{"id":2868,"date":"2026-08-22T01:38:06","date_gmt":"2026-08-22T01:38:06","guid":{"rendered":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/?p=2868"},"modified":"2026-08-22T11:39:07","modified_gmt":"2026-08-22T11:39:07","slug":"lahcen-haddad-et-la-bataille-du-recit-quand-un-tweet-attire-lattention-nationale-et-que-ceux-qui-construisent-le-recit-restent-invisibles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/diplomatique.ma\/fr\/lahcen-haddad-et-la-bataille-du-recit-quand-un-tweet-attire-lattention-nationale-et-que-ceux-qui-construisent-le-recit-restent-invisibles\/","title":{"rendered":"Lahcen Haddad et la bataille du r\u00e9cit : quand un tweet attire l\u2019attention nationale\u2026 et que ceux qui construisent le r\u00e9cit restent invisibles"},"content":{"rendered":"<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Un seul tweet peut parfois suffire \u00e0 devenir un sujet m\u00e9diatique, surtout lorsqu\u2019il \u00e9mane de Lahcen Haddad, vice-pr\u00e9sident de la Chambre des conseillers et l\u2019un des acteurs qui ont accumul\u00e9, au fil des ann\u00e9es, une pr\u00e9sence dans les d\u00e9bats li\u00e9s \u00e0 l\u2019image du Maroc et \u00e0 ses relations internationales. Mais le v\u00e9ritable paradoxe ne se trouve pas dans le tweet lui-m\u00eame. Il se trouve dans la question qu\u2019il soul\u00e8ve : pourquoi une phrase publi\u00e9e sur un r\u00e9seau social peut-elle attirer l\u2019attention d\u2019une cha\u00eene nationale, alors que le travail quotidien de journalistes, de m\u00e9dias et d\u2019acteurs marocains qui \u0153uvrent sur l\u2019image du pays, ses politiques publiques et ses int\u00e9r\u00eats \u00e0 l\u2019\u00e9tranger reste souvent en dehors du champ de visibilit\u00e9 institutionnelle ?<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Sur Sebta, Haddad a \u00e9t\u00e9 clair : le Maroc a encore \u00ab beaucoup de chemin \u00e0 parcourir \u00bb dans la bataille du r\u00e9cit, parce qu\u2019un r\u00e9cit d\u00e9favorable au Maroc est d\u00e9j\u00e0 install\u00e9 dans une partie de l\u2019espace m\u00e9diatique et politique espagnol. La migration devient rapidement \u00ab chantage \u00bb, la pression se transforme en \u00ab arme \u00bb et la crise frontali\u00e8re est imm\u00e9diatement interpr\u00e9t\u00e9e \u00e0 travers un vocabulaire pr\u00e9existant de \u00ab menace marocaine \u00bb, de \u00ab guerre hybride \u00bb ou d\u2019\u00ab arsenalisation de la migration \u00bb. Le probl\u00e8me le plus pr\u00e9occupant n\u2019est pas qu\u2019un m\u00e9dia critique le Maroc \u2014 la critique appartient au d\u00e9bat public \u2014 mais que l\u2019interpr\u00e9tation pr\u00e9c\u00e8de parfois l\u2019\u00e9tablissement des faits, de sorte que le public arrive \u00e0 une conclusion avant m\u00eame que les \u00e9l\u00e9ments permettant de la v\u00e9rifier ne soient disponibles.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/reel\/1239125531673261\">https:\/\/www.facebook.com\/reel\/1239125531673261<\/a><\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">La v\u00e9ritable port\u00e9e de son intervention appara\u00eet cependant lorsqu\u2019il retourne le regard vers le Maroc lui-m\u00eame. Il ne se contente pas d\u2019accuser les m\u00e9dias espagnols de partialit\u00e9. Il reconna\u00eet que le Maroc n\u2019est pas toujours suffisamment pr\u00e9sent, suffisamment rapide, suffisamment p\u00e9dagogique et suffisamment constant dans l\u2019espace public international. Autrement dit, le probl\u00e8me n\u2019est pas seulement celui de ceux qui racontent le Maroc ; il est aussi celui de ceux qui lui laissent le champ libre pour \u00eatre racont\u00e9 par les autres. La \u00ab souverainet\u00e9 narrative \u00bb devient alors une dimension de la souverainet\u00e9 politique : un pays qui d\u00e9fend ses int\u00e9r\u00eats sur le terrain mais qui ne ma\u00eetrise pas suffisamment le r\u00e9cit qui accompagne son action abandonne une partie de sa bataille \u00e0 ceux qui parlent \u00e0 sa place.