{"id":2799,"date":"2026-08-11T10:39:46","date_gmt":"2026-08-11T10:39:46","guid":{"rendered":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/?p=2799"},"modified":"2026-08-11T14:41:31","modified_gmt":"2026-08-11T14:41:31","slug":"feijoo-place-rabat-au-debut-du-chemin-vers-la-moncloa-le-maroc-comme-partenaire-strategique-et-arme-dans-le-duel-contre-sanchez","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/feijoo-place-rabat-au-debut-du-chemin-vers-la-moncloa-le-maroc-comme-partenaire-strategique-et-arme-dans-le-duel-contre-sanchez\/","title":{"rendered":"Feij\u00f3o place Rabat au d\u00e9but du chemin vers la Moncloa : le Maroc comme partenaire strat\u00e9gique et arme dans le duel contre S\u00e1nchez"},"content":{"rendered":"<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Lorsqu\u2019Alberto N\u00fa\u00f1ez Feij\u00f3o, chef du Parti populaire espagnol, affirme que le Maroc sera le premier pays qu\u2019il visitera s\u2019il acc\u00e8de \u00e0 la pr\u00e9sidence du gouvernement, il ne d\u00e9signe pas seulement une destination diplomatique potentielle. Il d\u00e9finit d\u00e9j\u00e0 la place qu\u2019il entend donner \u00e0 Rabat dans sa conception des relations ext\u00e9rieures espagnoles. Et dans le m\u00eame mouvement o\u00f9 il annonce que son premier d\u00e9placement serait au Maroc, il adresse \u00e0 Pedro S\u00e1nchez l\u2019une des attaques les plus s\u00e9v\u00e8res de son discours politique, l\u2019accusant de \u00ab se comporter davantage comme un sujet du Maroc que comme le pr\u00e9sident du gouvernement espagnol \u00bb. Les deux positions ne sont pourtant pas contradictoires. Le c\u0153ur du message de Feij\u00f3o est ailleurs : le probl\u00e8me, selon lui, ne r\u00e9side pas dans l\u2019importance de la relation avec le Maroc, mais dans la mani\u00e8re dont S\u00e1nchez la g\u00e8re.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Le choix du Maroc comme premi\u00e8re destination prend \u00e9galement une dimension historique et politique. La visite \u00e0 Rabat a longtemps constitu\u00e9 une forme de tradition diplomatique non \u00e9crite pour plusieurs chefs de gouvernement espagnols, de Felipe Gonz\u00e1lez \u00e0 Jos\u00e9 Mar\u00eda Aznar, Jos\u00e9 Luis Rodr\u00edguez Zapatero et Mariano Rajoy, avant que S\u00e1nchez ne choisisse Paris, en juin 2018, pour son premier d\u00e9placement bilat\u00e9ral avec Emmanuel Macron. Quelques mois plus tard, en novembre de la m\u00eame ann\u00e9e, S\u00e1nchez effectuait sa premi\u00e8re visite officielle au Maroc, o\u00f9 il pr\u00e9sentait les relations entre les deux pays comme un partenariat strat\u00e9gique fond\u00e9 sur des d\u00e9fis communs. Feij\u00f3o ne se contente donc pas de ressusciter un protocole diplomatique : il utilise ce symbole pour adresser un message politique tr\u00e8s pr\u00e9cis, selon lequel un gouvernement du Parti populaire, s\u2019il arrivait au pouvoir, r\u00e9ordonnerait ses priorit\u00e9s d\u00e8s le premier jour.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Mais la port\u00e9e politique de cette d\u00e9claration ne r\u00e9side pas uniquement dans le choix de Rabat. Elle tient surtout \u00e0 la mani\u00e8re dont Feij\u00f3o inscrit ce choix dans son affrontement avec S\u00e1nchez. Il veut dire \u00e0 l\u2019\u00e9lecteur espagnol qu\u2019il est possible de maintenir une relation \u00e9troite avec le Maroc sans, selon lui, renoncer \u00e0 la position de n\u00e9gociation de l\u2019Espagne. C\u2019est pourquoi il associe dans la m\u00eame s\u00e9quence l\u2019id\u00e9e