Dans l’arène politique, le leadership ne se mesure pas uniquement à l’importance des responsabilités exercées, mais à la capacité du dirigeant à transformer ces responsabilités en présence effective sur le terrain. La présence en politique n’est pas une simple formalité protocolaire : elle est un message symbolique confirmant la position de l’acteur au sein des équilibres de pouvoir et d’influence.
C’est dans cette perspective qu’un événement diplomatique organisé par l’ambassade des États-Unis à Rabat, à l’occasion des 250 ans de relations historiques entre le Royaume du Maroc et les États-Unis d’Amérique, est devenu révélateur pour lire les dynamiques de présence et d’absence au sein de la scène politique marocaine. Le siège de l’ambassadeur américain au Maroc, Duke Buchan III, a accueilli cette cérémonie, rappelant l’ancienneté et la profondeur des relations bilatérales, établies dès 1777, dans l’une des relations diplomatiques les plus anciennes au monde.
Cependant, cet événement diplomatique, auquel ont participé plusieurs ministres et acteurs politiques et économiques, a également mis en lumière l’absence d’une figure politique majeure : Fatima Zahra Mansouri, ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, du Logement et de la Politique de la Ville, et coordinatrice nationale du Parti Authenticité et Modernité. Cette absence n’était pas un simple détail protocolaire, mais un signe politique susceptible de nourrir les interrogations sur les dynamiques de présence au sein du gouvernement et de la coalition au pouvoir. En effet, ce type de rencontres diplomatiques est souvent investi politiquement pour affirmer la position des acteurs sur la scène publique et démontrer leur capacité à tisser des relations et à exercer une influence, surtout lorsqu’il s’agit de personnalités dont le nom est évoqué parmi les ambitions politiques futures.
Cette absence prend encore plus de signification dans un contexte plus large lié à l’image générale de la performance politique. Alors que l’opinion publique attend des ministres qu’ils communiquent avec les citoyens, expliquent les politiques publiques et mènent les débats nationaux, certains responsables semblent parfois se contenter d’une présence institutionnelle liée à leur fonction, sans que celle-ci ne se traduise en présence politique tangible sur le terrain. C’est là que se dessine la paradoxe discutée dans les coulisses politiques : des ministres occupant des postes influents mais dont la visibilité publique reste limitée ou sporadique.
À l’inverse, un modèle différent émerge au sein du gouvernement, incarné par Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau et secrétaire général du Parti de l’Istiqlal, qui continue de renforcer sa présence sur le terrain à travers des visites de projets, des rencontres avec les élus et des actions publiques. Cette présence continue, largement relayée par les médias, contribue à asseoir l’image d’un politique actif, cherchant à consolider sa position à la fois au sein du gouvernement et de son parti.
La contradiction entre une présence soutenue et des absences répétées ne reflète pas seulement des différences de style politique, elle révèle également une lutte silencieuse pour savoir qui parvient réellement à construire l’image politique la plus influente. La politique moderne ne se joue plus seulement dans les bureaux et les institutions, mais repose sur la capacité à apparaître de manière continue dans l’espace public et à convaincre l’opinion de la légitimité et de l’engagement de l’acteur politique.
Ces questions deviennent encore plus pressantes dans un contexte politique préparant une étape sensible liée à des échéances internationales majeures, notamment l’organisation de la Coupe du Monde 2030 qui réunira le Maroc, Espagne et Portugal. Cette phase ne nécessite pas seulement une gestion technique des projets, mais aussi un leadership politique capable de convaincre tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays de la capacité de l’État à relever ce défi historique.
Ainsi, la question qui résonne dans les cercles politiques et médiatiques devient plus claire : qui réussit réellement à accumuler des points dans cette course non déclarée vers le leadership politique ? L’expérience démontre que le leadership ne se construit pas par les titres ou les postes seuls, mais progressivement par une présence constante sur le terrain et la capacité à transformer la responsabilité gouvernementale en influence politique tangible. Dans le monde politique, l’absence peut parfois parler plus fort que la présence, car elle laisse un vide rapidement comblé par les concurrents.