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ici que l\u2019histoire du tweet et de la cha\u00eene nationale devient plus r\u00e9v\u00e9latrice que le contenu du tweet lui-m\u00eame. Si une cha\u00eene nationale a retenu une publication de Haddad et lui a accord\u00e9 une visibilit\u00e9 particuli\u00e8re, cela peut parfaitement se justifier par la valeur m\u00e9diatique de la personnalit\u00e9 et par sa fonction institutionnelle. Mais la question journalistique qui doit suivre est ailleurs : qu\u2019en est-il de ceux qui m\u00e8nent cette m\u00eame bataille sans mandat parlementaire, sans fonction gouvernementale et sans invitation sur les plateaux ? Qu\u2019en est-il du journaliste qui travaille sur les questions diplomatiques et les politiques publiques, qui produit en fran\u00e7ais et en anglais, qui d\u00e9construit les r\u00e9cits hostiles avant m\u00eame qu\u2019ils ne s\u2019imposent dans l\u2019opinion ? Qu\u2019en est-il des m\u00e9dias qui travaillent jour et nuit sur ces dossiers, pla\u00e7ant leur plume au c\u0153ur de la bataille, non pour rechercher une reconnaissance personnelle, mais pour d\u00e9fendre l\u2019image et les int\u00e9r\u00eats de leur pays ?<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Le paradoxe est d\u2019autant plus fort que Haddad lui-m\u00eame affirme que la bataille du r\u00e9cit ne se gagne pas par les slogans, mais par les faits, les chiffres, les archives, les experts cr\u00e9dibles et la rapidit\u00e9 de la r\u00e9ponse. Or ce travail n\u2019appartient pas au seul politique. Il rel\u00e8ve \u00e9galement du journaliste, du chercheur, de l\u2019universitaire, de l\u2019intellectuel, de la soci\u00e9t\u00e9 civile et des m\u00e9dias. Haddad l\u2019a d\u2019ailleurs soulign\u00e9 : cette bataille ne rel\u00e8ve pas uniquement des institutions, mais de l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9 civile, des \u00e9lites et des forces intellectuelles.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Il ne faudrait donc pas transformer cette r\u00e9flexion en jalousie \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la visibilit\u00e9 accord\u00e9e \u00e0 Lahcen Haddad, ni en reproche adress\u00e9 \u00e0 une cha\u00eene nationale pour avoir relay\u00e9 sa parole. Haddad travaille depuis plusieurs ann\u00e9es sur ces questions et dispose d\u2019une exp\u00e9rience r\u00e9elle dans les d\u00e9bats relatifs \u00e0 l\u2019image du Maroc, \u00e0 l\u2019immigration, au Sahara et aux relations euro-marocaines. Il a \u00e9galement insist\u00e9 r\u00e9cemment sur la n\u00e9cessit\u00e9 pour le Maroc de ne plus se limiter \u00e0 une communication d\u00e9fensive, mais de construire un r\u00e9cit capable d\u2019expliquer les transformations \u00e9conomiques, diplomatiques et sociales du pays.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">La question se situe donc ailleurs : <strong>le Maroc dispose-t-il d\u2019un v\u00e9ritable \u00e9cosyst\u00e8me capable de rep\u00e9rer toutes les voix qui contribuent \u00e0 construire son r\u00e9cit, ou ne leur pr\u00eate-t-il attention que lorsqu\u2019elles sont port\u00e9es par une personnalit\u00e9 politique ou qu\u2019elles surgissent au c\u0153ur d\u2019une crise m\u00e9diatique ?<\/strong><\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">C\u2019est une question institutionnelle davantage que personnelle. Car la d\u00e9fense d\u2019un pays ne commence pas au moment o\u00f9 une crise \u00e9clate. Certains \u00e9crivent avant la crise, suivent les \u00e9volutions, expliquent les politiques publiques, d\u00e9fendent les positions marocaines dans les m\u00e9dias \u00e9trangers et construisent, jour apr\u00e8s jour, une m\u00e9moire documentaire \u00e0 laquelle on pourra revenir des ann\u00e9es plus tard. Ils ne sont pas toujours visibles \u00e0 l\u2019\u00e9cran, mais leur travail participe \u00e0 la puissance d\u2019influence du Maroc, m\u00eame si on ne lui attribue pas toujours ce nom.