{"id":2862,"date":"2026-08-21T15:43:11","date_gmt":"2026-08-21T15:43:11","guid":{"rendered":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/?p=2862"},"modified":"2026-08-21T15:43:11","modified_gmt":"2026-08-21T15:43:11","slug":"younes-meskine-et-la-revolution-de-la-monarchie-democratique-renforcer-la-monarchie-par-des-institutions-fortes-ou-lui-faire-porter-le-cout-de-leurs-faiblesses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/younes-meskine-et-la-revolution-de-la-monarchie-democratique-renforcer-la-monarchie-par-des-institutions-fortes-ou-lui-faire-porter-le-cout-de-leurs-faiblesses\/","title":{"rendered":"Younes Meskine et la \u00ab r\u00e9volution de la monarchie d\u00e9mocratique \u00bb : renforcer la monarchie par des institutions fortes\u2026 ou lui faire porter le co\u00fbt de leurs faiblesses ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La r\u00e9volution de la monarchie d\u00e9mocratique : la monarchie a-t-elle besoin d\u2019institutions plus fortes pour \u00eatre plus forte ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 l\u2019occasion du 73\u1d49 anniversaire de la R\u00e9volution du Roi et du Peuple, Younes Meskine place le lecteur devant une question qui d\u00e9passe largement la comm\u00e9moration elle-m\u00eame : et si le rapport entre monarchie et d\u00e9mocratie au Maroc n\u2019\u00e9tait pas un rapport de contradiction, mais celui d\u2019un projet historique qui n\u2019a pas encore \u00e9puis\u00e9 toutes ses possibilit\u00e9s ? Le 20 ao\u00fbt 1953 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le point de d\u00e9part de la relation entre le Tr\u00f4ne et le mouvement national. Il fut plut\u00f4t le moment o\u00f9 s\u2019est cristallis\u00e9 un processus engag\u00e9 bien avant, lorsque les nationalistes ont choisi de lier la revendication de lib\u00e9ration nationale \u00e0 la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat marocain et \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 du Roi, plut\u00f4t que de faire de l\u2019ind\u00e9pendance une rupture avec l\u2019institution qui incarnait la souverainet\u00e9 marocaine.<\/p>\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"8qKd6Z6191\"><p><a href=\"https:\/\/thevoice.ma\/%d8%ab%d9%88%d8%b1%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d9%85%d9%84%d9%83%d9%8a%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d8%af%d9%8a%d9%85%d9%82%d8%b1%d8%a7%d8%b7%d9%8a%d8%a9\/\">\u062b\u0648\u0631\u0629 \u0627\u0644\u0645\u0644\u0643\u064a\u0629 \u0627\u0644\u062f\u064a\u0645\u0642\u0631\u0627\u0637\u064a\u0629<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><iframe loading=\"lazy\" class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; visibility: hidden;\" title=\"\u201c\u062b\u0648\u0631\u0629 \u0627\u0644\u0645\u0644\u0643\u064a\u0629 \u0627\u0644\u062f\u064a\u0645\u0642\u0631\u0627\u0637\u064a\u0629\u201d \u2014 \u0635\u0648\u062a \u0627\u0644\u0645\u063a\u0631\u0628\" src=\"https:\/\/thevoice.ma\/%d8%ab%d9%88%d8%b1%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d9%85%d9%84%d9%83%d9%8a%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d8%af%d9%8a%d9%85%d9%82%d8%b1%d8%a7%d8%b7%d9%8a%d8%a9\/embed\/#?secret=SBYWEeDCsh#?secret=8qKd6Z6191\" data-secret=\"8qKd6Z6191\" width=\"600\" height=\"338\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette lecture poss\u00e8de un fondement historique r\u00e9el. Le Manifeste de l\u2019Ind\u00e9pendance de 1944 associait la revendication de l\u2019ind\u00e9pendance et de l\u2019unit\u00e9 territoriale sous la conduite du Roi \u00e0 l\u2019exigence d\u2019un syst\u00e8me politique consultatif garantissant droits et devoirs. Le rapprochement entre monarchie et r\u00e9forme politique n\u2019est donc pas une invention contemporaine : il appara\u00eet d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019un des textes fondateurs du mouvement national.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ici que commence le v\u00e9ritable sens de l\u2019article de Meskine. Il ne place pas la monarchie face \u00e0 la d\u00e9mocratie ; il cherche plut\u00f4t \u00e0 montrer que la l\u00e9gitimit\u00e9 historique du Tr\u00f4ne peut constituer, politiquement et historiquement, un socle pour des institutions repr\u00e9sentatives plus fortes. Mais lorsqu\u2019il pr\u00e9sente l\u2019exp\u00e9rience du gouvernement Abdallah Ibrahim comme le moment d\u2019une possible marche vers une monarchie parlementaire qui aurait ensuite \u00e9t\u00e9 interrompue, il passe du fait historique \u00e0 une interpr\u00e9tation qui demande davantage de d\u00e9monstration. L\u2019existence du gouvernement Abdallah Ibrahim entre 1958 et 1960 est \u00e9tablie ; en faire n\u00e9cessairement le d\u00e9but d\u2019une trajectoire parlementaire alternative rel\u00e8ve en revanche d\u2019une lecture de