d\u2019une relation \u00ab fluide et respectueuse \u00bb \u00e0 l\u2019exigence que Rabat respecte l\u2019Espagne, en pr\u00e9sentant la r\u00e9ciprocit\u00e9 comme la r\u00e8gle sur laquelle il entend construire cette relation. Le d\u00e9bat se d\u00e9place alors d\u2019une question simple \u2014 faut-il ou non \u00eatre proche du Maroc ? \u2014 vers une interrogation plus sensible : qui dispose du rapport de force au sein de cette relation ? C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce terrain que Feij\u00f3o cherche \u00e0 s\u2019installer politiquement.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019accusation selon laquelle S\u00e1nchez serait devenu \u00ab un sujet du Maroc \u00bb n\u2019est donc pas une simple critique diplomatique. C\u2019est un instrument destin\u00e9 \u00e0 red\u00e9finir le conflit politique espagnol. Feij\u00f3o ne peut pas raisonnablement b\u00e2tir une strat\u00e9gie \u00e9lectorale sur l\u2019id\u00e9e d\u2019une rupture avec Rabat, car les int\u00e9r\u00eats espagnols eux-m\u00eames font du Maroc un partenaire incontournable dans les domaines de la s\u00e9curit\u00e9, de l\u2019immigration, du commerce, de l\u2019\u00e9nergie et de la coop\u00e9ration r\u00e9gionale. Il choisit donc une formule politiquement plus exploitable : le Maroc est important, mais S\u00e1nchez aurait, selon lui, g\u00e9r\u00e9 cette importance d\u2019une mani\u00e8re qui aurait affaibli l\u2019Espagne. La relation bilat\u00e9rale devient ainsi une question de politique int\u00e9rieure, directement li\u00e9e \u00e0 l\u2019image du gouvernement et \u00e0 sa capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats nationaux.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Cette strat\u00e9gie prend une dimension suppl\u00e9mentaire parce que Feij\u00f3o s\u2019exprime dans le sillage de la crise migratoire \u00e0 Ceuta, qui a de nouveau plac\u00e9 la fronti\u00e8re m\u00e9ridionale de l\u2019Espagne au centre du d\u00e9bat politique. La pression migratoire exerc\u00e9e sur la ville \u00e0 la fin du mois de juillet a replac\u00e9 les capacit\u00e9s de contr\u00f4le de la fronti\u00e8re, l\u2019accueil des migrants et le r\u00f4le du gouvernement central au c\u0153ur de la confrontation entre majorit\u00e9 et opposition. Ceuta constitue pr\u00e9cis\u00e9ment le point o\u00f9 se rencontrent trois dossiers que le discours de Feij\u00f3o peut articuler : s\u00e9curit\u00e9, immigration et relations avec le Maroc.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Son insistance sur Ceuta d\u00e9passe donc la simple solidarit\u00e9 politique avec le pr\u00e9sident de son gouvernement autonome, Juan Vivas, avec lequel il affirme \u00eatre en contact quotidien. La ville lui offre un point de convergence entre plusieurs niveaux de la politique espagnole. La question devient alors la suivante : si la relation avec Rabat est r\u00e9ellement strat\u00e9gique, Madrid peut-elle d\u00e9montrer en m\u00eame temps que ce partenariat ne donne pas \u00e0 l\u2019autre partie une capacit\u00e9 d\u2019influence sur la s\u00e9curit\u00e9 des fronti\u00e8res espagnoles ? Feij\u00f3o n\u2019apporte pas, dans ses d\u00e9clarations, de r\u00e9ponse technique \u00e0 cette question. Mais il l\u2019utilise pour fragiliser l\u2019image de S\u00e1nchez comme dirigeant capable de ma\u00eetriser la relation avec le voisin du Sud.