{"id":2824,"date":"2026-08-15T01:14:30","date_gmt":"2026-08-15T01:14:30","guid":{"rendered":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/?p=2824"},"modified":"2026-08-15T15:17:42","modified_gmt":"2026-08-15T15:17:42","slug":"le-soutien-au-cinema-au-maroc-quand-le-rejet-dun-film-devient-une-crise-de-confiance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/le-soutien-au-cinema-au-maroc-quand-le-rejet-dun-film-devient-une-crise-de-confiance\/","title":{"rendered":"Le soutien au cin\u00e9ma au Maroc : quand le rejet d\u2019un film devient une crise de confiance"},"content":{"rendered":"<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019annonce des r\u00e9sultats de la deuxi\u00e8me session 2026 du soutien \u00e0 la production des \u0153uvres cin\u00e9matographiques marocaines a relanc\u00e9 le d\u00e9bat sur les rapports entre les professionnels du cin\u00e9ma et le soutien public. La controverse a pris une dimension particuli\u00e8re avec la r\u00e9action du r\u00e9alisateur et sc\u00e9nariste Idriss Chouika apr\u00e8s le rejet de son projet de long m\u00e9trage <em>Sarab Rimal<\/em>, au point d\u2019annoncer son d\u00e9part du pays et la mise en vente de sa soci\u00e9t\u00e9 de production. Face \u00e0 cette protestation, le pr\u00e9sident de la commission de soutien aux \u0153uvres cin\u00e9matographiques du Centre cin\u00e9matographique marocain, Amine Nassour, a d\u00e9fendu la logique de s\u00e9lection, rappelant que la commission ne pouvait r\u00e9pondre favorablement \u00e0 toutes les demandes et que le rejet d\u2019un projet ne constituait ni un jugement sur son auteur ni une interdiction de r\u00e9aliser son film.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Les deux parties parlent en r\u00e9alit\u00e9 de la m\u00eame chose, mais depuis deux positions diff\u00e9rentes. Pour la commission, il s\u2019agit d\u2019arbitrer entre plus d\u2019une cinquantaine de projets \u00e0 chaque session, pour n\u2019en retenir qu\u2019un nombre limit\u00e9 dans certaines cat\u00e9gories, tout en tenant compte de la diversit\u00e9 des genres, des g\u00e9n\u00e9rations et des exp\u00e9riences cin\u00e9matographiques. Pour le r\u00e9alisateur dont le projet est refus\u00e9, la d\u00e9cision ne se lit pas toujours avec cette distance administrative, surtout lorsque le film a n\u00e9cessit\u00e9 des ann\u00e9es de travail et de pr\u00e9paration et que le soutien public repr\u00e9sente l\u2019un des principaux moyens de passer du sc\u00e9nario \u00e0 la production.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que se situe le v\u00e9ritable n\u0153ud de l\u2019affaire. Affirmer que tout le monde ne peut pas b\u00e9n\u00e9ficier du soutien est une \u00e9vidence, tout comme le rejet d\u2019un projet ne constitue pas, en soi, la preuve d\u2019une corruption ou d\u2019un favoritisme. Mais la l\u00e9gitimit\u00e9 de la s\u00e9lection laisse subsister une autre question : <strong>la motivation donn\u00e9e au porteur du projet est-elle suffisamment claire pour lui permettre de comprendre pourquoi son film a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9 ?<\/strong> Dans le cas de <em>Sarab Rimal<\/em>, la d\u00e9cision de rejet, selon le document publi\u00e9 par Chouika, \u00e9voque un \u00ab manque de force de la construction dramatique \u00bb et la n\u00e9cessit\u00e9 de donner davantage de \u00ab cr\u00e9dibilit\u00e9 dramatique \u00bb aux \u00e9v\u00e9nements. Ces appr\u00e9ciations peuvent \u00eatre suffisantes dans une d\u00e9lib\u00e9ration professionnelle, mais elles deviennent moins convaincantes lorsqu\u2019elles sont communiqu\u00e9es au porteur du projet sans pr\u00e9ciser davantage les faiblesses qui ont conduit \u00e0 son \u00e9limination.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Cela ne signifie pas que la commission devrait justifier sa d\u00e9cision jusqu\u2019\u00e0 satisfaire personnellement chaque r\u00e9alisateur. Cela signifie plut\u00f4t que <strong>la transparence ne consiste pas seulement \u00e0 publier les noms des b\u00e9n\u00e9ficiaires, mais aussi \u00e0 rendre la logique du rejet intelligible<\/strong>. D\u00e8s lors que l\u2019argent engag\u00e9 est public, l\u2019exigence de motivation professionnelle devient plus forte, particuli\u00e8rement dans un domaine artistique o\u00f9 il n\u2019existe pas de formule math\u00e9matique permettant de produire une v\u00e9rit\u00e9 d\u00e9finitive, mais des appr\u00e9ciations, des crit\u00e8res et des arbitrages.