{"id":2856,"date":"2026-08-20T16:19:46","date_gmt":"2026-08-20T16:19:46","guid":{"rendered":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/?p=2856"},"modified":"2026-08-20T16:19:46","modified_gmt":"2026-08-20T16:19:46","slug":"bruxelles-saccroche-a-la-voie-politique-au-sahara-et-preserve-son-partenariat-strategique-avec-rabat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/bruxelles-saccroche-a-la-voie-politique-au-sahara-et-preserve-son-partenariat-strategique-avec-rabat\/","title":{"rendered":"Bruxelles s\u2019accroche \u00e0 la voie politique au Sahara et pr\u00e9serve son partenariat strat\u00e9gique avec Rabat"},"content":{"rendered":"<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">La position europ\u00e9enne sur la question du Sahara marocain s\u2019inscrit d\u00e9sormais dans une \u00e9quation pr\u00e9cise : consolider le processus conduit par les Nations unies tout en prot\u00e9geant le partenariat strat\u00e9gique avec le Maroc contre toute d\u00e9rive vers la rupture ou la confrontation. Cette \u00e9quation est devenue plus lisible depuis l\u2019adoption de la r\u00e9solution 2797 du Conseil de s\u00e9curit\u00e9, le 31 octobre 2025, qui a r\u00e9affirm\u00e9 la centralit\u00e9 du processus politique onusien et appel\u00e9 \u00e0 une solution juste, durable et mutuellement acceptable, tandis que les positions europ\u00e9ennes ult\u00e9rieures ont renforc\u00e9 la place de l\u2019initiative marocaine d\u2019autonomie dans le cadre des n\u00e9gociations.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Le 29 janvier 2026, Bruxelles n\u2019a pas seulement r\u00e9affirm\u00e9 son soutien au processus onusien. L\u2019Union europ\u00e9enne a indiqu\u00e9 que les n\u00e9gociations devaient s\u2019engager sur la base de la proposition marocaine d\u2019autonomie, tout en encourageant les parties \u00e0 pr\u00e9senter des propositions constructives et \u00e0 n\u00e9gocier sans conditions pr\u00e9alables. En avril, Kaja Kallas et Nasser Bourita ont de nouveau confirm\u00e9 cette orientation lors de la visite de la responsable europ\u00e9enne \u00e0 Rabat, en soulignant que l\u2019autonomie pouvait constituer l\u2019un des r\u00e9sultats les plus r\u00e9alistes pour parvenir \u00e0 un r\u00e8glement politique d\u00e9finitif et mutuellement acceptable.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 que r\u00e9side la port\u00e9e du changement europ\u00e9en. Bruxelles n\u2019adopte pas la formule marocaine comme une position europ\u00e9enne d\u00e9tach\u00e9e des Nations unies ; elle l\u2019inscrit dans le processus politique conduit par l\u2019envoy\u00e9 personnel du secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019ONU, Staffan de Mistura. Cette nuance n\u2019est pas seulement diplomatique. Elle permet \u00e0 l\u2019Union de pr\u00e9server sa propre r\u00e9f\u00e9rence juridique et politique tout en consid\u00e9rant l\u2019autonomie comme une base de n\u00e9gociation d\u00e9sormais davantage install\u00e9e dans le paysage diplomatique. Bruxelles semble ainsi passer progressivement du r\u00f4le de simple soutien au processus onusien \u00e0 celui d\u2019acteur encourageant concr\u00e8tement la construction des n\u00e9gociations autour de la proposition marocaine.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Mais le message le plus important de la position europ\u00e9enne se situe au-del\u00e0 du dossier du Sahara lui-m\u00eame. En octobre 2024, le Conseil europ\u00e9en avait d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 la haute valeur strat\u00e9gique du partenariat avec le Maroc et appel\u00e9 \u00e0 pr\u00e9server et renforcer les relations \u00e9troites avec Rabat dans diff\u00e9rents domaines. Puis, lors du Conseil d\u2019association UE-Maroc de janvier 2026, l\u2019Union a pr\u00e9sent\u00e9 le Maroc comme un partenaire strat\u00e9gique majeur dans son voisinage m\u00e9ridional, confirmant sa volont\u00e9 de renouveler et d\u2019approfondir cette relation.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">La signification politique de cette simultan\u00e9it\u00e9 est difficile \u00e0 ignorer. L\u2019Union europ\u00e9enne ne souhaite pas faire de la question du Sahara un plafond qui emp\u00eacherait le d\u00e9veloppement de ses relations avec Rabat, pas plus qu\u2019elle ne veut transformer son partenariat avec le Maroc en renoncement \u00e0 ses propres r\u00e9f\u00e9rences onusiennes. Bruxelles cherche \u00e0 g\u00e9rer les deux dossiers simultan\u00e9ment, et non \u00e0 les opposer. C\u2019est ce qui explique la prudence de son langage : soutenir les n\u00e9gociations tout en r\u00e9affirmant, presque \u00e0 chaque \u00e9tape, la profondeur du partenariat maroco-europ\u00e9en.