l\u2019histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00eame prudence s\u2019impose lorsqu\u2019il revient sur l\u2019alternance de 1998. Meskine y voit une s\u00e9quence au cours de laquelle la monarchie aurait renou\u00e9 avec une opposition historique, en confiant le gouvernement \u00e0 Abderrahmane Youssoufi. L\u2019interpr\u00e9tation est politiquement d\u00e9fendable, mais elle ne saurait \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e comme l\u2019unique explication. L\u2019alternance s\u2019inscrivait \u00e9galement dans un contexte \u00e9conomique et politique complexe, marqu\u00e9 par la crainte d\u2019un enlisement g\u00e9n\u00e9ral du pays et par la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9organiser les rapports entre pouvoir, soci\u00e9t\u00e9 et institutions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis l\u2019article arrive au r\u00e8gne de Mohammed VI, en reliant la force de l\u2019institution monarchique \u00e0 ce qu\u2019il appelle la \u00ab l\u00e9gitimit\u00e9 du Roi humain \u00bb. Ici, le raisonnement rejoint une \u00e9volution institutionnelle clairement affirm\u00e9e depuis la Constitution de 2011, qui d\u00e9finit le Maroc comme une monarchie constitutionnelle, d\u00e9mocratique, parlementaire et sociale, et consacre la s\u00e9paration, l\u2019\u00e9quilibre et la coop\u00e9ration des pouvoirs ainsi que la corr\u00e9lation entre responsabilit\u00e9 et reddition des comptes. La Constitution fait \u00e9galement du Roi le symbole de l\u2019unit\u00e9 de la Nation, le garant de la p\u00e9rennit\u00e9 et de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat ainsi que du respect du choix d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais la question la plus sensible de l\u2019article arrive ensuite : si la monarchie est forte, que se passe-t-il lorsque les partis, le Parlement, le gouvernement et les m\u00e9diations politiques s\u2019affaiblissent ? Le d\u00e9bat ne porte alors plus sur la force de l\u2019institution monarchique, mais sur le co\u00fbt politique de la faiblesse des institutions qui l\u2019entourent. Lorsque les institutions \u00e9lues ne parviennent plus \u00e0 produire suffisamment de repr\u00e9sentation, de confiance et de reddition des comptes, la soci\u00e9t\u00e9 tend \u00e0 imputer \u00e0 l\u2019\u00c9tat dans son ensemble la responsabilit\u00e9 des dysfonctionnements. Et la monarchie peut finir par supporter une partie d\u2019un co\u00fbt politique qui devrait normalement relever des institutions ex\u00e9cutives et repr\u00e9sentatives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette id\u00e9e m\u00e9rite d\u2019\u00eatre discut\u00e9e, d\u2019autant que les indicateurs de confiance politique ne sont pas particuli\u00e8rement rassurants. Les donn\u00e9es r\u00e9centes d\u2019Afrobarometer montrent cependant qu\u2019une majorit\u00e9 de Marocains continue de consid\u00e9rer les \u00e9lections comme le m\u00e9canisme permettant de choisir les dirigeants, tandis que la confiance dans les partis et les \u00e9lus demeure plus fragile. Le probl\u00e8me n\u2019est donc pas n\u00e9cessairement le rejet de la d\u00e9mocratie \u00e9lectorale ; il r\u00e9side davantage dans le sentiment que les institutions repr\u00e9sentatives ne produisent pas toujours les r\u00e9sultats politiques attendus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce stade qu\u2019il faut distinguer la critique des institutions de l\u2019accusation globale. Parler de \u00ab centres d\u2019int\u00e9r\u00eats \u00bb qui utiliseraient leur proximit\u00e9 avec le pouvoir pour prot\u00e9ger leurs positions peut constituer un sujet l\u00e9gitime d\u2019enqu\u00eate journalistique. Mais une telle affirmation gagne en force lorsqu\u2019elle s\u2019appuie sur des noms, des dossiers, des faits, des chiffres et des m\u00e9canismes identifiables. Sans cela, l\u2019analyse risque de devenir plus large que les preuves dont elle dispose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le titre de l\u2019article peut alors \u00eatre compris autrement. La \u00ab r\u00e9volution de la monarchie d\u00e9mocratique \u00bb ne devrait pas signifier une r\u00e9volution contre la monarchie, ni une transformation de la nature de l\u2019\u00c9tat. Elle pourrait plut\u00f4t d\u00e9signer une r\u00e9activation de la dimension d\u00e9mocratique au sein de la monarchie constitutionnelle elle-m\u00eame. Ce sens trouve d\u2019ailleurs un appui dans l\u2019architecture constitutionnelle marocaine depuis 2011, qui a consacr\u00e9 le renforcement du r\u00f4le du Parlement, la responsabilit\u00e9 du gouvernement issu de la majorit\u00e9 parlementaire, la s\u00e9paration des pouvoirs et le principe de reddition des comptes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La v\u00e9ritable question laiss\u00e9e par