21.6 C
Maroc
mercredi, octobre 28, 2026

Buy now

spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Le nouveau gouvernement El Mansouri : les visages changent, les centres de décision perdurent… Le pouvoir a-t-il changé ou seuls les noms ont-ils changé ?

La portée politique du nouveau gouvernement marocain ne commence pas le 16 octobre 2026, lorsque le roi Mohammed VI a présidé au Palais royal de Rabat la cérémonie de nomination de ses membres. Elle se dessine quelques semaines plus tôt, avec les résultats des élections législatives du 23 septembre, la désignation de Fatima Zahra Mansouri à la tête du gouvernement, puis les négociations qui ont abouti à la formation d’une majorité réunissant quatre partis. Le changement ne concerne donc pas uniquement l’arrivée d’une femme à la tête de l’Exécutif pour la première fois dans l’histoire du Maroc. Il porte également sur la recomposition de la carte politique appelée à soutenir le nouvel exécutif.

Dans la composition annoncée, Abdellatif Loudiyi ? Non : la continuité concerne notamment Abdelouafi Laftit, maintenu à l’Intérieur, Nasser Bourita aux Affaires étrangères, Abdellatif Ouahbi à la Justice et Ahmed Toufiq aux Habous et aux Affaires islamiques. À l’inverse, Fouzi Lekjaa se voit confier le portefeuille de l’Économie et des Finances, tandis que Nabil Benabdellah retrouve le département de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle. D’autres changements concernent plusieurs secteurs, notamment la santé, l’énergie et l’agriculture. Selon les informations publiées sur la nouvelle équipe, le gouvernement compte 32 membres.

Ces nominations font apparaître deux niveaux de changement. Le premier concerne les personnalités qui entrent au gouvernement ou prennent la responsabilité de nouveaux départements. Le second tient au maintien de responsables qui ont déjà accumulé une expérience gouvernementale dans des secteurs dont la direction n’a pas changé avec l’arrivée d’une nouvelle cheffe du gouvernement.

Assimiler cette continuité à une absence de renouvellement serait toutefois prématuré. La durée d’exercice d’un ministre ne suffit pas à déterminer la nature de son action future. Il faut encore savoir s’il poursuivra les politiques engagées, s’il en réorientera les priorités et si la nouvelle équipe modifiera les instruments de mise en œuvre, les mécanismes d’évaluation et les modalités de reddition des comptes.

Le maintien d’Abdelouafi Laftit à l’Intérieur signifie que le même responsable demeure à la tête d’un département central pour l’administration territoriale, la coordination administrative et plusieurs dimensions de la sécurité publique. La reconduction de Nasser Bourita assure, quant à elle, la continuité de la direction de la diplomatie marocaine. Le maintien d’Abdellatif Ouahbi et d’Ahmed Toufiq traduit également une stabilité à la Justice et aux Affaires islamiques.

Ces faits ne permettent pas, à eux seuls, de préjuger des résultats à venir. Les missions de ces départements diffèrent, tout comme les critères permettant d’en mesurer l’efficacité. Une politique publique ne se juge ni au seul nom de celui qui la dirige ni à son ancienneté dans la fonction.

Le cas du ministère de l’Économie et des Finances mérite une attention particulière. La nomination de Fouzi Lekjaa, qui a déjà exercé des responsabilités au sein de ce département, associe un changement à la tête du ministère à la continuité d’un responsable connaissant les rouages de la gestion des finances publiques. Le test sera concret : cette nouvelle répartition des responsabilités se traduira-t-elle par des changements dans la préparation et l’exécution du budget, dans l’arbitrage entre priorités sociales et investissements, ou restera-t-elle essentiellement une modification de la direction politique du ministère ?

Les informations disponibles au moment de la formation du gouvernement ne permettent pas encore de répondre à cette question. Il faudra examiner le projet de loi de finances, la répartition des crédits entre les secteurs, les taux d’exécution budgétaire et le respect des engagements économiques et sociaux. Il faudra également distinguer les décisions relevant directement du ministère de celles qui nécessitent une coordination gouvernementale ou l’intervention d’autres institutions.

Une majorité différente de celle de la précédente législature

La nouvelle équipe repose sur une configuration politique distincte de celle du gouvernement dirigé par Aziz Akhannouch depuis octobre 2021. Les élections législatives du 23 septembre 2026 ont placé le Parti authenticité et modernité (PAM) en tête, avec 97 sièges, selon les résultats publiés. Le Parti de l’Istiqlal a obtenu 65 sièges, l’Union socialiste des forces populaires 26 et le Parti du progrès et du socialisme 19.

Ces quatre formations ont constitué une majorité de 207 sièges à la Chambre des représentants, qui compte 395 membres. Elles dépassent ainsi le seuil de la majorité absolue, fixé à 198 sièges. Le Rassemblement national des indépendants, qui dirigeait le précédent gouvernement, n’a pas rejoint la nouvelle coalition, après avoir obtenu 66 sièges et terminé deuxième du scrutin.

La portée de ces chiffres dépasse le simple calcul parlementaire. La nouvelle majorité rassemble des partis aux références, aux trajectoires et aux expériences différentes, réunis autour du soutien à un gouvernement dirigé par Fatima Zahra Mansouri.

Les formations de la coalition ont présenté leur accord comme le résultat d’une convergence politique et d’une volonté de constituer un gouvernement cohérent, capable de mettre en œuvre son programme. Elles ont également mis en avant la compétence, l’intégrité et la probité dans le choix des responsables, ainsi que la nécessité de répondre aux attentes des citoyens en matière de niveau de vie, de droits, de justice sociale et d’équité territoriale.