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Ce qui frappe surtout, c\u2019est que Feij\u00f3o ne pousse pas son attaque jusqu\u2019\u00e0 appeler \u00e0 une rupture. Il ne propose ni la fermeture du dialogue avec Rabat ni un retour \u00e0 une politique de confrontation permanente. Il affirme au contraire vouloir de bonnes relations avec le Maroc, mais sur la base de la confiance, du respect et d\u2019une attitude ferme lorsqu\u2019il s\u2019agit de d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats espagnols. Ce d\u00e9tail est essentiel, car il r\u00e9v\u00e8le que son discours ne vise pas la structure strat\u00e9gique de la relation maroco-espagnole, mais le rapport de force politique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cette relation. Une arriv\u00e9e du Parti populaire au pouvoir ne signifierait donc pas n\u00e9cessairement une remise en cause de la coop\u00e9ration avec Rabat ; elle pourrait plut\u00f4t signifier une tentative de red\u00e9finir ses conditions, son langage et ses instruments politiques.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">C\u2019est l\u00e0 que r\u00e9side l\u2019un des aspects les plus r\u00e9v\u00e9lateurs du discours de Feij\u00f3o : le Maroc appara\u00eet \u00e0 la fois comme un pays qu\u2019aucun gouvernement espagnol ne peut ignorer et comme un partenaire avec lequel il veut convaincre l\u2019\u00e9lecteur qu\u2019il est possible de traiter depuis une position plus ferme. Cette \u00e9quation r\u00e9v\u00e8le la transformation du Maroc dans les calculs politiques espagnols. Dans ce discours, il n\u2019est plus seulement le voisin m\u00e9ridional associ\u00e9 \u00e0 l\u2019immigration, au Sahara et \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9. Il devient aussi un \u00e9l\u00e9ment de mesure de la capacit\u00e9 d\u2019un gouvernement espagnol \u00e0 prot\u00e9ger ses int\u00e9r\u00eats tout en maintenant les partenariats dont il a besoin.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">S\u00e1nchez, de son c\u00f4t\u00e9, a rendu cette relation politiquement exploitable par l\u2019opposition pr\u00e9cis\u00e9ment parce que son gouvernement a construit ces derni\u00e8res ann\u00e9es un discours fond\u00e9 sur le caract\u00e8re strat\u00e9gique du partenariat avec le Maroc. Lors de sa premi\u00e8re visite officielle \u00e0 Rabat en novembre 2018, S\u00e1nchez avait pr\u00e9sent\u00e9 les deux pays comme des voisins, des amis et des partenaires strat\u00e9giques confront\u00e9s \u00e0 des d\u00e9fis communs. Depuis, la relation s\u2019est approfondie dans plusieurs domaines, ce qui signifie que toute tension autour de l\u2019immigration ou des fronti\u00e8res peut rapidement se transformer en d\u00e9bat sur le prix politique de ce partenariat.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Feij\u00f3o cherche d\u00e9sormais \u00e0 inverser cette \u00e9quation. Il veut conserver ce que personne \u00e0 Madrid ne peut r\u00e9ellement abandonner \u2014 la coop\u00e9ration avec Rabat \u2014 tout en s\u2019attribuant une autre mani\u00e8re de la g\u00e9rer. De ce point de vue, sa phrase selon laquelle \u00ab je me rendrai d\u2019abord au Maroc \u00bb constitue un message adress\u00e9 autant \u00e0 Rabat qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9lectorat espagnol. \u00c0 Rabat, il signifie que le gouvernement du Parti populaire ne commencerait pas par la rupture, mais par le contact direct. \u00c0 l\u2019\u00e9lecteur espagnol, il signifie que le contact direct ne serait pas synonyme, selon lui, de soumission.