Dans un contexte politique et judiciaire particulièrement sensible, le Maroc et la France ont signé à Rabat un nouveau plan d’action pour la coopération technique dans le domaine de la justice pour la période 2026–2028. Un accord qui dépasse largement sa dimension protocolaire et révèle une transformation qualitative de la relation judiciaire entre les deux pays. La signature est intervenue lors de la deuxième visite du ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, au Maroc en moins d’un an, un indicateur fort de l’intensification des enjeux sécuritaires liés à la criminalité transnationale.
En apparence, ce plan s’inscrit dans une logique institutionnelle classique : modernisation de l’administration judiciaire, renforcement des ressources humaines, échange d’expertises sur les évolutions législatives et coordination dans les instances internationales. Mais en profondeur, il traduit une réingénierie du partenariat judiciaire fondée sur la confiance opérationnelle plutôt que sur de simples cadres juridiques formels.
Les déclarations des deux ministres ont illustré cette évolution. Abdellatif Ouahbi a évoqué un partenariat historique dépassant la coopération sectorielle, plaçant la justice au cœur de la consolidation de l’État de droit. De son côté, Darmanin a qualifié la relation de « solide et évolutive », une formule diplomatique qui reflète en réalité une reconnaissance croissante, côté français, de l’efficacité du modèle marocain dans la gestion des dossiers sécuritaires complexes.
À Rabat, au Maroc, avec mon ami Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice marocain, pour évoquer l’importance de la coopération judiciaire entre nos deux pays dans la lutte contre la criminalité organisée et le terrorisme. L’occasion d’évoquer le défi commun de la saisie des… pic.twitter.com/M99ew8jlm3
— Gérald DARMANIN (@GDarmanin) February 2, 2026
Cette reconnaissance s’est matérialisée récemment par la remise à la France, en janvier dernier, d’un des principaux chefs de réseaux de trafic de drogue opérant à Marseille. Une opération saluée à Paris comme un exemple de réactivité judiciaire, et surtout comme le symbole d’un Maroc désormais perçu non plus comme simple partenaire, mais comme acteur central dans la sécurité de la Méditerranée.
La dynamique s’est renforcée avec plusieurs affaires sensibles, notamment l’arrestation à Tanger d’un individu impliqué dans des enlèvements liés au blanchiment d’argent numérique, ou encore l’extradition de deux suspects dans l’attaque sanglante contre un convoi pénitentiaire en France. Des dossiers à haute technicité, où se croisent criminalité organisée, technologies financières et enjeux transfrontaliers.
À Paris, ces succès ont été interprétés comme la preuve d’une coopération judiciaire mature. L’affaire dite de « l’évasion des détenus » a cristallisé ce sentiment, devenant un indicateur du niveau de confiance entre les deux systèmes judiciaires.
La visite de Darmanin s’inscrit ainsi dans une logique de fermeté assumée face aux réseaux criminels. Sur le réseau X, il a affirmé que l’objectif central de sa mission était la lutte déterminée contre le trafic de stupéfiants. Des sources évoquent également des discussions sur l’identification de ressortissants français recherchés supposés présents au Maroc, ainsi que sur la lutte contre la fraude financière et le blanchiment via les crypto-actifs.
Dans ce contexte, le Maroc apparaît comme un acteur sécuritaire global. Ses services, notamment la Direction générale de la surveillance du territoire et la police judiciaire, ont développé une capacité d’intervention rapide et proactive, faisant du traitement des notices rouges d’Interpol un outil opérationnel de premier plan.
L’affaire du fugitif français « Mohamed Amra », surnommé « la mouche », illustre cette efficacité : en quelques heures, ses complices ont été localisés et arrêtés à Marrakech, une intervention qualifiée en France de « réponse standard d’excellence ».
Au-delà de l’Europe, l’expertise marocaine s’est étendue à d’autres continents, comme dans l’opération « Fox Hunt » avec la Chine ou encore l’arrestation d’un citoyen danois à l’aéroport Mohammed V en coordination avec la DEA américaine. Autant d’éléments qui confirment l’émergence du Maroc comme véritable « filtre sécuritaire mondial ».
Ainsi, le plan d’action 2026–2028 ne constitue pas un simple accord technique, mais marque l’entrée du partenariat judiciaire franco-marocain dans une phase de maturité stratégique, où les impératifs sécuritaires communs prennent le pas sur les considérations politiques conjoncturelles, ouvrant la voie à une coopération institutionnelle durable et structurante.


