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samedi, août 29, 2026

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Sebta occupée… Il était assis sur un rocher, attendant que quelqu’un vienne le sauver : quand un verre d’eau et un morceau de pain suffisent à rendre la vie au visage d’un jeune Marocain

Il était assis sur un rocher.

Seul.

Derrière lui, pas de maison. Pas de lit qui l’attendait. Pas de table dressée. Pas de main tendue vers lui.

L’un de ses pieds était blessé. Son corps portait les traces de la fatigue. Et lui, assis sur cette pierre, attendait quelque chose dont il ne savait pas quand cela viendrait : de la nourriture, de l’eau, des médicaments… ou peut-être simplement quelqu’un qui s’arrêterait pour lui demander :

« Est-ce que tu vas bien ? »

Ce n’est pas une scène de film.

C’est un jeune Marocain, à peine sorti de l’enfance, qui s’est retrouvé à Sebta occupée dans des conditions qu’aucun parent ne souhaiterait voir son propre enfant connaître.

J’ai regardé la vidéo plusieurs fois.

Et chaque fois, je m’arrêtais sur son visage.

Pas sur la frontière.

Pas sur la mer.

Pas sur la question migratoire.

Sur son visage.

Il y avait dans ce visage quelque chose de ce silence qui n’a pas besoin de mots.

Le silence d’un jeune qui n’a peut-être plus rien à dire, parce que la faim, l’épuisement et la solitude font parfois du simple fait de parler un luxe.

Puis une petite voiture est apparue.

Elle s’est arrêtée.

Un homme en est descendu.

Il s’est approché de lui.

Il avait de l’eau et de la nourriture.

C’était une personne de la Croix-Rouge.

Et à cet instant, quelque chose de très petit s’est produit.

Mais pour ce jeune homme, c’était peut-être tout.

Il a souri.

Un sourire bref.

Fatigué.

Mais vrai.

Comme si la vie, qui s’était éloignée de son visage pendant quelques instants, y revenait soudain.

Comme si quelqu’un lui disait, sans même avoir besoin de parler :

« Nous te voyons. »

Je suis resté longtemps devant cette image.

De quoi un être humain a-t-il besoin pour sourire ?

Ce jeune homme n’avait pas besoin d’un discours politique.

Il n’attendait pas une promesse électorale.

Il ne demandait pas une voiture de luxe.

Il ne réclamait pas un palais.

Il avait besoin d’eau.

D’un peu de nourriture.

Et d’une main humaine qui se tende vers lui.

Comment avons-nous pu en arriver au point où, pour un de nos enfants, recevoir un verre d’eau devient un événement suffisant pour faire revenir le sourire sur son visage ?

C’est cette question qu’il faut regarder en face.

Pas seulement parce qu’un jeune Marocain est arrivé à Sebta.

Mais parce que derrière ce jeune homme se trouvent une famille, une école, un quartier, un pays et des rêves qui n’ont pas trouvé leur chemin vers la réalité.

Regardez-le comme votre propre fils

Avant de continuer à parler de migration, de frontières, de sécurité et de politique, regardons encore une fois cette image.

Mais cette fois, ne la regardons pas avec les yeux d’un homme politique.

Ni avec ceux d’un responsable de la sécurité.

Ni même avec ceux d’un journaliste.

Regardons-la avec les yeux d’un père.

Pouvez-vous imaginer votre fils à sa place ?

Assis sur un rocher.

Le pied blessé.

Affamé.

Ne sachant pas où il dormira.

Attendant qu’un inconnu lui tende une bouteille d’eau.

Pourriez-vous continuer à regarder cette scène de la même manière ?

Une mère, elle, verra autre chose.

Elle verra le visage de son enfant.

Elle s’arrêtera sur ce pied blessé.

Elle se demandera où il a dormi.

Ce qu’il a mangé.

S’il avait peur.

S’il avait pleuré.

S’il avait appelé sa mère.

Et si sa mère savait où il se trouvait.