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Cela explique \u00e9galement pourquoi Feij\u00f3o insiste sur deux notions qui peuvent sembler contradictoires dans un discours \u00e9lectoral : le respect et la fermet\u00e9. Le respect est n\u00e9cessaire parce que le Maroc est un partenaire dont l\u2019Espagne ne peut se passer dans la gestion de plusieurs dossiers m\u00e9ridionaux. La fermet\u00e9 est n\u00e9cessaire parce que Feij\u00f3o doit neutraliser l\u2019argument que la droite espagnole peut exploiter avec le plus de facilit\u00e9 : toute souplesse envers Rabat \u00e9quivaudrait \u00e0 une faiblesse dans la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats espagnols. Le chef du Parti populaire cherche ainsi \u00e0 occuper une position interm\u00e9diaire entre le discours de coop\u00e9ration incarn\u00e9 par S\u00e1nchez et une ligne de confrontation plus dure que pourrait pousser l\u2019aile nationaliste de la droite.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Mais l\u2019enjeu v\u00e9ritable d\u00e9passe probablement Ceuta. \u00c0 mesure que les \u00e9lections espagnoles approchent, la relation avec le Maroc devient une composante d\u2019un affrontement plus large sur la d\u00e9finition m\u00eame de \u00ab l\u2019int\u00e9r\u00eat national \u00bb. Prot\u00e9ger les int\u00e9r\u00eats espagnols signifie-t-il pr\u00e9server autant que possible la coop\u00e9ration avec Rabat, ou accro\u00eetre la pression sur le Maroc dans les dossiers des fronti\u00e8res et de l\u2019immigration ? Et Madrid peut-elle utiliser sa relation avec Rabat pour prot\u00e9ger sa s\u00e9curit\u00e9 sans donner \u00e0 ses propres \u00e9lecteurs l\u2019impression qu\u2019elle d\u00e9pend d\u2019un autre \u00c9tat pour g\u00e9rer une partie de cette s\u00e9curit\u00e9 ? Feij\u00f3o tente de se pr\u00e9senter comme celui qui apporterait la seconde r\u00e9ponse : coop\u00e9ration \u00e9tendue, mais depuis une position de force.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Le paradoxe est que la crise dont Feij\u00f3o tire aujourd\u2019hui un b\u00e9n\u00e9fice politique peut, en m\u00eame temps, d\u00e9montrer \u00e0 quel point l\u2019Espagne a besoin du Maroc. Plus la pression augmente \u00e0 Ceuta, plus il appara\u00eet que la fronti\u00e8re m\u00e9ridionale n\u2019est pas exclusivement une question int\u00e9rieure espagnole, mais un dossier o\u00f9 se croisent s\u00e9curit\u00e9, immigration, g\u00e9ographie et politique \u00e9trang\u00e8re. Tout gouvernement install\u00e9 \u00e0 Madrid sera donc contraint de dialoguer avec Rabat, y compris dans les p\u00e9riodes de tension maximale. Cette r\u00e9alit\u00e9 emp\u00eache le discours de Feij\u00f3o de devenir un programme de rupture et l\u2019oblige \u00e0 se pr\u00e9senter comme celui qui saurait g\u00e9rer cette interd\u00e9pendance d\u2019une mani\u00e8re diff\u00e9rente.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pourquoi l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus significatif des d\u00e9clarations de Feij\u00f3o n\u2019est peut-\u00eatre pas l\u2019accusation port\u00e9e contre S\u00e1nchez, mais l\u2019encha\u00eenement qui l\u2019encadre. Avant d\u2019attaquer le pr\u00e9sident du gouvernement, il affirme que son premier d\u00e9placement serait au Maroc ; apr\u00e8s l\u2019attaque, il r\u00e9affirme qu\u2019il souhaite de bonnes relations avec Rabat. Toute sa construction repose donc sur une s\u00e9paration entre \u00ab le Maroc \u00bb et \u00ab S\u00e1nchez \u00bb : le Maroc est un partenaire indispensable, tandis que S\u00e1nchez serait, selon le r\u00e9cit de l\u2019opposition, celui qui aurait mal g\u00e9r\u00e9 ce partenariat. Cette distinction donne \u00e0 son discours sa principale force \u00e9lectorale, puisqu\u2019elle lui permet d\u2019attaquer le gouvernement sans se pr\u00e9senter comme l\u2019adversaire du Maroc.