{"id":2802,"date":"2026-08-11T17:26:53","date_gmt":"2026-08-11T17:26:53","guid":{"rendered":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/?p=2802"},"modified":"2026-08-11T19:40:43","modified_gmt":"2026-08-11T19:40:43","slug":"wahbi-a-madrid-rendez-nous-nos-enfants-nous-defendons-nos-territoires-face-a-une-justice-espagnole-complexe-et-politisee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/wahbi-a-madrid-rendez-nous-nos-enfants-nous-defendons-nos-territoires-face-a-une-justice-espagnole-complexe-et-politisee\/","title":{"rendered":"Wahbi \u00e0 Madrid : \u00ab Rendez-nous nos enfants \u00bb\u2026 nous d\u00e9fendons nos territoires face \u00e0 une justice espagnole \u00ab complexe et politis\u00e9e \u00bb"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">La derni\u00e8re vague de passages massifs vers Ceuta n\u2019a pas laiss\u00e9 derri\u00e8re elle une simple crise frontali\u00e8re. Elle a remis au premier plan l\u2019un des dossiers les plus sensibles des relations maroco-espagnoles : celui des mineurs marocains non accompagn\u00e9s. Alors que la plupart des adultes entr\u00e9s dans la ville ont regagn\u00e9 le Maroc, les mineurs demeurent au c\u0153ur de l\u2019impasse, leur situation juridique \u00e9tant diff\u00e9rente et leur pr\u00e9sence \u00e0 Ceuta ne pouvant \u00eatre trait\u00e9e selon les m\u00eames proc\u00e9dures que celle des adultes. Les donn\u00e9es disponibles au lendemain de la crise font \u00e9tat du maintien d\u2019un nombre important de mineurs sous la responsabilit\u00e9 des autorit\u00e9s espagnoles, tandis que Rabat affirme \u00eatre dispos\u00e9 \u00e0 coop\u00e9rer pour identifier ceux qui sont marocains et organiser leur retour, conform\u00e9ment aux orientations royales donn\u00e9es aux minist\u00e8res de l\u2019Int\u00e9rieur et des Affaires \u00e9trang\u00e8res pour contribuer \u00e0 leur identification et \u00e0 leur rapatriement.<\/p>\n<div class=\"xb57i2i x1q594ok x5lxg6s x78zum5 xdt5ytf x6ikm8r x1ja2u2z x1pq812k x1rohswg xfk6m8 x1yqm8si xjx87ck xx8ngbg xwo3gff x1n2onr6 x1oyok0e x1odjw0f x1iyjqo2 xy5w88m\">\n<div class=\"x78zum5 xdt5ytf x1iyjqo2 x1n2onr6 xaci4zi x129vozr\">\n<div class=\"html-div xdj266r x14z9mp xat24cr x1lziwak xexx8yu xyri2b x18d9i69 x1c1uobl x78zum5 xdt5ytf x1iyjqo2 x7ywyr2\">\n<div class=\"x1n2onr6 x1ja2u2z x9f619 x78zum5 xdt5ytf x2lah0s x193iq5w xyamay9\">\n<div class=\"x9f619 x1n2onr6 x1ja2u2z x78zum5 xdt5ytf x1iyjqo2 x2lwn1j\">\n<div class=\"x9f619 x1n2onr6 x1ja2u2z x78zum5 xdt5ytf x2lah0s x193iq5w xf7dkkf xv54qhq x1k70j0n xzueoph xzboxd6 x14l7nz5\">\n<div class=\"x6s0dn4 xal61yo x1obq294 x5a5i1n xde0f50 x15x8krk x78zum5 xdt5ytf x6ikm8r x10wlt62 x1n2onr6 xh8yej3\"><iframe loading=\"lazy\" class=\"xl1xv1r\" src=\"https:\/\/www.facebook.com\/plugins\/video.php?height=476&amp;href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Freel%2F1534923387830326%2F&amp;show_text=false&amp;width=267&amp;t=0\" width=\"267\" height=\"476\" frameborder=\"0\" scrolling=\"no\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-mce-fragment=\"1\"><\/iframe><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Abdelatif Wahbi, ministre marocain de la Justice, n\u2019a pas pr\u00e9sent\u00e9 la question dans son entretien avec Deutsche Welle comme un simple diff\u00e9rend technique autour des proc\u00e9dures migratoires. Il l\u2019a d\u00e9plac\u00e9e vers un autre niveau : celui de la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat envers ses propres enfants. L\u2019angle change alors compl\u00e8tement. Le Maroc, selon le r\u00e9cit d\u00e9velopp\u00e9 par le ministre, ne