C’est pour cela que je ne veux pas réduire ce jeune homme au mot « migrant ».

Le mot est facile.

Froid.

Parfois même rassurant.

Mais derrière ce mot, il y a un être humain.

Et derrière cet être humain, il y a une mère, un père, une famille, une enfance et des rêves.

D’où vient le jeune qui ne voit son avenir que de l’autre côté de la mer ?

Nous ne voulons pas nous mentir à nous-mêmes.

Personne ne quitte son pays, à un si jeune âge, pour finir blessé sur un rocher parce qu’il aime la faim, le froid ou la peur.

Personne ne risque sa vie en mer simplement pour vivre une aventure.

Il y a toujours quelque chose qui l’a conduit à penser que l’autre chemin, aussi difficile soit-il, serait peut-être moins dur que celui qui consiste à rester.

Peut-être la pauvreté.

Peut-être le chômage.

Peut-être une éducation qui ne lui a pas donné ce qu’il espérait.

Peut-être le sentiment de voir les autres avancer pendant que lui reste immobile.

Peut-être encore toutes ces images de l’Europe qui entrent chaque jour dans son téléphone.

Et peut-être tout cela à la fois.

Mais une chose est certaine : derrière chaque tentative de traversée, il y a une histoire humaine que l’on ne peut pas réduire à un rapport de sécurité.

Et ce jeune homme, assis sur ce rocher, nous dit quelque chose sans prononcer un seul mot.

Il nous dit qu’il existe une génération de jeunes qui veut vivre.

Simplement vivre.

Trouver un travail.

Étudier.

Se sentir utile.

Avoir une place dans son pays.

Pouvoir rêver sans considérer la mer comme le seul chemin possible.

Quand la nourriture elle-même devient un élément du conflit

À Sebta, l’histoire ne s’arrête pourtant pas à ce jeune homme.

Il y a un autre aspect, encore plus douloureux.

Ces derniers jours, des informations ont fait état d’entraves à l’acheminement de l’aide de la Croix-Rouge vers les lieux où se trouvaient les migrants, alors même que l’organisation leur apportait de la nourriture, de l’eau et une assistance sanitaire.

À partir de là, la question dépasse la migration.

À quel moment un être humain devient-il un adversaire au point qu’on puisse lui refuser de la nourriture ?

Si les affrontements politiques autour des frontières peuvent être compris dans la logique des États, la faim ne devrait jamais devenir une arme dans un conflit.

Les frontières peuvent être fermées.

Les lois peuvent être appliquées.

Les États peuvent être en désaccord.

Mais un être humain qui a faim reste un être humain.

Un jeune homme blessé reste un jeune homme.

Et un enfant qui dort dehors ne devient pas autre chose simplement parce qu’il a franchi une frontière.

C’est alors que l’image de cette voiture de la Croix-Rouge arrivant jusqu’à un jeune assis sur un rocher devient plus forte que des dizaines de communiqués.

Parce qu’elle ramène toute cette histoire à son origine :

un être humain face à un autre être humain.

Quel pays voulons-nous pour nos enfants ?

Certains seront peut-être choqués par ces mots.

D’autres demanderont : qui est responsable de la décision de ces jeunes de partir vers Sebta ?

La question est légitime.

Mais il en existe une autre que nous ne devons pas avoir peur de poser :

Qu’est-ce qui a conduit certains de nos enfants à croire que risquer leur vie valait la peine d’être tenté ?

Nous aimons parler du Maroc, de son histoire, de sa civilisation, de ses réalisations, de ses grands projets, de sa place dans le monde.

Tout cela compte.

Mais la grandeur d’un pays ne se mesure pas uniquement à ce qu’il construit dans ses grandes villes.

Ni au nombre de projets qu’il réalise.

Ni à ce qu’il proclame dans ses discours.

Il existe une autre épreuve, beaucoup plus difficile :

Comment un État traite-t-il ses enfants lorsqu’ils se trouvent dans les moments les plus fragiles de leur vie ?