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9action de Chouika pose, de son c\u00f4t\u00e9, une autre question. Contester une d\u00e9cision professionnelle est un droit, surtout lorsqu\u2019un auteur estime que les motifs avanc\u00e9s sont insuffisants. Mais son message est all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 qualifier les membres de la commission de \u00ab monstres humains \u00bb, les accusant d\u2019\u00eatre d\u00e9pourvus de conscience et d\u2019\u00e9thique. Il devient alors n\u00e9cessaire de distinguer le droit de contester, qui est l\u00e9gitime, de l\u2019accusation port\u00e9e contre des personnes ou une institution, qui exige des \u00e9l\u00e9ments de preuve. Le fait qu\u2019un projet soit refus\u00e9 ne suffit pas \u00e0 \u00e9tablir une atteinte \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 du processus. C\u2019est sur ce point qu\u2019Amine Nassour est fond\u00e9 \u00e0 rappeler que toute preuve de corruption doit \u00eatre port\u00e9e devant la justice plut\u00f4t que transform\u00e9e en accusation g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 partir d\u2019un r\u00e9sultat contest\u00e9.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Mais d\u00e9fendre la commission ne doit pas pour autant conduire \u00e0 fermer la porte \u00e0 la critique. Une institution qui g\u00e8re des fonds publics doit pouvoir convaincre les professionnels que les arbitrages reposent sur les projets et non sur les personnes, et que la diversit\u00e9 des r\u00e9sultats ne dissimule pas des consid\u00e9rations individuelles. Cette confiance ne se construit pas simplement en rappelant que la commission compte onze membres. Elle se construit par la clart\u00e9 des crit\u00e8res, la qualit\u00e9 des motivations et la possibilit\u00e9, pour le porteur du projet, de comprendre ce qui l\u2019a plac\u00e9 derri\u00e8re un autre candidat.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019affaire d\u00e9passe donc largement le diff\u00e9rend entre Idriss Chouika et la commission de soutien. Elle renvoie au mod\u00e8le m\u00eame de financement du cin\u00e9ma marocain. Le soutien public ne devrait pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019unique voie vers la production, comme l\u2019a soulign\u00e9 Nassour, et certains producteurs choisissent d\u00e9j\u00e0 de financer leurs \u0153uvres par des moyens priv\u00e9s en prenant le risque de les confronter ensuite au public. Mais cette r\u00e9alit\u00e9 ne signifie pas que tous les projets peuvent facilement trouver des investisseurs priv\u00e9s. Certaines \u0153uvres, notamment celles qui portent une ambition artistique, culturelle ou historique, peuvent difficilement \u00eatre financ\u00e9es par le seul march\u00e9. La vraie question n\u2019est donc pas de savoir s\u2019il faut soutenir le cin\u00e9ma, mais <strong>comment rendre ce soutien \u00e9quitable et transparent sans en faire un droit automatique pour chaque projet pr\u00e9sent\u00e9<\/strong>.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Le rejet d\u2019un projet peut ainsi \u00eatre parfaitement normal dans un syst\u00e8me o\u00f9 les ressources sont limit\u00e9es. Ce qui devient probl\u00e9matique, c\u2019est la perte de confiance dans la mani\u00e8re dont ce rejet est d\u00e9cid\u00e9 et expliqu\u00e9. Si un r\u00e9alisateur quitte la commission en sachant que son projet n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 retenu, en comprenant pourquoi et en identifiant ce qu\u2019il pourrait am\u00e9liorer, le refus devient une \u00e9tape de son parcours professionnel. S\u2019il en ressort convaincu que la d\u00e9cision est obscure ou personnelle, le d\u00e9saccord peut rapidement se transformer en rupture avec l\u2019institution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pourquoi l\u2019affaire <em>Sarab Rimal<\/em> m\u00e9rite d\u2019\u00eatre regard\u00e9e au-del\u00e0 de la question de savoir qui a raison ou qui a tort. La commission doit pr\u00e9server l\u2019ind\u00e9pendance de ses d\u00e9cisions, les professionnels doivent pouvoir critiquer et contester, et l\u2019\u00c9tat doit continuer \u00e0 renforcer une politique de soutien plus lisible et plus responsable. <strong>Le cin\u00e9ma n\u2019a pas seulement besoin de financer des films ; il a \u00e9galement besoin de construire la confiance dans la mani\u00e8re dont sont choisis ceux qui b\u00e9n\u00e9ficient de l\u2019argent public et ceux dont les projets sont refus\u00e9s.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019annonce des r\u00e9sultats de la deuxi\u00e8me session 2026 du soutien \u00e0 la production des \u0153uvres cin\u00e9matographiques marocaines a relanc\u00e9 le d\u00e9bat sur les rapports entre les professionnels du cin\u00e9ma et le soutien public. 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