demande pas \u00e0 l\u2019Espagne de se d\u00e9barrasser d\u2019une charge humaine devenue trop lourde pour Ceuta, et ne cherche pas davantage une issue administrative \u00e0 une crise provoqu\u00e9e par les passages massifs. Il affirme que les mineurs marocains dont l\u2019identit\u00e9 et la nationalit\u00e9 sont \u00e9tablies doivent retrouver leurs familles et leur pays, et que l\u2019\u00c9tat marocain est pr\u00eat \u00e0 assumer sa responsabilit\u00e9 \u00e0 leur \u00e9gard. C\u2019est dans ce cadre que sa formule selon laquelle \u00ab les mineurs ont des droits mais pas d\u2019obligations \u00bb prend toute sa port\u00e9e : elle vise \u00e0 sortir l\u2019enfant de la logique de responsabilit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 son passage de la fronti\u00e8re pour le replacer dans celle de la protection et de la prise en charge.<\/p>\n<div class=\"x9f619 x1n2onr6 x1ja2u2z x78zum5 xdt5ytf x2lah0s x193iq5w xf7dkkf xv54qhq x1k70j0n xzueoph xzboxd6 x14l7nz5\">\n<div class=\"x6s0dn4 xal61yo x1obq294 x5a5i1n xde0f50 x15x8krk x78zum5 xdt5ytf x6ikm8r x10wlt62 x1n2onr6 xh8yej3\"><iframe loading=\"lazy\" class=\"xl1xv1r\" src=\"https:\/\/www.facebook.com\/plugins\/video.php?height=314&amp;href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Freel%2F1029249676584689%2F&amp;show_text=false&amp;width=560&amp;t=0\" width=\"560\" height=\"314\" frameborder=\"0\" scrolling=\"no\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\" data-mce-fragment=\"1\"><\/iframe><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"x9f619 x1n2onr6 x1ja2u2z x78zum5 xdt5ytf x2lah0s x193iq5w xuk3077 xf7dkkf xv54qhq x1k70j0n xzueoph xzboxd6 x14l7nz5\"><\/div>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette distinction constitue la cl\u00e9 de vo\u00fbte du discours marocain. Rabat cherche \u00e0 emp\u00eacher que l\u2019acte commis par un mineur devienne le fondement d\u2019un maintien durable hors de son pays et \u00e9tablit une s\u00e9paration entre la responsabilit\u00e9 de l\u2019enfant dans son entr\u00e9e \u00e0 Ceuta et celle de l\u2019\u00c9tat et de la famille dans la construction de son avenir. La question devient alors, du point de vue marocain, non pas pourquoi le mineur est entr\u00e9, mais pourquoi il demeure \u00e9loign\u00e9 de sa famille une fois son identit\u00e9 et sa nationalit\u00e9 \u00e9tablies, et pourquoi son retour devient un processus interminable soumis \u00e0 une succession d\u2019autorisations administratives, de consid\u00e9rations judiciaires et de contraintes juridiques. Wahbi raisonne \u00e0 partir d\u2019un principe simple : un enfant n\u2019est pas un migrant adulte ayant librement choisi un projet individuel ; c\u2019est un mineur qui ne dispose pr\u00e9cis\u00e9ment pas de la pleine capacit\u00e9 juridique pour d\u00e9cider seul de son avenir.<\/p>\n<blockquote class=\"twitter-tweet\" data-width=\"550\" data-dnt=\"true\">\n<p lang=\"ar\" dir=\"rtl\">\u0648\u0632\u064a\u0631 \u0627\u0644\u0639\u062f\u0644 \u0627\u0644\u0645\u063a\u0631\u0628\u064a \u0639\u0628\u062f \u0627\u0644\u0644\u0637\u064a\u0641 \u0648\u0647\u0628\u064a: \u0646\u062a\u0645\u0633\u0643 \u0628\u0623\u0631\u0627\u0636\u064a\u0646\u0627 \u0648\u0646\u0631\u064a\u062f \u062d\u0644 \u0627\u0644\u0625\u0634\u0643\u0627\u0644 \u0645\u0639 \u0625\u0633\u0628\u0627\u0646\u064a\u0627 \u0628\u0627\u0644\u062d\u0648\u0627\u0631<br \/>\u0644\u0644\u0645\u0632\u064a\u062f \u0632\u0648\u0631\u0648\u0627 <a href=\"https:\/\/t.co\/tk5IBjauaM\">https:\/\/t.co\/tk5IBjauaM<\/a> <a href=\"https:\/\/t.co\/IPgJ9ngPU8\">pic.twitter.com\/IPgJ9ngPU8<\/a><\/p>\n<p>&mdash; NOW \u0627\u0644\u0634\u0631\u0642 (@AsharqNOW) <a href=\"https:\/\/x.com\/AsharqNOW\/status\/2087223917417050177?ref_src=twsrc%5Etfw\">August 11, 2026<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><script async src=\"https:\/\/platform.x.com\/widgets.js\" charset=\"utf-8\"><\/script><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La partie espagnole ne peut toutefois r\u00e9pondre \u00e0 cette revendication par une simple d\u00e9cision politique. C\u2019est ce qui rend le dossier beaucoup plus complexe que ne le laissent entendre les d\u00e9clarations politiques de part et d\u2019autre. Le droit espagnol impose un examen individualis\u00e9 de la situation de chaque mineur, et son retour ne devient pas automatique du seul fait que sa nationalit\u00e9 marocaine est \u00e9tablie. L\u2019accord maroco-espagnol de 2007 relatif \u00e0 la coop\u00e9ration dans le domaine de la pr\u00e9vention de l\u2019immigration irr\u00e9guli\u00e8re des mineurs, de leur protection et de leur retour concert\u00e9 vise effectivement \u00e0 faciliter leur retour aupr\u00e8s de leurs familles ou vers des structures de protection au Maroc, mais ce processus reste soumis au droit espagnol, au droit international et \u00e0 la Convention relative aux droits de l\u2019enfant. Le v\u00e9ritable n\u0153ud du probl\u00e8me n\u2019est donc pas l\u2019absence d\u2019un cadre de coop\u00e9ration, mais la mani\u00e8re dont celui-ci est appliqu\u00e9 sur le terrain, sans que la proc\u00e9dure juridique ne se transforme en m\u00e9canisme permettant de repousser ind\u00e9finiment le retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce niveau qu\u2019interviennent les accusations de Wahbi contre Madrid. Le ministre affirme que Rabat est confront\u00e9e \u00e0 des situations dans lesquelles les autorit\u00e9s espagnoles transmettent des dossiers concernant des mineurs pr\u00e9sent\u00e9s comme marocains, avant que les v\u00e9rifications effectu\u00e9es par les autorit\u00e9s marocaines ne r\u00e9v\u00e8lent que certains d\u2019entre eux ne poss\u00e8dent pas la nationalit\u00e9 marocaine. Le Maroc r\u00e9examine alors les dossiers et identifie ceux qui peuvent effectivement \u00eatre accueillis. Mais, selon Wahbi, c\u2019est \u00e0 ce stade que commencent les blocages, lorsque le processus avance puis recule au gr\u00e9 de consid\u00e9rations juridiques, judiciaires ou administratives. Dans la lecture politique qu\u2019il propose, Rabat ne voit donc pas seulement une accumulation de difficult\u00e9s techniques, mais un d\u00e9calage entre la volont\u00e9 politique affich\u00e9e de coop\u00e9rer et l\u2019appareil administratif et judiciaire qui d\u00e9tient, en dernier ressort, les moyens d\u2019ex\u00e9cuter la d\u00e9cision.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette question est d\u2019autant plus sensible que l\u2019Espagne porte encore le poids judiciaire de pr\u00e9c\u00e9dents r\u00e9cents. En janvier 2024, le Tribunal supr\u00eame espagnol a confirm\u00e9 que le renvoi de mineurs marocains de Ceuta vers le Maroc en ao\u00fbt 2021 avait \u00e9t\u00e9 ill\u00e9gal, les proc\u00e9dures individuelles requises et l\u2019\u00e9valuation de la situation de chaque mineur n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9es. En septembre 2025, une juridiction de Cadix a par ailleurs confirm\u00e9 la condamnation de deux anciennes responsables dans une affaire concernant le renvoi de 55 mineurs lors de cette m\u00eame crise. La prudence actuelle des institutions espagnoles ne peut donc \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 