Il y a, cette année, quelque chose de différent autour du Festival du film de Marrakech. Quelque chose qui ne s’explique ni par la présence des stars, ni par le glamour du tapis rouge, ni par les petites polémiques qui, habituellement, occupent trop de place.
Non… Il y a comme un changement de température dans l’air. Une sorte de réveil culturel, discret mais réel.
Le post de Jamal Khnoussi sur Facebook pourrait passer inaperçu parmi tant d’impressions qui circulent en ligne. Pourtant, si l’on s’y attarde, il dit beaucoup plus qu’il n’y paraît. C’est le témoignage d’un glissement silencieux : le Maroc commence enfin à parler de cinéma comme on parle d’un art, pas d’un décor.
1. Quand les discussions quittent la périphérie pour toucher l’essentiel
Pendant longtemps, les conversations autour du festival ressemblaient à un brouhaha de coulisses : Qui a été invité ? Qui a raté sa photo avec tel acteur ? C’était du bruit, beaucoup de bruit.
Cette année, rien de tout cela ne semble avoir de poids. À la place, on parle d’un film nigérian qu’on oppose à un film marocain. On décortique les choix de mise en scène, on questionne les narrations. On débat – vraiment.
Cette bascule, on la sent dans les médias, mais aussi dans la rue, dans les cafés, sur Instagram.
C’est peut-être le premier signe d’une maturité naissante.
2. Les ateliers de critique : un détail en apparence, un tournant en profondeur
Ce qu’évoque Khnoussi avec une sincérité frappante, ce sont ces ateliers de critique cinématographique pilotés par Charles Tesson. Cela a l’air modeste, mais c’est en réalité un geste fondateur.
Le festival devient un lieu où l’on apprend à regarder, où l’on s’exerce à écrire, à formuler un jugement, à dialoguer avec l’image.
Voir des étudiants, des journalistes, des passionnés, plonger dans cinq jours d’immersion totale – c’est autre chose qu’un geste culturel.
C’est la naissance possible d’une école, d’une manière marocaine de penser le cinéma.
3. Journalistes, critiques, cinéphiles : un triangle d’énergies qui donne sens au festival
Il serait absurde d’opposer le critique au journaliste. Le premier creuse le sens, le second raconte le moment, les coulisses, les frictions. Et puis il y a le public, les cinéphiles acharnés qui ramènent tout au plaisir pur du film.
Ce mélange fait parfois des étincelles, mais ce sont ces étincelles qui donnent au festival son épaisseur.
4. Le débat qui échappe au contrôle : la meilleure chose qui puisse arriver à un festival
Ce qui est fascinant dans cette édition, c’est ce qui n’a pas été orchestré : les débats spontanés, les prises de position tranchées,le « j’adore » contre le « je déteste », le film « La Seste » qu’on encense ici et qu’on démonte ailleurs.
Cette agitation—parfois chaotique—est le signe que le festival produit enfin une vie culturelle réelle. Un festival n’est pas grand parce qu’il brille, mais parce qu’il dérange, secoue, interroge.
5. Et maintenant ? Que faire de ce moment fragile ?
La vraie question, la seule qui importe :
comment transformer cet élan en construction durable ?
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Poursuivre la formation.
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Donner une vraie place aux jeunes critiques.
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Créer des ponts avec l’Afrique et le monde arabe.
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Protéger la conversation filmique des retours populistes et des polémiques creuses.
Ce moment que nous vivons est précieux. Il mérite d’être consolidé, nourri, défendu.


