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samedi, mars 7, 2026

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« Syrie–Maroc : Quand le modèle d’autonomie devient la nouvelle grammaire des solutions au Moyen-Orient »

À un moment où les cartes géopolitiques du Moyen-Orient semblent figées sous le poids de crises successives, la déclaration de Bedran Jia Kurd, vice-président du Conseil exécutif de l’Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie, offre une lecture inédite des transformations internationales. Il ne s’agit pas de redessiner les frontières, mais de repenser la manière dont les États gèrent leur diversité interne.

Saluant la résolution onusienne du 31 octobre 2025 confirmant la marocanité du Sahara, Jia Kurd y voit un signe d’évolution de la doctrine internationale : le monde ne privilégie plus la création de nouveaux États, mais la mise en œuvre de solutions politiques à l’intérieur des frontières nationales, à travers des mécanismes d’autonomie capables d’absorber les tensions et de garantir une participation équitable des composantes locales.

Lors d’un entretien numérique auquel la Gazette a participé, le responsable kurde a révélé pour la première fois la nature du dialogue entre son administration et Rabat. Le Maroc, selon lui, reste l’un des pays arabes les plus « équilibrés et cohérents » dans son approche du dossier syrien : préserver l’unité du pays, garantir sa souveraineté et concevoir un cadre politique inclusif réunissant Arabes, Kurdes, Syriens et Assyriens. Un positionnement qualifié de « progressiste », surtout dans un contexte arabe où peu de pays osent aborder officiellement leurs relations avec l’Administration autonome.

Cette convergence n’est pas fortuite. Jia Kurd rappelle que les principes fondateurs de l’Administration autonome — démocratie locale, coexistence entre les composantes et solutions politiques à l’intérieur des frontières — rejoignent clairement la philosophie de l’autonomie marocaine. Pour lui, l’autonomie n’est pas un pas vers la sécession, mais un moyen de protéger l’unité nationale en renforçant l’intérieur au lieu de le fragmenter.

Selon lui, l’initiative d’autonomie proposée par Rabat constitue aujourd’hui un véritable garde-fou, mettant fin à une grande partie des provocations militaires qui menaçaient depuis des décennies les frontières du Sahara. « Le monde n’a plus besoin de micro-États », ajoute-t-il, « mais de modèles de coexistence capables de désamorcer les conflits avant qu’ils n’éclatent ».

Jia Kurd a ensuite exposé les grandes lignes de la philosophie de l’Administration autonome, l’une des expériences les plus complexes et souvent mal comprises du Moyen-Orient : une structure de gouvernance locale couvrant une vaste portion du nord-est syrien, composée d’un mélange ethnique et religieux rare dans la région, gérant des réseaux de services, d’éducation et de sécurité, tout en faisant face à des menaces turques constantes, à des cellules dormantes de l’État islamique et à un double embargo de Damas et d’Ankara.

Malgré ces défis, l’expérience a permis d’établir un système participatif basé sur le « confédéralisme démocratique », salué par plusieurs rapports internationaux, notamment pour l’ascension des femmes à des postes de direction. Mais les obstacles restent majeurs : financement précaire, chevauchement des autorités civiles et militaires, et ambiguïté de la position internationale concernant l’avenir de la région.

Le point central que Jia Kurd a souligné est que les solutions militaires ont montré leurs limites : de Kobané à Raqqa, les armes n’ont pas produit de stabilité, seule la reconnaissance mutuelle le peut. C’est pourquoi il considère que la convergence entre les modèles syrien et marocain n’est pas seulement rhétorique, mais philosophique.

En conclusion, il insiste sur le fait que l’ouverture de l’Administration autonome au Maroc, aux Émirats et à d’autres partenaires internationaux ne vise pas à construire des alliances politiques, mais à trouver des États qui comprennent que l’avenir du Moyen-Orient ne se construira pas sur de nouvelles cartes, mais sur de nouveaux systèmes de gouvernance à l’intérieur des cartes existantes.

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