un simple pr\u00e9texte politique : elle est aussi li\u00e9e \u00e0 une exp\u00e9rience ant\u00e9rieure qui a d\u00e9bouch\u00e9 sur une mise en cause judiciaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Wahbi va cependant au-del\u00e0 de la seule question proc\u00e9durale. Il place la famille au centre du dossier et consid\u00e8re que la protection d\u2019un mineur ne devrait pas \u00eatre comprise comme son maintien durable loin de ses proches. C\u2019est ici qu\u2019appara\u00eet l\u2019une des diff\u00e9rences les plus profondes entre les deux approches. Madrid consid\u00e8re d\u2019abord le mineur non accompagn\u00e9 \u00e0 travers son statut juridique sur le territoire espagnol, tandis que Rabat tente de le red\u00e9finir \u00e0 partir de son appartenance familiale et nationale. Dans cette perspective, le retour aupr\u00e8s de la famille devient lui-m\u00eame une composante de la protection et non son contraire, \u00e0 condition que l\u2019identit\u00e9 du mineur soit \u00e9tablie et que son retour soit organis\u00e9 dans le respect des garanties juridiques n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette argumentation marocaine se heurte n\u00e9anmoins \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 espagnole particuli\u00e8rement sensible. Apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements de juillet, Ceuta s\u2019est retrouv\u00e9e confront\u00e9e \u00e0 une pression exceptionnelle sur son dispositif d\u2019accueil des mineurs, tandis que Madrid annon\u00e7ait des ressources suppl\u00e9mentaires et \u00e9voquait la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9partir une partie de cette charge entre d\u2019autres communaut\u00e9s autonomes. Les autorit\u00e9s locales de Ceuta ont, de leur c\u00f4t\u00e9, insist\u00e9 sur le caract\u00e8re devenu insoutenable de la situation et demand\u00e9 le retour des migrants au Maroc, alors que le gouvernement central rappelait que la prise en charge des mineurs devait rester soumise aux r\u00e8gles de protection de l\u2019enfance et \u00e0 l\u2019examen individuel des situations. Le probl\u00e8me n\u2019est donc pas seulement celui d\u2019une fronti\u00e8re sous pression : il touche directement aux capacit\u00e9s d\u2019un territoire \u00e0 absorber une situation dont la dimension humaine et juridique d\u00e9passe largement ses moyens locaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il faut comprendre la mani\u00e8re dont Wahbi maintient, malgr\u00e9 la fermet\u00e9 de ses accusations, une porte ouverte avec Madrid. Le ministre qualifie l\u2019Espagne de \u00ab pays ami \u00bb et affirme qu\u2019un ami, lorsqu\u2019il traverse une crise, doit aider son partenaire \u00e0 trouver une solution plut\u00f4t que de lui ajouter une difficult\u00e9. Cette formulation n\u2019est pas un simple geste diplomatique. Elle permet au Maroc de maintenir la pression sans transformer le dossier en affrontement bilat\u00e9ral ouvert. Le message adress\u00e9 \u00e0 Madrid est en r\u00e9alit\u00e9 plus pr\u00e9cis : Rabat ne demande pas \u00e0 l\u2019Espagne de renoncer \u00e0 son droit, mais de faire de son droit un instrument permettant de parvenir \u00e0 une solution plut\u00f4t qu\u2019un ensemble de proc\u00e9dures qui prolongent ind\u00e9finiment l\u2019attente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9f\u00e9rence de Wahbi \u00e0 la possibilit\u00e9 de recourir \u00e0 des d\u00e9marches internationales doit \u00e9galement \u00eatre lue dans cette logique. Elle ne constitue pas n\u00e9cessairement l\u2019annonce d\u2019une