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">C\u2019est aussi l\u00e0 que prend tout son sens la formule de l\u2019ancien ministre Aziz Rabbah selon laquelle <strong>\u00ab la plume est un sabre qui coule \u00bb<\/strong>. Dans une \u00e9poque domin\u00e9e par les batailles narratives, l\u2019article, l\u2019enqu\u00eate, l\u2019analyse et la traduction ne sont pas de simples exercices journalistiques. Ils peuvent devenir des instruments de d\u00e9fense strat\u00e9gique. Le sabre prot\u00e8ge le territoire ; la plume, elle, prot\u00e8ge le sens que l\u2019on construit autour de ce territoire.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">La question patriotique m\u00e9rite, elle aussi, d\u2019\u00eatre regard\u00e9e avec davantage de maturit\u00e9. La patriotisme ne consiste pas \u00e0 attendre chaque matin une reconnaissance d\u2019une cha\u00eene, d\u2019un minist\u00e8re ou d\u2019une institution. Il ne se mesure pas au nombre de passages \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Certaines actions restent loin des projecteurs tout en laissant une trace r\u00e9elle dans les consciences, dans les archives, dans le d\u00e9bat international et dans la mani\u00e8re dont les autres comprennent le Maroc. Cette trace n\u2019a pas besoin d\u2019une cam\u00e9ra pour exister.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Les institutions nationales pourraient pr\u00e9cis\u00e9ment regarder le paysage m\u00e9diatique sous cet angle plus large. Le Maroc qui demande au monde de comprendre ses transformations \u00e9conomiques, diplomatiques et strat\u00e9giques doit aussi savoir reconna\u00eetre, en interne, tous ceux qui contribuent \u00e0 expliquer ces transformations. L\u2019article publi\u00e9 aujourd\u2019hui ne provoque peut-\u00eatre aucune pol\u00e9mique, mais il peut devenir demain une archive. L\u2019analyse qui passe silencieusement peut \u00eatre plus utile qu\u2019un commentaire qui r\u00e9colte des milliers de vues pendant quelques heures.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">C\u2019est finalement cette contradiction que r\u00e9v\u00e8le l\u2019affaire Haddad, davantage qu\u2019un quelconque d\u00e9saccord autour d\u2019un tweet : <strong>nous voulons que le Maroc gagne la bataille du r\u00e9cit, mais avons-nous encore suffisamment conscience de tous ceux qui se battent d\u00e9j\u00e0 dans cette bataille ?<\/strong><\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Ceux qui travaillent \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019image du Maroc, jour et nuit, sur les questions nationales, diplomatiques et de politiques publiques, n\u2019ont pas besoin de prouver leur patriotisme chaque matin. Le pays ne distribue pas de points en fonction du nombre d\u2019articles publi\u00e9s et ne mesure pas la fid\u00e9lit\u00e9 au nombre de passages sur un plateau.<\/p>\n<p class=\"isSelectedEnd\" style=\"text-align: justify;\">Le patriotisme n\u2019a pas de prix, et la trace laiss\u00e9e est souvent le t\u00e9moignage le plus solide. Celui qui est fier de l\u2019impact qu\u2019il a contribu\u00e9 \u00e0 laisser, minute apr\u00e8s minute, heure apr\u00e8s heure, jour apr\u00e8s jour, n\u2019attend pas qu\u2019un \u00e9cran d\u00e9couvre son existence pour savoir qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Car la bataille du r\u00e9cit, comme le rappelle Lahcen Haddad, exige pr\u00e9sence, constance, rapidit\u00e9 et connaissance. Mais elle exige aussi quelque chose qu\u2019il n\u2019a peut-\u00eatre pas formul\u00e9 avec la m\u00eame nettet\u00e9 : <strong>savoir reconna\u00eetre ceux qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents avant que les cam\u00e9ras ne commencent \u00e0 regarder.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un seul tweet peut parfois suffire \u00e0 devenir un sujet m\u00e9diatique, surtout lorsqu\u2019il \u00e9mane de Lahcen Haddad, vice-pr\u00e9sident de la Chambre des conseillers et l\u2019un des acteurs qui ont accumul\u00e9, au fil des ann\u00e9es, une pr\u00e9sence dans les d\u00e9bats li\u00e9s \u00e0 l\u2019image du Maroc et \u00e0 ses relations internationales. 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