l\u2019article n\u2019est donc pas : faut-il choisir entre monarchie et d\u00e9mocratie ? Ce d\u00e9bat est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9 par le cadre constitutionnel marocain. La question beaucoup plus difficile est la suivante : <strong>peut-on rendre les institutions \u00e9lues suffisamment fortes pour exercer pleinement leurs comp\u00e9tences sans que cela soit interpr\u00e9t\u00e9 comme un affaiblissement de la monarchie ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9ponse, si l\u2019on raisonne \u00e0 partir de la logique constitutionnelle elle-m\u00eame, est oui. Le Roi n\u2019a pas besoin d\u2019un gouvernement faible pour \u00eatre fort, pas plus que la monarchie n\u2019a besoin d\u2019un Parlement faible pour conserver sa l\u00e9gitimit\u00e9. La Constitution place le Roi dans une fonction de garant de la continuit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat, de l\u2019unit\u00e9 nationale et du choix d\u00e9mocratique, tandis qu\u2019elle confie aux institutions \u00e9lues et ex\u00e9cutives des comp\u00e9tences et des responsabilit\u00e9s pr\u00e9cises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La \u00ab r\u00e9volution \u00bb \u00e9voqu\u00e9e par Meskine devient alors beaucoup moins radicale que ne le laisse entendre le mot, et beaucoup plus institutionnelle que ne le sugg\u00e8re le titre : que les partis retrouvent leur capacit\u00e9 de repr\u00e9sentation, que les \u00e9lections retrouvent leur substance politique, que le gouvernement exerce pleinement ses responsabilit\u00e9s, que le Parlement retrouve sa fonction l\u00e9gislative et de contr\u00f4le, que l\u2019administration demeure soumise au droit et que l\u2019\u00e9conomie ne transforme pas le poids financier en pouvoir politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si cela se r\u00e9alise, le r\u00e9sultat ne serait pas une monarchie plus faible, mais une monarchie moins expos\u00e9e \u00e0 supporter les cons\u00e9quences des d\u00e9faillances des autres acteurs. Et la d\u00e9mocratie ne deviendrait pas une alternative \u00e0 la monarchie, mais l\u2019un des instruments permettant \u00e0 l\u2019\u00c9tat de pr\u00e9server et de renouveler sa l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 que se trouve la lecture la plus solide de ce que le journaliste cherche \u00e0 dire, m\u00eame s\u2019il ne le formule pas avec cette pr\u00e9cision : <strong>il ne s\u2019agit pas de reconstruire le Maroc en dehors de la monarchie, mais de reconstruire l\u2019espace politique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de celle-ci ; non pas de r\u00e9duire la place du Tr\u00f4ne, mais de lib\u00e9rer la monarchie du poids politique que produit la faiblesse des institutions.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est donc pas une r\u00e9volution contre la monarchie. C\u2019est, si l\u2019on accepte cette lecture, une tentative de sortir la monarchie du poids de la politique quotidienne et de rendre la politique aux institutions auxquelles la Constitution en confie la responsabilit\u00e9. Dans ce sens pr\u00e9cis, le titre de \u00ab r\u00e9volution de la monarchie d\u00e9mocratique \u00bb peut devenir d\u00e9fendable : <strong>une monarchie forte par sa l\u00e9gitimit\u00e9, des institutions fortes par leurs comp\u00e9tences, et un peuple auquel on ne demande pas de choisir entre stabilit\u00e9 et d\u00e9mocratie, parce que les deux doivent \u00eatre les composantes d\u2019un m\u00eame \u00c9tat.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La r\u00e9volution de la monarchie d\u00e9mocratique : la monarchie a-t-elle besoin d\u2019institutions plus fortes pour \u00eatre plus forte ? \u00c0 l\u2019occasion du 73\u1d49 anniversaire de la R\u00e9volution du Roi et du Peuple, Younes Meskine place le lecteur devant une question qui d\u00e9passe largement la comm\u00e9moration elle-m\u00eame : et si le rapport entre monarchie et d\u00e9mocratie [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":2863,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[28,25,49],"tags":[],"class_list":["post-2862","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","category-afrique","category-europ","category-le-maghreb"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2862","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2862"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2862\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2864,"href":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2862\/revisions\/2864"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2863"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2862"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2862"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2862"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}