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jeudi, octobre 29, 2026

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L’adhésion à l’Union africaine ne vaut pas reconnaissance internationale : Moscou, Pékin, Tokyo et Bruxelles face au Polisario

L’absence du Polisario au troisième sommet Russie-Afrique, organisé à Moscou les 28 et 29 octobre 2026, remet au premier plan une question qui dépasse la simple composition des délégations présentes dans la salle : quelles sont les limites de la représentation que l’appartenance à l’Union africaine peut offrir à l’entité autoproclamée par le mouvement, lorsqu’elle se confronte aux partenariats internationaux régis par leurs propres règles de participation, de reconnaissance et de relations diplomatiques ?

Le Maroc était représenté à Moscou à un niveau élevé. Le roi Mohammed VI a chargé la cheffe du gouvernement, Fatima Zahra Mansouri, de le représenter au sommet, aux côtés du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, et de l’ambassadeur du Maroc à Moscou, Lotfi Bouchaara. Selon la communication officielle de la présidence du gouvernement marocain, le sommet réunit des représentants des États africains membres des Nations unies. Avant son ouverture, Iouri Ouchakov, assistant du président russe, avait annoncé la participation confirmée de 48 pays africains sur 54, dont 22 représentés par leurs chefs d’État.

Cette formulation institutionnelle constitue un élément essentiel pour comprendre la portée de l’événement. Le sommet Russie-Afrique n’est pas une réunion interne de l’Union africaine dont la liste des membres serait automatiquement reprise. Il s’agit d’un cadre de partenariat entre Moscou et les pays africains participants, organisé selon des modalités propres au sommet et aux autorités qui en assurent la préparation. Il faut donc distinguer l’absence du Polisario lors de cette édition d’une éventuelle évolution de la position diplomatique russe sur la question du Sahara marocain. Le premier fait peut être établi à partir des informations relatives à la participation ; le second ne découle pas, à lui seul, de la liste des délégations.

Les deux précédentes éditions permettent de replacer ces chiffres dans leur contexte. À Sotchi, en 2019, l’agence TASS avait rapporté que les dirigeants des 54 pays africains avaient été invités. Lors du sommet de Saint-Pétersbourg, en 2023, les organisateurs avaient fait état de délégations officielles de 48 pays africains et de cinq organisations d’intégration régionale. Pour l’édition de Moscou, le Kremlin a de nouveau annoncé la participation de délégations de 48 pays africains. Ces chiffres illustrent l’ampleur de la participation continentale, mais ne suffisent pas, en l’absence de listes officielles détaillées, à établir le statut juridique de chaque entité absente ni les raisons précises de son absence.

Pour le Maroc, l’intérêt de cette distinction ne réside pas dans la proclamation d’une victoire définitive. Le recours au critère des États membres des Nations unies donne au sommet un cadre de représentation identifiable et le distingue d’une réunion organisée sur la seule base de l’appartenance à l’Union africaine. En revanche, présenter cette modalité comme la preuve d’un changement définitif dans le dossier du Sahara marocain reviendrait à aller au-delà de ce que les documents disponibles permettent d’affirmer.

Pékin : les critères de partenariat au-delà de l’appartenance continentale

La Chine offre un exemple plus explicite de la distinction entre l’institution africaine et les États qui participent directement à son partenariat. Selon la présentation officielle du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), sa composition comprend 53 pays africains entretenant des relations diplomatiques avec Pékin, ainsi que la Commission de l’Union africaine. L’entité autoproclamée par le Polisario ne figure pas dans la liste publiée.

Cette organisation est importante pour le Maroc, car Pékin ne fonde pas la composition africaine du forum sur la seule appartenance à l’Union africaine. L’existence de relations diplomatiques avec la Chine constitue également un critère d’inclusion. La participation de la Commission de l’Union africaine ne signifie donc pas que chaque entité membre de l’organisation continentale devient automatiquement, à titre individuel, membre du forum sino-africain.

La prudence reste toutefois nécessaire. La liste officielle permet d’établir les critères de composition publiés et les parties qui y sont mentionnées. Elle ne démontre pas, à elle seule, que la Chine a adopté une nouvelle décision concernant le différend du Sahara marocain. De même, l’absence d’une entité dans un forum particulier ne constitue pas nécessairement une nouvelle déclaration politique sur son statut.

Cette comparaison invite à élargir l’analyse diplomatique marocaine. Il ne s’agit pas uniquement de suivre le nombre de pays qui reconnaissent la souveraineté du Maroc sur son Sahara, mais aussi d’observer comment les partenariats internationaux sont structurés, quelles entités y sont représentées et quelles règles distinguent la présence d’institutions continentales de la représentation diplomatique des États.

Washington et Bruxelles : la reconnaissance reste distincte de la participation

Lors du sommet des dirigeants États-Unis-Afrique organisé à Washington en décembre 2022, la participation répondait à des conditions américaines spécifiques, notamment en matière de relations diplomatiques avec les États-Unis et de statut au sein de l’Union africaine. Un rapport du Congressional Research Service indique que la « République sahraouie » n’avait pas été invitée, Washington ne la reconnaissant pas comme un État souverain. D’autres pays n’avaient pas participé pour des raisons différentes.

Ce cas illustre le fait qu’une invitation à un sommet international ne découle pas mécaniquement de l’adhésion à une organisation régionale. L’État hôte peut définir ses propres critères de participation en fonction de la nature et des objectifs de la rencontre. L’exclusion d’un sommet ne constitue cependant pas, à elle seule, une décision générale sur toutes les formes de présence possibles au sein des institutions multilatérales.

L’expérience européenne présente une configuration plus complexe, car l’organisation conjointe répartit les responsabilités relatives aux invitations entre les deux partenaires.