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Ce partenariat donne d\u2019ailleurs \u00e0 cette position toute sa port\u00e9e concr\u00e8te. Pour l\u2019Europe, le Maroc n\u2019est pas un simple dossier diplomatique. Il se trouve au croisement d\u2019int\u00e9r\u00eats qui touchent au commerce, aux investissements, \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9, \u00e0 la migration, \u00e0 la lutte contre la criminalit\u00e9 transfrontali\u00e8re et \u00e0 la stabilit\u00e9 du voisinage sud-m\u00e9diterran\u00e9en et du Sahel. Une d\u00e9t\u00e9rioration majeure des relations avec Rabat aurait donc des cons\u00e9quences qui d\u00e9passeraient largement le seul dossier du Sahara. La pr\u00e9servation des canaux de coop\u00e9ration constitue ainsi, en elle-m\u00eame, un int\u00e9r\u00eat europ\u00e9en.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">C\u2019est aussi dans cette logique qu\u2019il faut comprendre la volont\u00e9 de Bruxelles d\u2019\u00e9viter toute rh\u00e9torique d\u2019escalade. L\u2019Union soutient les efforts de Staffan de Mistura, encourage les parties \u00e0 s\u2019engager dans les n\u00e9gociations et maintient la solution politique au centre de son approche. Mais elle ne semble pas vouloir transformer son d\u00e9saccord ou ses nuances politiques en une politique de confrontation avec le Maroc. La r\u00e9solution 2797 elle-m\u00eame maintient la recherche d\u2019un r\u00e8glement politique n\u00e9goci\u00e9 au c\u0153ur du processus des Nations unies.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Le domaine de la d\u00e9fense ob\u00e9it cependant \u00e0 une logique diff\u00e9rente. L\u2019Union europ\u00e9enne ne dispose pas d\u2019un pouvoir central permettant de d\u00e9cider uniform\u00e9ment de toutes les exportations d\u2019armes. Les autorisations d\u2019exportation de mat\u00e9riels militaires rel\u00e8vent largement des \u00c9tats membres, dans le respect de leurs l\u00e9gislations nationales et des cadres europ\u00e9ens applicables. Le positionnement politique de Bruxelles sur le Sahara ne peut donc pas \u00eatre automatiquement transform\u00e9 en une politique europ\u00e9enne collective restreignant la coop\u00e9ration militaire avec le Maroc. Les capitales conservent, dans ce domaine, une marge de d\u00e9cision importante.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Cette distinction permet \u00e9galement de comprendre pourquoi chaque divergence europ\u00e9enne ne doit pas \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme un changement de cap vis-\u00e0-vis de Rabat. L\u2019Union parle d\u2019une voix institutionnelle commune dans les domaines relevant de ses comp\u00e9tences, tandis que les \u00c9tats membres conservent des marges significatives en mati\u00e8re de politique \u00e9trang\u00e8re et de d\u00e9fense. La relation avec le Maroc se construit ainsi sur deux niveaux qui se chevauchent : une position europ\u00e9enne commune qui \u00e9volue progressivement autour du processus onusien et de l\u2019autonomie, et des relations bilat\u00e9rales dans lesquelles chaque capitale conserve ses propres int\u00e9r\u00eats et ses propres calculs.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Ce qui se dessine \u00e0 Bruxelles est donc un \u00e9quilibre assum\u00e9 : un soutien clair au processus conduit par les Nations unies, une acceptation europ\u00e9enne de plus en plus nette de l\u2019autonomie marocaine comme base de n\u00e9gociation, et, parall\u00e8lement, la volont\u00e9 de pr\u00e9server un partenariat consid\u00e9r\u00e9 comme strat\u00e9gique. Pour Rabat, l\u2019importance de cette \u00e9volution ne r\u00e9side pas uniquement dans le contenu du positionnement europ\u00e9en sur le Sahara. Elle tient aussi au d\u00e9placement du centre de gravit\u00e9 du d\u00e9bat : de la question abstraite de la reconnaissance politique vers celle des conditions permettant de construire une solution n\u00e9goci\u00e9e et applicable dans le cadre onusien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est d\u00e9sormais sur ce point que se jouera la prochaine \u00e9tape. Le consensus europ\u00e9en croissant autour de l\u2019autonomie d\u00e9bouchera-t-il sur une implication diplomatique plus active de Bruxelles pour pousser les parties vers la table des n\u00e9gociations, ou restera-t-il limit\u00e9 \u00e0 des d\u00e9clarations politiques ? Les signaux actuels indiquent que l\u2019Union a choisi de pr\u00e9server simultan\u00e9ment son partenariat avec Rabat et son attachement au processus onusien. Pour Bruxelles, ces deux orientations ne sont plus contradictoires. Elles tendent au contraire \u00e0 devenir les deux dimensions d\u2019une m\u00eame strat\u00e9gie : consid\u00e9rer le Maroc comme un partenaire central de la stabilit\u00e9 r\u00e9gionale tout en faisant de cette r\u00e9alit\u00e9 un \u00e9l\u00e9ment de sa lecture de la question du Sahara.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La position europ\u00e9enne sur la question du Sahara marocain s\u2019inscrit d\u00e9sormais dans une \u00e9quation pr\u00e9cise : consolider le processus conduit par les Nations unies tout en prot\u00e9geant le partenariat strat\u00e9gique avec le Maroc contre toute d\u00e9rive vers la rupture ou la confrontation. 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