Ces déclarations constituent des engagements politiques, pas encore des résultats. Leur évaluation suppose de connaître le contenu détaillé du programme gouvernemental, les objectifs retenus, les échéances de réalisation et les indicateurs permettant au Parlement comme à l’opinion publique de suivre les progrès accomplis.

La constitution d’une majorité ne signifie pas automatiquement que ses composantes partagent la même lecture de chaque politique publique. De même, la répartition des portefeuilles ne règle pas à elle seule les divergences qui peuvent apparaître lors de la mise en œuvre des décisions.

Les partis de la coalition n’abordent pas tous les dossiers avec les mêmes priorités. La direction du gouvernement devra donc transformer l’accord politique en un programme commun, attribuer clairement les responsabilités d’exécution et veiller à ce que les compromis internes ne brouillent pas les décisions ou ne retardent pas les projets.

La présidence du gouvernement et les responsabilités de l’Exécutif

L’arrivée de Fatima Zahra Mansouri à la tête du gouvernement constitue une épreuve à la fois politique et institutionnelle. Elle dirige une équipe composée de nouveaux responsables et de ministres reconduits, tout en s’appuyant sur une majorité issue de négociations entre quatre formations. Sa capacité à conduire l’action gouvernementale dépendra de la coordination entre les départements, de la hiérarchisation des priorités, du suivi des engagements et de sa manière de gérer les divergences au sein de la coalition.

L’analyse de ses pouvoirs doit cependant partir du cadre constitutionnel marocain, plutôt que d’une représentation qui attribuerait au chef du gouvernement une responsabilité uniforme sur l’ensemble des décisions de l’État.

L’article 47 de la Constitution prévoit que le roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants, au vu de leurs résultats. Il prévoit également la nomination des membres du gouvernement sur proposition du chef du gouvernement. L’article 48 définit, pour sa part, les compétences du Conseil des ministres présidé par le roi.

Cette architecture impose de distinguer la conduite et la coordination de l’action gouvernementale, les compétences du Conseil des ministres et les responsabilités propres à chaque département. Réduire les mécanismes de décision à la seule personne du chef du gouvernement serait insuffisant. Mais la complexité institutionnelle ne dispense pas non plus l’équipe gouvernementale de rendre compte de son programme et de la coordination de ses politiques.

Il faudra donc observer comment Fatima Zahra Mansouri organisera ses relations avec les ministres, fixera les priorités et suivra l’exécution des engagements. L’expérience accumulée par plusieurs membres de l’équipe peut favoriser la continuité administrative. Elle ne remplace toutefois ni une coordination efficace ni l’obligation de rendre compte des résultats obtenus dans chaque secteur.

Des changements politiques aux résultats des politiques publiques

L’évaluation du nouveau gouvernement ne s’arrêtera pas à sa composition ni aux équilibres de sa majorité. Les difficultés auxquelles le pays est confronté concernent des domaines directement liés à la vie quotidienne : l’emploi, l’éducation, la santé, le pouvoir d’achat, mais aussi l’investissement et le développement territorial. Les analyses publiées après la formation du gouvernement ont également mis en avant la préparation de la Coupe du monde 2030 parmi les dossiers importants de la nouvelle équipe.

Identifier ces défis ne permet cependant pas de conclure à l’avance que le gouvernement saura les résoudre ou qu’il échouera. Le jugement dépendra des décisions prises, des moyens mobilisés, des modalités d’exécution et des indicateurs officiels qui seront publiés au fil du mandat.

Dans le domaine de l’emploi, par exemple, l’annonce de nouveaux programmes ne suffit pas. Il faudra mesurer le nombre d’emplois effectivement créés, leur nature, leur durée et la répartition des bénéficiaires entre les catégories de population et les territoires. Pour l’éducation et la santé, l’évaluation devra porter sur la qualité des services et leur accessibilité, et non seulement sur les montants dépensés ou le nombre de projets annoncés.

La justice territoriale appelle la même exigence. Une promesse de réduction des écarts entre les régions doit pouvoir être confrontée aux données sur la répartition des investissements, des services publics et des possibilités d’emploi. Elle suppose aussi de vérifier si les projets annoncés ont été réalisés dans les délais prévus.

Quant à la réforme de l’administration, elle doit être appréciée à partir de ses effets sur les citoyens et les entreprises : délais de traitement, accessibilité des services, simplification des procédures et clarté des responsabilités administratives.

Ce sont ces indicateurs qui permettront, à terme, de déterminer si le changement de gouvernement a entraîné une évolution réelle des méthodes de gestion. Au moment de sa formation, les éléments vérifiables portent surtout sur les nominations, la configuration politique de la majorité et les engagements annoncés. Les résultats, eux, restent à établir.

La continuité n’est pas davantage un verdict définitif. Le maintien de certains responsables peut préserver une expérience institutionnelle utile, tandis que les changements opérés dans d’autres départements peuvent permettre de redéfinir les priorités. Dans les deux cas, la portée du choix dépendra de ce qui se produira au sein des institutions, et non de la seule liste officielle des ministres.

Le gouvernement de Fatima Zahra Mansouri commence son mandat avec une composition qui associe continuité et changement, ainsi qu’une majorité politique différente de la précédente. Déterminer si cette configuration débouchera sur un véritable renouvellement des élites et des méthodes de gouvernement exigera de suivre les décisions, les budgets et les résultats, puis de confronter les actes aux engagements une fois ceux-ci devenus mesurables.

La formation du gouvernement révèle la nouvelle répartition des responsabilités exécutives. La nature du changement qu’elle porte ne pourra être appréciée qu’à travers l’exercice effectif du pouvoir et les résultats de l’action publique.

Related Articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Stay Connected

0FansJ'aime
0SuiveursSuivre
0AbonnésS'abonner
- Advertisement -spot_img

Articles récents