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Rabat, pour sa part, n\u2019a aucune raison de consid\u00e9rer ces d\u00e9clarations comme l\u2019annonce anticip\u00e9e d\u2019une nouvelle politique \u00e9trang\u00e8re espagnole. Feij\u00f3o parle aujourd\u2019hui comme chef de l\u2019opposition et pr\u00e9sident du parti qui aspire \u00e0 entrer \u00e0 la Moncloa, non comme chef du gouvernement. Mais l\u2019importance de ses propos tient au fait qu\u2019ils r\u00e9v\u00e8lent d\u00e9j\u00e0 le langage qui pourrait encadrer la relation si le Parti populaire arrivait au pouvoir : le Maroc serait au premier rang des d\u00e9placements, mais \u00e9galement au premier rang des calculs politiques. La proximit\u00e9 avec Rabat pourrait donc se poursuivre, tandis que la mani\u00e8re dont Madrid utiliserait cette proximit\u00e9 dans sa politique int\u00e9rieure pourrait changer.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Au fond, la bataille de Feij\u00f3o contre S\u00e1nchez autour du Maroc n\u2019oppose donc pas simplement ceux qui veulent le Maroc \u00e0 ceux qui n\u2019en veulent pas, ni ceux qui d\u00e9fendent l\u2019ouverture \u00e0 ceux qui pr\u00f4nent la rupture. Il s\u2019agit d\u2019une bataille sur la d\u00e9finition m\u00eame de la relation : doit-elle \u00eatre un partenariat strat\u00e9gique n\u00e9cessitant un haut degr\u00e9 de confiance r\u00e9ciproque, ou une relation d\u2019int\u00e9r\u00eats qui doit rester soumise \u00e0 une pression permanente afin que le partenariat ne se transforme jamais en d\u00e9pendance ? Feij\u00f3o choisit clairement la seconde approche, tout en comprenant que le premier d\u00e9placement depuis la Moncloa vers Rabat restera n\u00e9cessaire s\u2019il veut gouverner l\u2019Espagne en coh\u00e9rence avec ses int\u00e9r\u00eats r\u00e9els.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, la formule \u00ab mon premier d\u00e9placement sera au Maroc \u00bb cesse d\u2019\u00eatre une simple promesse protocolaire pour devenir une d\u00e9claration politique beaucoup plus complexe. Feij\u00f3o dit \u00e0 l\u2019\u00e9lecteur espagnol qu\u2019il ne fuira pas Rabat, mais qu\u2019il ne s\u2019y rendra pas non plus, selon sa propre mise en sc\u00e8ne, depuis une position de faiblesse comparable \u00e0 celle qu\u2019il attribue \u00e0 S\u00e1nchez. Entre ces deux affirmations se dessine une bataille politique qui d\u00e9passera Ceuta et l\u2019immigration pour atteindre une question plus profonde : qui saura g\u00e9rer la relation avec le Maroc sans perdre, dans le m\u00eame temps, l\u2019image d\u2019un \u00c9tat fort aupr\u00e8s de l\u2019opinion espagnole ? C\u2019est d\u00e9sormais ce test que Feij\u00f3o place devant S\u00e1nchez \u2014 et, peut-\u00eatre, devant lui-m\u00eame.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsqu\u2019Alberto N\u00fa\u00f1ez Feij\u00f3o, chef du Parti populaire espagnol, affirme que le Maroc sera le premier pays qu\u2019il visitera s\u2019il acc\u00e8de \u00e0 la pr\u00e9sidence du gouvernement, il ne d\u00e9signe pas seulement une destination diplomatique potentielle. Il d\u00e9finit d\u00e9j\u00e0 la place qu\u2019il entend donner \u00e0 Rabat dans sa conception des relations ext\u00e9rieures espagnoles. 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