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vendredi, août 28, 2026

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Tamim et Regragui à Paris : la surprise qatarie pour le Maroc est partie d’un café… où va-t-elle ?

Une seule image peut parfois susciter davantage de questions que des dizaines de communiqués officiels. Le cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, émir du Qatar, assis dans un café parisien aux côtés de Walid Regragui, ancien sélectionneur de l’équipe nationale marocaine, dans une scène spontanée, loin des palais, des salles de réception et des codes du protocole. La vidéo ne nous dit pas ce qui s’est dit, et aucun élément fiable ne permet encore d’établir précisément ce qui a réuni les deux hommes ou la raison de cette rencontre. Mais l’image elle-même pose une question difficile à écarter : pourquoi un chef d’État s’assoit-il, dans un lieu public, avec un entraîneur marocain qui n’exerce plus aucune fonction officielle, à un moment où le lien institutionnel direct que sa fonction pouvait justifier n’existe plus ?

La question ne porte pas sur la valeur sportive de Regragui, qui reste incontestable au regard de ce qu’il a accompli avec le Maroc lors de la Coupe du monde 2022. Elle porte sur sa position actuelle. Le 5 mars 2026, Regragui a quitté son poste de sélectionneur du Maroc, après avoir conduit les Lions de l’Atlas jusqu’en demi-finales de la Coupe du monde, avant de céder sa place à Mohamed Ouahbi. Il n’occupe aujourd’hui aucune fonction officielle au sein de la sélection marocaine ni d’un club qatari, ce qui rend la rencontre, si on la lit uniquement à travers le prisme institutionnel, moins facilement explicable par une nécessité professionnelle directe.

C’est ici que l’image devient plus importante que les paroles que nous n’avons pas entendues. S’il s’agissait d’un retour de Regragui au football qatari ou d’un projet sportif officiel, des institutions, des fédérations, des clubs et des agents disposent de canaux pour le traiter, loin d’une rencontre personnelle dans un café. Le fait que l’émir lui-même apparaisse dans cette scène, et que cette image soit ensuite diffusée au public, ne prouve pas l’existence d’un projet secret, mais rend l’hypothèse d’une simple rencontre fortuite moins suffisante pour clore le sujet. En politique, la valeur d’une image réside parfois moins dans ce qu’elle dit que dans la personne qui choisit d’y apparaître, le lieu où elle apparaît et le moment où elle devient publique.

Regragui possède précisément un lien ancien avec l’écosystème sportif qatari. Il a entraîné Al-Duhail en 2020, un club alors lié à la structure sportive dirigée par le cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, comme l’avaient rapporté à l’époque des sources sportives françaises. Puis la Coupe du monde 2022 a créé entre l’homme et le pays hôte une mémoire exceptionnelle : Tamim suivait les exploits du Maroc, célébrait sa qualification et apparaissait avec le drapeau marocain après la victoire contre le Canada, tandis que Regragui devenait l’un des visages les plus emblématiques de cette Coupe du monde dans le monde arabe et en Afrique.

Mais c’est précisément ici qu’il ne faut pas s’arrêter à la nostalgie de 2022. À cette époque, Doha ne regardait pas Regragui uniquement comme un entraîneur. Le succès marocain faisait aussi partie de l’image que le Qatar voulait laisser de sa Coupe du monde : la première Coupe du monde organisée dans le monde arabe, une équipe arabe et africaine atteignant les demi-finales, et une présence marocaine transformant les stades qataris en un vaste espace populaire arabe. Des responsables marocains de premier plan, notamment Nasser Bourita, Abdellatif Hammouchi et Yassine Mansouri, étaient eux aussi à Doha pendant la compétition et avaient été reçus par l’émir Tamim avant le match Maroc-Canada.

La rencontre de Paris peut dès lors être lue comme quelque chose qui dépasse le football, sans pour autant sauter immédiatement à la théorie du complot. Doha cherche-t-elle à réactiver un canal personnel avec un homme qui a quitté l’institution officielle du football marocain ? Réfléchit-elle à un nouveau rôle pour Regragui dans un projet sportif qatari ? S’agit-il d’un réseau de relations plus large touchant au football international ? Ou simplement d’une relation personnelle ancienne, sans aucun projet derrière elle ? Nous n’avons pas les réponses, mais l’étrangeté de l’image donne à ces questions une légitimité journalistique.

Le calendrier rend la scène encore plus intrigante. En août 2026, le football international traverse une période particulièrement sensible autour de l’avenir de la FIFA et de Gianni Infantino. Le Qatar et le Maroc figuraient parmi les six fédérations arabes ayant annoncé leur soutien à Infantino face aux contestations suscitées par son projet d’investissement privé dans les compétitions de la FIFA. Dans le même temps, la Fédération qatarie de football s’est retrouvée en confrontation publique avec la direction de la Confédération asiatique sur la manière dont cette crise était gérée. (Reuters) Doha évolue donc aujourd’hui dans un espace sportif international où les rapports de pouvoir sont en train d’être redessinés, tandis que le Maroc occupe lui-même une position particulière dans cette nouvelle architecture, notamment en raison de la Coupe du monde 2030 qu’il coorganisera avec l’Espagne et le Portugal.

La question devient alors légitime : l’image de Paris s’inscrit-elle dans ce nouvel environnement ? Rien ne permet actuellement de l’affirmer. Mais il serait tout aussi imprudent de refermer le dossier avec l’explication d’une simple rencontre amicale. Les États n’ont pas toujours besoin de réunions officielles pour construire leurs réseaux d’influence. Le sport moderne est devenu un langage diplomatique à part entière, et les entraîneurs, les stars et les anciens responsables peuvent devenir des passerelles entre institutions et États, particulièrement lorsqu’une connaissance ancienne existe déjà entre eux.

Cela nous ramène à la nature même des relations maroco-qataries. Doha est-elle un allié ? Au sens diplomatique large, c’est un pays ami et partenaire du Maroc, qui a notamment adopté des positions favorables au Royaume sur la question du Sahara marocain. Mais le Qatar n’est pas un État qui fonctionne selon un alignement permanent avec un seul partenaire. Sa politique extérieure repose depuis longtemps sur la multiplication des canaux, la médiation, l’investissement, les médias et le sport. En 2023, lorsqu’il s’est déclaré disposé à jouer un rôle de médiateur entre le Maroc et l’Algérie, cette logique est apparue clairement : Doha veut préserver sa relation avec Rabat tout en maintenant sa capacité d’action auprès d’Alger. C’est là que se trouve son pragmatisme, et c’est également là que se dessinent les limites de la confiance stratégique.

La question posée par l’image de Tamim et Regragui n’est donc pas : y a-t-il un complot qatari ? Une image seule ne permet pas de porter un tel jugement. La question plus pertinente est plutôt : sommes-nous face à une nouvelle initiative qatarie partie du terrain sportif, utilisant un homme qui ne fait plus partie de l’institution officielle marocaine comme l’un de ses éventuels canaux ?

Si la rencontre est personnelle, elle restera un moment entre deux hommes liés par une histoire commune. Si elle s’inscrit derrière un projet sportif, un réseau de relations ou une manœuvre concernant l’avenir du football, alors Paris pourrait n’être qu’un point de départ. Dans les deux cas, une question demeure : pourquoi l’émir du Qatar a-t-il choisi de s’asseoir lui-même avec Regragui, et pourquoi cette scène est-elle devenue publique ?

L’image ne répond pas. Mais pour la première fois, elle nous oblige à poser la question avant d’entendre la réponse.

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