escalade imminente, mais plut\u00f4t l\u2019utilisation d\u2019un levier de pression. Le Maroc sait que la question des mineurs est particuli\u00e8rement sensible pour l\u2019Espagne et pour l\u2019Europe. Il sait aussi que transformer le dossier en confrontation juridique ou diplomatique majeure pourrait fragiliser la coop\u00e9ration dont Rabat et Madrid ont besoin dans les domaines de la migration, de la s\u00e9curit\u00e9 et de la gestion des fronti\u00e8res. Wahbi laisse donc ouverte la perspective de nouvelles rencontres, mais il veut que ces discussions se tiennent \u00e0 partir d\u2019une position diff\u00e9rente : celle d\u2019un \u00c9tat qui affirme \u00eatre pr\u00eat \u00e0 reprendre ses ressortissants et \u00e0 assumer leur prise en charge, plut\u00f4t que celle d\u2019un \u00c9tat auquel on demanderait simplement de r\u00e9cup\u00e9rer une charge devenue encombrante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le point le plus sensible du discours du ministre concerne toutefois les jeunes filles mineures et les risques auxquels certains mineurs pourraient \u00eatre expos\u00e9s \u00e0 Ceuta. Le dossier quitte alors le terrain du seul retour pour entrer dans celui de la protection. Si les risques \u00e9voqu\u00e9s par la partie marocaine sont \u00e9tablis dans des cas pr\u00e9cis, le maintien prolong\u00e9 d\u2019un enfant loin de sa famille dans un environnement vuln\u00e9rable devient une question \u00e9thique autant qu\u2019administrative. Ces accusations doivent naturellement \u00eatre document\u00e9es et examin\u00e9es au cas par cas, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que la gravit\u00e9 de la question interdit qu\u2019elles deviennent un simple instrument rh\u00e9torique, quel que soit le camp qui les utilise. Mais leur apparition dans le d\u00e9bat montre pourquoi Rabat veut acc\u00e9l\u00e9rer le processus : chaque journ\u00e9e suppl\u00e9mentaire dans une situation pr\u00e9caire ajoute une nouvelle couche de risques et de responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le paradoxe plus large r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par la crise de Ceuta est que le probl\u00e8me ne semble pas r\u00e9sider dans l\u2019absence de volont\u00e9 affich\u00e9e de coop\u00e9rer, mais dans l\u2019\u00e9cart entre l\u2019accord politique et son ex\u00e9cution concr\u00e8te. Le Maroc affirme \u00eatre pr\u00eat \u00e0 accueillir les mineurs dont la nationalit\u00e9 est \u00e9tablie ; l\u2019Espagne rappelle que la loi prot\u00e8ge ces enfants et interdit leur renvoi automatique ou collectif. Entre ces deux positions existe pourtant un espace qui devrait \u00eatre occup\u00e9 par une coop\u00e9ration administrative permanente : identification, contact avec la famille, v\u00e9rification des conditions d\u2019accueil, \u00e9valuation de l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de l\u2019enfant, puis retour lorsque celui-ci constitue la solution juridiquement et humainement appropri\u00e9e. Si cet espace demeure d\u00e9pourvu d\u2019un m\u00e9canisme op\u00e9rationnel clair, chaque nouvelle crise reproduira n\u00e9cessairement la m\u00eame impasse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pourquoi la v\u00e9ritable demande de Wahbi d\u00e9passe la formule \u00ab Rendez-nous nos enfants \u00bb, m\u00eame si cette expression r\u00e9sume parfaitement le fond de son message. Ce que Rabat cherche, au fond, c\u2019est \u00e0 faire passer le dossier des mineurs d\u2019une gestion de crise \u00e0 une proc\u00e9dure permanente entre les deux pays. L\u2019identification ne devrait pas recommencer \u00e0 z\u00e9ro apr\u00e8s chaque nouvelle vague de passages, et chaque dossier ne devrait pas d\u00e9pendre d\u2019une nouvelle interpr\u00e9tation administrative ou judiciaire. Le cadre de coop\u00e9ration existe, la volont\u00e9 politique de travailler ensemble est r\u00e9guli\u00e8rement affirm\u00e9e, mais il manque encore une m\u00e9canique suffisamment efficace pour r\u00e9duire la distance entre la d\u00e9cision et le retour.