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Rabat : un atelier d’ikebana pour célébrer 70 ans d’amitié entre le Maroc et le Japon

Lundi 26 octobre, au Musée Mohammed VI d’Art Moderne de Rabat, l’Ambassade du Japon au Maroc proposait un atelier d’ikebana, l’art japonais de composition florale, dans le cadre des célébrations du 70e anniversaire des relations diplomatiques entre le Royaume du Maroc et le Japon.

Une grande salle, des fleurs dans des pots, et l’odeur de chrysanthèmes. Derrière, Tatjana R. Felberg, formatrice de l’école Sogetsu au Maroc, explique en ouverture « L’Ikebana, c’est donner une nouvelle vie aux fleurs ».

Le mot, en effet, se décompose en deux éléments japonais, ikiru (vivre, faire vivre) et hana (fleur). À la différence d’un bouquet, l’ikebana n’est pas composé pour être offert puis oublié : il est bâti en un lieu précis, pour une saison, une occasion, une intention.

Trois lignes, un point d’ancrage : le kenzan

Sur la table de démonstration, il y a un vase bas en céramique et, à côté, une petite épingle métallique en forme de crinoline, posée sur un socle en bois. C’est le kenzan, l’épingle à fleurs : elle se coince au fond du vase et retient les tiges. Sans lui, rien ne tient debout.

Et le plus intéressant, ce n’est pas la fleur. C’est que la composition ne commence pas par les fleurs. La sensei commence par la structure : trois tiges, plantées à trois points distincts du kenzan, dans trois directions, jamais parallèles. La plus haute, c’est le ciel  shin. La moyenne, l’homme  soe. La plus basse, la terre  hikae. Trois lignes, trois angles, et la troisième dimension apparaît : un triangle qui, vu de profil, dessine l’équilibre de la composition.

« C’est un concept qui n’est pas évident, même quand on le comprend », sourit Tatjana R. Felberg. « Il faut le répéter. Tout comme en musique, il faut une pause entre les notes, sinon il n’y a plus de comparaison. » Elle a répété la chose trois fois dans la soirée, parce que, dit-elle, on peut comprendre un concept et ne pas savoir le faire.

Nous avions à notre disposition des roses, des chrysanthèmes, des feuillages, des branches, des épingles en métal et des ciseaux japonais (hasami), très affûtés. Une attention particulière fut accordée au chrysanthème, « vraiment japonais » et symbole de la famille impériale.

Une feuille distribuée aux participants résumait la leçon en trois axes avant d’ouvrir un espace de création. Le thème retenu : « Maroc rencontre le Japon ». La palette était imposée par les deux drapeaux : le rouge, commun aux deux pavillons, pour la vitalité, le courage et la célébration ; le blanc, fond de la bannière japonaise, pour la pureté et la paix ; le vert, couleur de l’étoile marocaine, pour la vie et l’espoir. Et il fallait choisir un symbole : le cercle du Japon, qui suggère l’harmonie et une masse arrondie de fleurs, ou l’étoile du Maroc, l’énergie rayonnante, des tiges qui partent d’un point fixe. Un seul. Un conseil figurait aussi sur la feuille, et il m’a semblé résumer tout l’art : si ça vous paraît trop chargé, retirez plutôt une tige que d’en ajouter une. « Il n’y a pas une seule composition correcte, seulement votre expression personnelle de la célébration », concluait la fiche.

Tatjana R. Felberg rappela aussi une idée qui résonne au-delà de l’art floral : voir la beauté dans l’imperfection. « Si une branche est un peu jaune, un peu asymétrique, elle est aussi belle qu’une branche symétrique. » Ça, c’est assez facile à dire et pas si facile à appliquer quand on a l’impression de rater son vase.

Puis vint le moment où chacun s’installa, une pince en main. Au fond, la manipulation est assez répétitive : on taille, on plante, on recule pour voir. C’est là que le travail de Tatjana devient visible, pour de vrai. Les tables se remplirent de compositions : fleurs dressées, branches obliques, un vide soigneusement laissé au centre, qui est censé faire partie du dessin. Cette disposition dit mieux l’esprit de la soirée : la rigueur des lignes japonaises, la chaleur de la palette marocaine, et cette amitié en fleurs, littéralement. On a passé la dernière partie à regarder les compositions des autres, à photographier.

Au terme de la soirée, la sensei a rappelé le concept qu’elle avait posé en ouverture : ichigo ichie, « une fois, une rencontre unique ». Nous nous sommes déjà rencontrés, certes, mais dans une autre circonstance, dans un autre monde. L’ikebana, a-t-elle estimé, est « un petit acte d’amitié entre les deux pays ». « Dans le monde d’aujourd’hui, nous avons besoin de gestes de bonté. »

Ce qui est resté, ce n’est pas la technique, même si le kenzan, ça ne s’oublie pas. C’est l’idée qu’une composition se construit à un endroit donné, pour une occasion donnée, et qu’on ne peut pas la rapporter chez soi. Le vide n’est pas ce qui manque. Et au fond, plus simple : un peu de gestes fait du bien à deux pays. Les vases bas posés sur les tables, une forme de lien s’était nouée et elle continuera de fleurir, à sa façon, entre Rabat et Tokyo.

Atelier « Ikebana », lundi 26 octobre, Musée Mohammed VI d’Art Moderne (MMVI), Rabat, dans le cadre des célébrations du 70e anniversaire des relations diplomatiques Maroc-Japon. Organisé par l’Ambassade du Japon au Maroc, en partenariat avec la Fondation Nationale des Musées et le MMVI.

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