le sud du pays.
La question reste ouverte :
Sommes-nous à l’aube d’un tournant historique pour le Sahara, ou simplement face à une étape supplémentaire dans le jeu des équilibres au Conseil de sécurité ?
Ce qui est certain, c’est que le temps joue en faveur de la proposition marocaine, et que l’ONU, malgré sa lenteur légendaire, commence à percevoir que la réalité marocaine n’est pas seulement une position politique, mais un projet de stabilité régionale dépassant les frontières du Sahara.


