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jeudi, avril 23, 2026

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Quatrième anniversaire de la guerre en Ukraine : Une lecture des répercussions sur les relations maroco-russes

Quatre ans se sont écoulés depuis le déclenchement de la guerre russo-ukrainienne en février 2022, et ses flammes continuent de faire rage, transformant profondément un conflit régional en une crise qui ébranle l’ensemble du système international. Cette guerre n’est pas un simple événement passager, mais une étape charnière aux répercussions majeures sur les dynamiques géopolitiques mondiales. En effet, ses répercussions ne se sont pas limitées aux champs de bataille, mais se sont étendues comme un écho dévastateur qui a ébranlé les piliers de l’économie mondiale, créant une fracture profonde dans les chaînes d’approvisionnement et redessinant la carte des alliances et des conflits internationaux.

Quatre années durant, cette guerre a dévoré non seulement des vies et des infrastructures, mais aussi les ambitions économiques et les partenariats stratégiques de pays bien éloignés des théâtres d’opérations. En tête de ces pays figure le Maroc. Comment le citoyen marocain ordinaire a-t-il été affecté par cette guerre ? Quelles sont les opportunités stratégiques qui ont été compromises ou perdues en raison de la persistance de ce conflit ?

Au cœur de cette crise, la position marocaine face à la guerre a été marquée par la neutralité et l’équilibre. La Russie a apprécié cette neutralité, qui s’est traduite par l’abstention du Maroc lors de plusieurs votes à l’Assemblée générale des Nations unies condamnant les opérations militaires russes. Cependant, cette position a exposé le Maroc à des interrogations et à des pressions croissantes de la part de ses partenaires occidentaux traditionnels.

Sur le plan économique, la guerre a constitué un obstacle majeur au développement des échanges commerciaux entre les deux pays. Bien que le Maroc n’ait pas officiellement adhéré au régime de sanctions occidentales contre la Russie, l’impact de ces sanctions représente un défi quotidien et un frein principal aux échanges bilatéraux. L’ambassadeur de Russie à Rabat, Vladimir Baïbakov, le reconnaît dans un entretien à l’agence russe RIA Novosti, que « les sanctions causent sans aucun doute des difficultés, notamment en ce qui concerne les transactions de paiement ». Cette confession reflète la profondeur de la crise. L’ambassadeur ajoute : « les pays occidentaux tentent d’exploiter ces circonstances pour limiter la présence de la Russie sur le marché marocain ». Les banques marocaines hésitent à traiter avec les banques russes, craignant les sanctions occidentales. Cette réticence ralentit les échanges commerciaux et en augmente le coût, ce qui explique la stagnation des volumes autour de deux milliards de dollars.

Malgré ces défis qui alourdissent les relations commerciales bilatérales entre Rabat et Moscou, les ambitions communes restent prometteuses. Au cœur de cette crise mondiale, la relation maroco-russe se profile comme un partenariat stratégique, mais elle paie le prix de la poursuite de la guerre à travers des opportunités perdues ou compromises qui auraient pu changer la réalité énergétique et de développement au Maroc. Lors de la huitième session de la commission mixte gouvernementale tenue à Moscou, le Maroc et la Russie ont signé trois nouveaux accords de coopération, couvrant les domaines de la pêche maritime, l’échange de documents et de données douanières, ainsi que la coopération et l’échange d’informations au sein du système unifié de préférences tarifaires de l’Union économique eurasiatique. Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a qualifié cette session d’opportunité pour exploiter le plein potentiel entre les deux pays et élever la coopération vers de nouveaux horizons plus larges. Les ambitions dépassent de loin ce qui a été réalisé. La Russie, forte de sa vaste expérience dans le domaine de l’énergie nucléaire, aurait pu coopérer avec le Maroc pour construire des centrales nucléaires civiles, ce qui aurait considérablement réduit la facture d’électricité des Marocains et fourni une énergie propre et durable. Mais l’accord de coopération nucléaire civile entre les deux pays attend toujours sa mise en œuvre effective.

Les entreprises russes ont également exprimé leur disposition à participer aux ambitieux projets gaziers marocains, notamment la centrale de gaz naturel liquéfié de Jorf Lasfar et le projet stratégique de gazoduc reliant le Maroc et le Nigeria. Ce projet colossal, qui s’étendra le long de la côte atlantique pour relier les gisements gaziers nigérians aux pays d’Afrique de l’Ouest jusqu’au Maroc, aurait pu bénéficier de l’immense expertise russe en matière de pose de pipelines et de développement de champs gaziers. Le ministre russe de l’Énergie, Alexandre Novak, a déclaré sans ambiguïté : « Nos entreprises sont intéressées à participer à ces projets. Nous sommes prêts à fournir du gaz naturel liquéfié, à construire le gazoduc et la centrale. » Mais la guerre a suspendu ces ambitions, faisant des investissements russes majeurs au Maroc des otages des sanctions occidentales et des risques géopolitiques.

La coopération aurait également pu s’étendre aux projets de transport et de services logistiques, où l’expertise russe pourrait contribuer au développement des infrastructures portuaires marocaines et à la transformation du Royaume en un hub logistique régional reliant l’Afrique à l’Europe. La Russie recherche des débouchés maritimes stratégiques, et le Maroc les possède sur la mer Méditerranée et l’océan Atlantique.

La paix perdue et le coût de la poursuite de la guerre

Après quatre années de guerre en Ukraine, la question la plus importante demeure : combien coûte la poursuite de ce conflit aux Marocains et au monde ? La réponse est simple : beaucoup. Le citoyen marocain paie un lourd tribut en termes de pouvoir d’achat à cause d’une guerre à laquelle il n’a aucune part. Et de grands projets stratégiques, qui auraient pu changer la donne énergétique et développementale du Maroc, restent dans les tiroirs en raison de la persistance du conflit.

Alors que les Marocains continuent de subir une facture de vie chère dont ils ne sont pas responsables, l’Ukraine reste un champ de bataille ouvert, où le sang de ses enfants est versé pour des intérêts qui ne servent que les industries de guerre en Occident. L’Ukraine, bénéficiant d’un soutien occidental généreux, semble incapable ou peu désireuse de payer le prix de la paix, malgré les lourdes pertes humaines et la destruction massive. Les bénéficiaires de la poursuite de la guerre sont certaines grandes puissances, soit pour affaiblir la Russie, soit pour revitaliser leurs industries militaires.

Le Maroc, quant à lui, continue de marcher sur une corde raide entre l’Est et l’Ouest, tentant de maintenir son équilibre délicat entre l’importation de pétrole russe à prix réduits et la dépendance au soutien occidental sur ses questions stratégiques. Mais avec le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et ses menaces d’imposer des droits de douane aux pays qui achètent du pétrole russe, le Maroc pourrait se retrouver contraint de choisir son camp.

L’opportunité est encore là pour construire un véritable partenariat stratégique entre le Maroc et la Russie, un partenariat qui traduirait les grandes ambitions en projets concrets sur le terrain : des centrales nucléaires pour fournir une électricité abordable, des gazoducs pour renforcer la sécurité énergétique, et des infrastructures avancées au service du développement. Mais tout cela reste tributaire de la fin de cette guerre qui s’éternise et du retour de la stabilité dans l’ordre international. Car la paix à venir, quand elle arrivera, aura besoin de partenariats solides capables de construire un avenir meilleur pour tous.

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