Lors du point de presse de la Commission européenne du 16 mai 2025, en réponse à une question concernant la réunion ministérielle alors prévue entre l’Union européenne et l’Union africaine, le porte-parole de la Commission avait expliqué que la rencontre était organisée conjointement et que la partie africaine était chargée d’inviter les participants africains. Il avait également précisé que la position de l’Union européenne et de ses États membres, qui ne reconnaissent pas l’entité proclamée par le Polisario comme un État, n’avait pas changé et que sa présence ne modifiait pas cette position.

Cet épisode montre que l’identité de l’autorité qui émet une invitation n’est pas une simple question administrative. Des représentants peuvent participer à une réunion en vertu de leur appartenance au cadre institutionnel africain qui contribue à l’organiser, sans avoir reçu d’invitation individuelle de la partie européenne et sans que leur présence se traduise par une reconnaissance diplomatique.

Pour la couverture médiatique marocaine, la distinction mérite d’être clairement documentée. Confondre présence et reconnaissance risque d’exagérer les acquis du Polisario ; confondre absence et rupture diplomatique peut, à l’inverse, conduire à annoncer des victoires qui ne sont pas établies par les faits.

Tokyo : quand présence et non-reconnaissance coexistent

La neuvième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD 9), organisée à Yokohama en août 2025, fournit un exemple concret de ces mécanismes.

Le 29 juillet 2025, le ministre japonais des Affaires étrangères, Takeshi Iwaya, avait déclaré que le Japon ne reconnaissait pas le Sahara occidental comme un État et que sa politique consistant à ne pas lui adresser d’invitation à la TICAD 9 n’avait pas changé. Il avait toutefois expliqué que la conférence était organisée conjointement avec la Commission de l’Union africaine, laquelle avait déjà invité des représentants de cette entité à des réunions précédentes. Il avait également précisé qu’il ne divulguerait pas les détails des consultations diplomatiques entre les parties.

En août, des représentants du Polisario ont néanmoins participé aux travaux de la conférence, comme l’ont rapporté plusieurs médias. Le Japon a, pour sa part, maintenu sa position de non-reconnaissance. La presse marocaine a également souligné que cette présence ne modifiait pas la position officielle de Tokyo.

Cette séquence mérite attention parce qu’elle empêche de réduire le dossier à une alternative simpliste : soit la présence signifie reconnaissance, soit l’absence signifie rejet. Des représentants peuvent prendre part à une conférence accueillie par un pays qui ne reconnaît pas l’entité qu’ils représentent, lorsque les modalités de l’organisation conjointe permettent au partenaire africain d’adresser des invitations.

Pour la diplomatie marocaine, la documentation des déclarations officielles de l’État hôte, associée à l’identification de l’autorité ayant émis l’invitation, offre une lecture plus précise que la seule observation des photographies de délégations ou des communiqués de participation. Une image peut attester une présence ; elle ne suffit pas à déterminer le statut accordé au participant.

Ce que les Nations unies établissent — et ce qu’elles n’établissent pas

L’expression « non-reconnaissance du Polisario par les Nations unies » doit être juridiquement précisée afin de ne pas fragiliser l’argumentation.

Les Nations unies ne sont pas un État qui accorde une reconnaissance diplomatique selon les modalités propres aux gouvernements. Le statut du Sahara occidental dans le système onusien ne se réduit pas davantage à la question de la reconnaissance de l’entité proclamée par le Polisario. Depuis 1963, l’ONU inscrit le Sahara occidental sur sa liste des territoires non autonomes, tandis que son statut définitif demeure l’objet d’un processus politique qui n’a pas abouti à un règlement final.

Il est donc plus exact d’écrire que la « République sahraouie » autoproclamée n’est pas un État membre des Nations unies et que plusieurs partenaires internationaux ne la reconnaissent pas comme un État, en précisant la position de chacun. En revanche, invoquer le statut onusien du territoire pour affirmer que l’organisation a adopté une décision générale niant toute reconnaissance de cette entité n’est pas une conclusion que permet, à elle seule, la page officielle consacrée au Sahara occidental.

Cette précision ne diminue pas la portée de l’argument marocain. Elle le protège sur le plan juridique et diplomatique. La défense des intérêts nationaux gagne en solidité lorsqu’elle s’appuie sur des faits vérifiables et distingue les compétences des différentes institutions, plutôt que sur des formules catégoriques qui confondent leurs rôles.

Des sièges occupés aux acquis diplomatiques mesurables

L’absence du Polisario au sommet de Moscou, son absence de la liste des partenaires africains du FOCAC et la position exprimée par le Japon concernant la TICAD 9 permettent d’observer les limites de la représentation que l’adhésion à l’Union africaine peut offrir en dehors du cadre continental. Ces situations ne relèvent cependant pas d’une seule et même catégorie juridique et ne découlent pas d’une règle uniforme : chaque forum possède ses propres modalités, et chaque État hôte conserve sa position diplomatique.

Pour le Maroc, la portée d’un acquis diplomatique se mesure aux éléments établis par les documents officiels et à ses conséquences sur les relations bilatérales, les accords et la coopération internationale, plutôt qu’à la simple absence d’un nom sur une liste ou à sa présence sur une photographie collective.

Le sommet de Moscou constitue ainsi une occasion d’observer les modalités de représentation africaine dans l’un des grands cadres de coopération internationale, d’autant que le Maroc y est représenté par une délégation conduite par la cheffe du gouvernement au nom du roi Mohammed VI.

En revanche, affirmer que l’absence du Polisario traduit un nouveau tournant de la position russe sur le Sahara marocain nécessiterait une déclaration officielle, un document ou une décision diplomatique précise. Les informations publiées sur la participation au sommet ne suffisent pas, à elles seules, à établir une telle évolution.

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