Ce jeune homme est l’une de ces épreuves.

Et cette épreuve nous concerne tous.

Au parlementaire, au ministre, au responsable

À toi, parlementaire qui te prépares à une nouvelle campagne électorale : arrête-toi un instant devant cette image.

Avant de demander une voix à un citoyen, demande-toi ce que tu as fait pour un jeune comme celui-ci.

À toi, ministre : ne regarde pas cette histoire comme un simple chiffre dans un dossier migratoire.

Regarde son visage.

Et toi, responsable, souviens-toi que les fauteuils sur lesquels nous nous asseyons sont provisoires.

Les fonctions prennent fin.

Les élections prennent fin.

Les gouvernements changent.

Mais les conséquences des décisions que nous prenons dans la vie des gens peuvent durer des années.

Parfois même des décennies.

Quant à l’État, dans toutes ses institutions, il doit regarder cette image sous un angle totalement différent.

Ce jeune homme n’est pas un chiffre.

Il n’est pas un dossier.

Il n’est pas un problème de sécurité.

Il est l’un de ses enfants.

Et un État qui veut empêcher ses enfants de traverser la mer doit d’abord leur donner une raison suffisamment forte de rester.

Prenons garde à l’habitude

Le plus dangereux n’est peut-être pas de voir ces images.

Le plus dangereux, c’est de s’y habituer.

Voir un jeune Marocain dans la mer et ne plus s’arrêter.

Voir un enfant dormir dans la rue et ne plus s’arrêter.

Voir une mère pleurer son enfant et ne plus s’arrêter.

Voir un jeune blessé et affamé assis sur un rocher et ne plus s’arrêter.

Puis passer à la nouvelle suivante.

Au match suivant.

Au conflit politique suivant.

Aux élections suivantes.

Comme si rien ne s’était passé.

La souffrance de nos enfants ne doit pas devenir une information ordinaire.

Parce qu’aujourd’hui, c’est un jeune homme inconnu assis sur un rocher à Sebta.

Demain, ce sera peut-être un autre.

Puis un autre encore.

Jusqu’à ce que la question ne soit plus :

Pourquoi partent-ils ?

Mais :

Comment avons-nous accepté que la fuite devienne un rêve ?

Et il reste ce sourire

Peut-être que les gens oublieront les chiffres.

Peut-être que les informations changeront.

Peut-être que la crise de Sebta prendra fin et qu’une autre crise commencera ailleurs.

Mais je ne pense pas que je pourrai oublier cette scène.

Un jeune homme assis seul sur un rocher.

Le pied blessé.

Le corps épuisé.

Deux yeux qui cherchent de l’aide.

Puis une petite voiture qui arrive.

De l’eau.

De la nourriture.

Une main qui se tend vers lui.

Et soudain…

Il sourit.

Quel vertige dans ce sourire !

Le sourire d’un jeune homme qui ne demandait pas grand-chose au monde.

Il voulait simplement sentir que quelqu’un ne l’avait pas abandonné.

Et à cet instant, la question ne concerne plus le Maroc ou l’Espagne.

Elle ne concerne plus les frontières, la migration ou la politique.

Elle devient plus simple.

Et infiniment plus dure :

Aurions-nous accepté que l’un de nos propres enfants soit ce jeune homme assis sur ce rocher ?

Si la réponse est « non », alors nous devons rester longtemps devant cette image.

Parce que le jeune homme que nous avons vu n’est pas seulement le fils d’une seule famille.

Il est l’un des nôtres.

Et l’Histoire, aussi glorieuse soit-elle, ne protégera jamais une nation incapable de protéger la dignité de ses enfants lorsqu’ils se trouvent dans les moments les plus faibles de leur existence.

Peut-être est-ce précisément pour cela que nous ne devons pas seulement regarder cette image et pleurer.

Nous devons avoir un peu honte… puis nous demander ce que nous allons faire pour que cela ne se reproduise plus.

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