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Derri\u00e8re Ceuta appara\u00eet ainsi une question plus large : qui porte la responsabilit\u00e9 lorsqu\u2019un mineur devient le point de rencontre entre les fronti\u00e8res et les syst\u00e8mes juridiques de deux \u00c9tats ? Le Maroc r\u00e9pond que la souverainet\u00e9 signifie aussi assumer la responsabilit\u00e9 de ses propres enfants. L\u2019Espagne r\u00e9pond que sa souverainet\u00e9 est elle-m\u00eame encadr\u00e9e par des r\u00e8gles qui prot\u00e8gent l\u2019enfant d\u00e8s lors qu\u2019il se trouve sur son territoire. Les deux positions disposent d\u2019un fondement r\u00e9el. L\u2019impasse commence lorsque la protection devient un \u00e9tat transitoire sans fin, dans lequel l\u2019enfant ne retrouve pas sa famille, ne dispose pas non plus d\u2019une situation durablement stabilis\u00e9e et demeure suspendu entre deux conceptions de la responsabilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 cette lumi\u00e8re que la fermet\u00e9 de Wahbi prend tout son sens. Il ne demande pas seulement \u00e0 Madrid de restituer des mineurs marocains ; il cherche \u00e0 red\u00e9finir ce que signifie, dans cette affaire, assumer une responsabilit\u00e9. Son message est que le Maroc ne se d\u00e9robe pas \u00e0 ses enfants et que l\u2019\u00c9tat qui demande leur accueil ne lui demande pas quelque chose qu\u2019il refuse d\u2019assumer. Ce que Rabat exige, c\u2019est que cette responsabilit\u00e9 puisse se traduire par une proc\u00e9dure concr\u00e8te, organis\u00e9e et pr\u00e9visible. De son c\u00f4t\u00e9, l\u2019Espagne doit d\u00e9montrer que son attachement \u00e0 la protection des mineurs n\u2019est pas un moyen de les maintenir durablement dans son syst\u00e8me d\u2019accueil, mais un cadre qui, lorsque le retour constitue l\u00e9galement et humainement la solution appropri\u00e9e, permet leur retour dans des conditions s\u00fbres et organis\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La crise de Ceuta a rouvert brutalement ce dossier, mais elle peut aussi offrir l\u2019occasion de le traiter autrement. Plut\u00f4t que d\u2019attendre une nouvelle crise pour r\u00e9activer les contacts entre responsables, Rabat et Madrid pourraient mettre en place un m\u00e9canisme permanent consacr\u00e9 aux mineurs marocains, allant de l\u2019identification \u00e0 la famille, en passant par les structures de protection, le retour et le suivi. C\u2019est \u00e0 cette condition seulement que la formule \u00ab Rendez-nous nos enfants \u00bb cessera d\u2019\u00eatre un slogan politique pour devenir un v\u00e9ritable test de la capacit\u00e9 de deux \u00c9tats qui se disent partenaires et amis \u00e0 transformer la responsabilit\u00e9 partag\u00e9e envers un enfant en solution partag\u00e9e, au lieu de le laisser prisonnier de l\u2019espace incertain qui s\u00e9pare le droit de la politique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La derni\u00e8re vague de passages massifs vers Ceuta n\u2019a pas laiss\u00e9 derri\u00e8re elle une simple crise frontali\u00e8re. 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