Lors d’une rencontre ouverte avec le public et les passionnés de cinéma, le réalisateur marocain Khammari a présenté sa dernière œuvre, Casablanca Negra, en insistant sur le fait qu’aucune « malédiction » ne plane sur son film. Selon lui, il s’agit avant tout d’une œuvre sincère, reflétant sa vision artistique, et d’une invitation au public marocain à expérimenter le cinéma librement, sans barrières ou préjugés.
Khammari a d’abord souligné l’importance des festivals nationaux et internationaux, comme les Miarats de Marrakech et de Tanger, qui permettent un échange culturel et artistique. Ces festivals ne servent pas seulement l’industrie cinématographique, mais offrent aussi une fenêtre sur le Maroc authentique, loin des clichés et des images folkloriques répétitives.
« Ces rencontres nous donnent l’opportunité de montrer nos histoires, notre histoire et notre identité riche, tout en engageant un dialogue humain autour de la liberté, de la vie et du rêve » a-t-il expliqué.
Le réalisateur a également évoqué l’expérience humaine et artistique derrière le film, tourné dans la forêt des montagnes d’Azrou, où l’équipe a dû faire face à de nombreux défis naturels : orages, pluies, animaux sauvages. Ces obstacles, loin d’être des freins, ont enrichi le tournage et permis de filmer la nature autrement, tout en portant un récit profondément humain centré sur la réconciliation de l’individu avec lui-même.
Dans Casablanca Negra, Khammari aborde une problématique sociale majeure : la cohabitation avec l’« autre », notamment les migrants africains traversant le Maroc à la recherche d’une vie meilleure. Il insiste :
« Le film ne parle pas uniquement du Maroc ou de l’Afrique, mais de l’humanité et des problèmes humains universels. »
Concernant le casting, Khammari défend un équilibre entre jeunes talents et acteurs expérimentés. Pour lui, l’art est un échange permanent, où chacun apprend de l’autre :
« Le cinéma est un dialogue avec le spectateur. On donne, on reçoit, et on crée une expérience qui touche l’émotionnel et l’intellectuel. »
Il a ensuite abordé les défis de la production cinématographique marocaine, en dénonçant une dépendance parfois excessive aux partenariats étrangers, qui peuvent imposer leur vision au scénario ou à la direction artistique :
« Le producteur et le réalisateur marocains doivent garder la main sur le scénario et le contenu, sans que l’étranger impose sa vision ou change l’identité de l’histoire. »
Sur la réception du film, Khammari a insisté sur l’intelligence du public marocain, capable de comprendre des messages profonds même si certaines scènes peuvent sembler fortes ou provocantes :
« Ma mission en tant que réalisateur est de raconter une histoire vraie, sincère, qui reflète la société et ouvre un dialogue. Le cinéma n’est pas seulement divertissement, il documente la société. »
Pour conclure, Khammari a lancé un appel au public et aux artistes : regarder le cinéma marocain, lire la littérature locale, découvrir la création nationale loin des clichés folkloriques artificiels. Il a rappelé que toute œuvre artistique doit naître de la sincérité personnelle, et que le véritable succès se mesure non pas aux récompenses ou à la reconnaissance internationale, mais à la capacité du film à toucher le spectateur et à susciter le débat dans la société.
« Casablanca Negra n’est pas une malédiction, c’est un film qui ouvre le dialogue sur la liberté d’expression, le rêve et l’humanité. Le réalisateur, le producteur et le public font tous partie de ce dialogue. »


